De cel la dreila lei ». (v
2. L'échelle du ciel est représentée, dans l'art et la littérature du moyen âge, d'après la vision de Jacob; elle revient, plus tard, dans la poésie nationale allégorique de la France, par exemple dans l^Voie de Paradis, âe Raoul de Houdanc ; là aussi, il y a huit degrés, et ils sont formés par des vertus, dont quelques-unes ne figurent pas dan? notre poème. L'échelle se trouvait peinte dans l'ouvrage de Herrade de Landsberg (elle est reproduite dans l'ouvrage de Engelhardt, Hortus delkianim, table IX) ; elle y comprend seulement sept degrés, et les vertus qui les représentent sont en grande partie encore différentes. Herrade se laissa sans doute influencer dans son choix par des considérations relatives à son monastère ; les diverses classes de la société, considérées au point de vue de la sainteté, s'y trouvent placées sur différents degrés : en haut, l'ermite ; ensuite, le reclus ; et puis, l'un après l'autre, le moine, le clerc, le laïque. Il n'y a de représentés que ceux qui, attirés par les biens de la terre, tombent de l'échelle ; en bas, est le dragon prêt à l'attaque. Notre poète termine, lui aussi, sa description d'une manière saisissante, v. 239 sq. :
ven lo diables qui guardal baratro,
ven accorren sil pren per lo taio, etc. La représentation des âmes par des oiseaux est même commune au moyen âge, par exemple lorsqu'elle quitte le corps ; les esprits malins v apparaissent aussi sous cette forme, comme dans Herrade {Op. c, table VIII).
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jeune fille lient dans sa main droite un livre ardent, avec lequel elle brûle les pécheurs qui n'ont point fait pénitence, et, dans sa main g-auche, un sceptre royal qui signifie la justice « corporelle (1). »
Ici s'arrête, avec le commencement du vers suivant, ce poème, dans l'unique manuscrit qui nous l'a transmis. Il ne me semble pas en manquer beaucoup, car, la principale consolation que la Philosophie donne à Boëce dans l'ouvrage ])p Cousolatione Philosophiap [\. III), le poète l'a déjà détachée et mise en avant : il l'a traduite en langage chrétien et l'a placée dans la bouche de Boëce lui-même. Cette consolation consiste en ce que Dieu seul peut être le bien suprême, le but de celui qui aspire à la félicité. Outre cela, bien des choses qui se trouvent traitées dans la Conmlaùon, notamment dans les deux derniers livres, ne pouvaient absolument pas trouver place dans les vers du poète. Il avait déjà atteint sans cela son but didactique.
La langue du poème montre encore, il est vrai, des traits antiques, mais, à tout prendre, elle apparaît déjà parfaitement formée. Le poème est composé dans le mètre épique primitif de la poésie provençale et française : ce mètre a déjà toutes les particularités que nous rencontrons dans l'ancienne poésie épique du nord de la France. C'est un vers décasyllabique, ayant l'accent principal sur la quatrième syllabe, ce qui amène une pause ou césure qui divise la ligne longue en deux parties. La césure, tout comme la finale du vers^ peut être masculine ou féminine, selon qu'elle suit immédiatement la quatrième syllabe accentuée, ou que cette dernière est accompagnée d'une syllabe inaccentuée : cette syllabe ne compte pas plus pour la mesure du vers que ne le fait la syllabe inaccentuée de la rime féminine; car, dans les dialectes de la France, le vers à terminaison masculine est considéré comme faisant loi. Mais, dans notre poème, c'est la césure féminine qui domine, tandis que, par contre, la rime est régulièrement mascu-
1. La Consolation a seulement : « El dextra qiildem ejus lîbellos, sceptrum vero sinistra gestabat. » Le récit de la punition, au moyen du livre brûlant, est-il une invention arbitraire du poète?
liae. Les vers sont du reste bien construits (1). Ces longues lignes sont, comme dans la poésie épique, réunies en tirades monorimes, c'est-à-dire en strophes d'un nombre de vers arbitraire ; la rime peut être imparfaite, une simple assonance, ce qui a lieu ordinairement dans la poésie épique du nord de la France ; dans notre poème, on voit déjà une aspiration vers la rime complète, attendu que, sur les trente-deux tirades (2), il y en a plus de la moitié à rime pleine. Les tirades comprennent de trois à seize vers (3).
La langue du nord de la France compte, à cette époque, deux poèmes, dont l'un, il est vrai, a aussi des formes qui appartiennent à la langue du midi (4), attendu qu'il a été probablement composé sur la frontière des deux langues. C'est celui qui a été publié sous le titre de : La Passion du Christ (5) ; il comprend cinq cent seize vers de huit syllabes, divisés en cent vingt-neuf strophes de quatre lignes, rimant de deux en deux (6). Le poète indique lui-même le sujet de son poème, dans la première strophe (7). Mais, après l'avoir terminé avec
1. Les vingt-cinq vers qui, dans le manuscrit, pèchent contre le nombre de syllabes, sont faciles à redresser. L'enjambement y est très rare.
2. II ne nous est parvenu que les premiers vers de la dernière.
3. L'origine du vers n'est point encore déterminée, malgré les nombreux efforts que l'on a faits à ce sujet et qui ne sont rien moins que satisfaisants. Rajna [Le origini deW epopea francese^ p. 560 sq.) en donne le tableau le plus complet. 11 déclare, avec raison, absurdes les dérivations tentées jusqu'ici où l'on fait provenir ce vers de mètres latins ; mais il est vrai de dire que ce jugement s'applique encore plus à sa manière de voir, consistant à le faire provenir d'un mètre celtique.
4. La critique du texte ne saurait les faire disparaître de la Passion^ sans avoir recours aux changements les plus fantaisistes, ainsi que l'a fait Lücking {Die ältesten französ. Mundarten. Berlin 1877, p. 38 sq.).
5. Dans : Diez, Zwei altromanische Gedichte. Bonn 1852. — *G. Paris, La Passion du Christ. Texte revu sur le msc. de Clermont-Ferrand {Romania, 1873, p. 295 sq.). — Diez, Zur Kritik der altroman. Passion Christi {Jahrb. f. roman, u. engl. Liter., vol. VII, p. 361 sq.).
6. Diez, dans le Jahrbuch {l. c), se demande si nous ne posséderions pas par hasard, en ce poème, un fragment, le dernier chapitre d'un ouvrage comprenant la vie entière du Sauveur, et il pense que le début (v. rem. suivante) peut le faire supposer. Mais la deuxième strophe s'oppose absolument à une telle hypothèse : « Trenta très anz et alques plus | Des que carn près in terra fu, | Per tot obred que verus deus | Per tot sosteg que hom carnals. » La str. 112 pourrait aussi s'y opposer.
7. « Hoia vos die vera raizun | De Jesu Christi passiun \ Los sos affanz vol remembrar | Por que cest mund tot a salvad. »