CONSOLATION DU CHANTEUR
en vient à parler de Ermanrich, dont la cour a été le but de ses périgrinalions (v. 88 sq.); il nous montre la richesse des présents qu'il y a reçus et nous dit comment, avec un anneau précieux, cadeau d'Ermanrich, il a pu exprimer lui-même sa reconnaissance à son propre seigneur, le prince des Myrginges, dont Tépouse a fait le sujet de ses chants impérissables. Il était venu avec elle à la cour de Ermanrich (v. 5). Il énumère encore les Goths de la suite de ce roi, qu'il a visités, et cette longue série de noms est entremêlée du récit des combats qu'ils ont livrés aux gens d'Attila. Widsith termine son discours, — et cela est caractéristique pour un chanteur delà cour, — en nous faisant part d'une expérience qu'il a faite, en ses voyages, à savoir que la plus aimable chose pour les hommes est toujours une tête couronnée.
Le poète (1) dit ensuite, pour conclure (v. 133 sq.) : « Ainsi les joueurs [gleômen) parcourent beaucoup de pays ; ils trouvent toujours, au nord comme au sud, quelqu'un qui, sachant apprécier leurs chants, n'est pas avare de présents et veut accroître sa gloire aux yeux de ses guerriers. La gloire, sur la terre, est le partage de celui qui fait des actions louables. »
Tel quel, ce poème est l'ouvrage d'un lettré, et offre de l'intérêt pour la légende héroïque des Germains ; mais il montre en même temps combien peu les Anglo-Saxons y prenaient part. Nous retrouvons encore le même caractère dans un poème épico-lyriqae, plus petit que le précédent, qui est remarquable aussi au point de vue de la forme. Thorpe l'a intitulé : Deor the scalcFs complainte et Rieger, avec plus de justesse: Des Sängers 7>05^ (Consolation du chanteur) (2). Ses quarante-deux lignes longues sont divisées, en strophes d'inégales dimensions, par une ligne de refrain, qui se répète à intervalles inégaux(3). Ce lied est mis aussi dans la bouche
1. Il est clair qu'à partir du v. 135 le poète reprend lui-même la parole, comme il l'a fait dans les neuf premiers vers ; cependant, plusieurs ont mis, chose assez étrange, les derniers vers dans la bouche de Widsith.
2. Thorpe, Cod. Exon., p. 877 sq. — Wulker, BibL, Vol. 1, p. 278 sq. — W. Grimm, Die deutsche Heldensage, 2^ éd., Berlin, 1867, p. 20 sq. — Wulker, Grundriss, p. 330 sq.
3. Il n'y a pas de motif d'admettre des intervalles égaux, et le faire à
d'un chanteur de profession (i), d'un scop, qui s'appelle Deor; il est tombé en disgrâce auprès de son seigneur, le prince des Heodeninges. Mis à l'écart par un chanteur rival, il s'en console, dans son chant, en pensant aux souffrances des héros mythiques et légendaires de Tantique Germanie. Ils ont eu, eux aussi, beaucoup à souffrir; mais ils ont supporté leur malheur : c'est ainsi qu'il parle de Wieland, mis aux fers par Nithhad; de Beadohilde, déshonorée et violée par Wieland, qui voulut se venger (2); de Theodorich, banni par Ermanrich ; et il dit toujours comme conclusion : a Cela passa ; ceci passera aussi (3) ».
Faisons remarquer, en terminant, qu'il nous reste deux fragments — en tout soixante-deux lignes longues (4) — d'une remanipulation de la légende de Gauthier d'Aquitaine, sujet encore qui n'a rien de national pour les Anglo-Saxons.