V. Diez, Op. c, p
388 LITTÉRATCRE PROVENÇALK [359-360.]
le poète, en s'appuyant sur d'anciennes Vies (1) dont il n'a pas compris le sens en plusieurs endroits — Boëce, qui, à Rome, n'avait point d'égal en la sagesse, était comte de cette ville et jouissait de la faveur spéciale de l'empereur Torquator Mallio, de sorte qu'il gouvernait tout l'Empire. Mais le successeur de Mallio, Teiric (Tliéodoric) était un incrédule, et, par suite, il ne voulait pas de lamitié de Boëce, et ce dernier ne voulait pas le servir. Bien plus, Boëce ne craignit pas de le censurer dans un discours. . Voilà que Teiric, offensé, l'accusa de félonie. Il fit écrire, et saisir ensuite au nom de Boëce, une lettre, dans laquelle le philosophe appelait les Grecs et voulait leur livrer Rome par une trahison (2). Là dessus,. Teiric l'accuse sur le Capitole ; abandonné de ses amis, Boëce est jeté en prison.
Jusques là (v. 71) le poète suit les Vies; à partir de cet endroit, il se rattache à « la Consolation de la Philosophie » et fait intervenir Boëce lui-même pour plaindre son sort (3). Mais les considérations morales qu'il fait et qui ont inspiré notre auteur, prennent, dans le poème, un autre caractère et reçoivent une tournure tout nouveaux (4) : le dernier des philosophes de Tancienne Rome y est en effet représenté comme
1. Obbarius en a donné le premier une édition dipIomaliq,ue exacte dans les Prolégomènes (p. xxiv sq.) de son édition de « la Consolation de la Philosoptiie ». Leipzig, 1843, et Hofmann {Op. c.) les a mises habilement à profit pour l'explication du poème.
2. On trouve une allusion à celle lettre même dans la Consolation (1. I, pr. 4) : (c Nam de compositis faiso iilteris, quibus libertatem arguer sperasse Romanam, quid attinet dicere? » — Cf., du reste, la Vie de Boëce, ci-dessus, vol. I, p. -463.
3. Cf. pour ce qui suit mon analyse du contenu de la Consolation (vol. I, p. 446 sq.).
4. Jusqu'ici Ton n'a pas étudié dans son entier les rapports intimes des poèmes et de l'ouvrage de Boëce, mais on s'est contenté de faire voir les reproductions de quelques dtHails; c'est ainsi que procèdent, après Diez, Hofmann et Meyer; mais, même sous ce rapport, on n'a rien donné de complet. Ainsi, au v. 97, on ne dit rien du rapport avec la Consolation (1. I, carm. 2, v. 6 sq. ; surtout v. 9, 14, 16, 19) ; au v. 121, il n'y a pas de rapprochement avec la Consolation, 1. II, prose 2) ; au v. 124, avec la Consolation, 1. II, prose 5, s quod si manere apud quemquam non potest quod Iransfertur in alterura » ; au v. 142, avec le 1. I, carm. 1, v. 21 sq.; au V. 195, avec le 1. I, prose 1, « eandem vestem violenlorum quorundam sciderant manus », etc.
[360-361.] BOËCE 3j^9
bon chrétien, et presque comme théologien chrétien, et nous savons, qu'on le considérait, qu'on le vénérait même, comme martyr (1). Boëce, dans sa douleur, déclare qu'il s'en rapporte à Dieu seul, en la miséricorde de qui tous les pécheurs espèrent. Mais on doit déjà penser à Dieu dans la jeunesse et dans la prospérité, ainsi qu'on peut le lire dans beaucoup de livres, pour porter Dieu en soi dans la vieillesse et dans les revers. Personne ne peut se fier à sa possession, qui est si variable, pas même en la mort qui feint de ne pas entendre, quand on l'appelle. — C'est à tort que les amis et les parents de Boëce le louaient autrefois de sa fermeté en Dieu : ce n'était pas là le cas ; il s'attachait plutôt aux choses de la terre (v. 138 sq.).
C'est ainsi que Boëce déplore ses souffrances et ses fautes: une femme à la taille majestueuse lui apparaît ensuite (v. 160), et cette femme, dans la Consolation, n'est autre que la Philosophie. Dans notre poème, c'est la fille du roi, « qui a une grande puissance »; il entend apparemment par là la sapience chrétienne (2), la fille de Dieu. Le poète décrit son extérieur et ses habits, en s'appuyant sur la Consolation {3); seulement il donne à certains points des détails plus amples et môme singuliers : c'est ainsi que ses « yeux pleins de feu et pénétrants » illuminent au loin tout son entourage et que personne ne peut se dérober à ses regards; elle voit même dans les cœurs. De même que dans la Consolation, elle peut se grandir et se rapetisser; ici comme là, nous trouvons la description de son vêtement ; mais, dans la Consolation, il n'est pas d'une blancheur éblouissante, comme ici; au contraire, l'âge l'a rendu foncé (4). Ici comme là, on voit tissé, au bord inférieur de ce vêtement, un FT, et, au bord supérieur, un 0; mais notre poète donne la signification de ces lettres grecques, ce que ne