‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 3)Chapitre 236 sur 311 · Le poète n'a pas distingué les deux Lothaire · texte numérisé non relu

Le poète n'a pas distingué les deux Lothaire

3. La confusion des deux noms est fréquente. Ce que nous mettons entre parenthèses, dans cette analyse, est toujours emprunté à la source.

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les deux yeux (sir. 26) (l), puis on lui coupe les lèvres et la langue : il ne doit pas pouvoir louer Dieu. Mais, dans la prison du monastère de Fécamp, il est honoré de la visite du Christ qui lui rend ses lèvres^ en sorte qu'il peut prêcher au peuple la parole de Dieu. Ebroin, irrité, le confie à la garde de Lodebert (Chrodobert) qui doit le tourmenter jour et nuit. Mais un miracle (str. 34) lui démontre la sainteté de Léger et il le laisse prêcher. En apprenant cela, Ebroin envoie quatre hommes armés pour tuer le saint; mais un seul ose le faire; d'un coup de glaive, il lui tranche la tête. Ici, a lieu un nouveau miracle : le corps de Léger reste debout, jusqu'à ce que le meurtrier lui coupe les pieds (2). Dieu reçoit son âme. « Puisse le saint nous protéger auprès du Seigneur pour lequel il a tant souffert ! » Le poème se termine par cette prière. La source où le poète a puisé est la Vie composée par Ursinus '3) ; il la suit fidèlement en général. Mais il a abrégé le récit — omettant même des faits essentiels — etiln'a pas craint même de le changer une fois, en faisant assiéger Autun par Ebroin, et non par ses vassaux; il s'écarte aussi de sa source pour rendre plus éclatante l'auréole de Léger, et il fait des changements ou des additions (4) (même dans les discours) en peignant son ennemi sous de plus noires couleurs.

Les deux poèmes, la Vie de saint Léger comme la Passion dif Christ, étaient destinés à être chantés par une seule per-

1. Entrft celte strophe et la suivante, il en a certainement disparu une, ainsi que l'a fait déjà remarquer G. Paris {Op. c. p 300), à moins d'admettre une grande inadvertance de la part du poète; car les vers 3 et 4 de la strophe 28 restent presque inexpliqués, tandis que la source ^ 16 en donne l'explication.

2. D'après la source (§ 22), le meurtrier finit par renverser le mort avec son pied.

3. V., là-dessus, vol. I, p. 578. Cette vie se trouve dans les Acta SS. Octob. (T. I, p. 485 sq.).

1. Cf., sous le premier rapport, str. 13 et § 10 de la Vie, et, sous le deuxième, voir str. 16, v. 4. La source (§7 sq.), en racontant la brouille de S. Léger avec Childéric, obscurcit déjà la vérité historique ; mais le poème le fait encore bien davantage. Voir, en général, sous ce rapport, H. iMarlin, Histoire de France, 4« éd. t. II, p. 152 sq. — Au reste, les bévues ny manquent pas non plus; c'est ainsi que ïadversarius de la \ie (§ 7), qui n'est autre que le démon, devient, dans le poème : « tels om, Deu immix » (str. 13, V. 1). — Cf., du reste, 0. Paris, Op. c, p. 299. sq.

sonne, ainsi que le montre la manière d'adresser la parole. Dans ce but, ils ont été d'abord pourvus de neumes dans le manuscrit (1). Ce sont, en quelque sorte, des romances ecclésiastiques, qui étaient d'abord destinées aux fêtes des héros célébrées par l'Eglise, dont elles exaltaient les exploits et illustraient les souffrances. Aussi, la mesure du vers est-elle formée d'après le mëtre le plus antique et le plus en faveur dans les hymnes latines de l'Eg-lise (2). Dans les deux poèmes, la rime n'est en général qu'une simple assonance; la rime n'est d'abord qu'une rime imparfaite, et nous avons déjà observé le même phénomène au début de la poésie lyrique latine ecclésiastique. La rime accouplée est également le genre le plus simple que nous rencontrions d'abord; la répétition de la même rime dans les rimes accouplées qui suivent — et c'est là ce qui, dans [aPassio?i, rend la strophe de quatre lignes monorime — n'est pas rare dans les deux poèmes, tout comme dans les anciennes hymnes latines (3 . Dans la V^ie de saint Lé(jei\ la rime est partout masculine, tandis que la rime féminine se trouve aussi mêlée dans la Passion. La strophe à quatre lignes de ce dernier poème^ laquelle "correspond à l'hymne ambrosienne, est la strophe antique de laquelle se développa très simplement la strophe de six lignes : nous avons déjà rencontré le même mètre dans la poésie rythmique du siècle carlovinsrien.

1. La notation se trouve sur les trois premières lignes de la Passion et sur le premier vers des deux parties de la Vie de saint Léger.

2. Je ne saurais partager l'avis de G. Paris prétendant que les vers de huit syllabes des deux poèmes se divisent en deux hémistiches par une césure après la quatrième. Les nombreuses exceptions qui se trouvent dans les poèmes rendent déjà cette assertion impossible; une seule, bien constatée, suffirait pour la réfuter, car la césure exigeait un repos musical, et la composition de la première strophe fait règle pour toutes celles qui suivent. De plus, il ne faut pas prendre un rythme trocaïque comme modèle primitif. Le poème de Raban De fide catholica (V. vol. II, p. 327; on le trouve maintenant dans : Poetœ latini aevi Carolini t. II, p. 197) offre absolument le même mètre que le poème de saint Léger. Le modèle de cet octosyllabe français est le dimèlre iambique rythmique. Or, dans le poème de Raban, il est absolument impossible de trouver ces hémistiches , et ils paraissent même exclus à priori des lignes courtes. V., du reste, Tobler, Vom französischen Versbau (p. 78 sq.) aui se déclare contre Paris.

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