‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 3)Chapitre 237 sur 311 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

PROSE LATINE. LITTÉRATURE DIDACTIQUE ET POLÉ- MIQUE. ATTO DE VERGELLI. GUNZO. RATHER.

Passons maintenant à la prose, et d'abord à la littérature didactique et polémique. Nous ne rencontrerons pas ici beaucoup d'auteurs, ni beaucoup d'ouvrages, dont la signification historique et littéraire soit digne d'attirer notre attention. Je ne parlerai que brièvement de l'évêque Atto de Vercelli(l), dont les ouvrages sont, en grande partie, d'une nature purement ecclésiastico-tliéologique. Il occupa la chaire épiscopale de Vercelli depuis Tannée 924, et il jouissait d'une grande autorité parmi ses confrères. Par son capitulaire, recueil de préceptes ecclésiastiques pour son clergé, comme aussi par des mandements, il chercha à relever leur moralité et leur éducation, et en même temps celles de leurs paroisses (2). Au milieu des combats départis déchaînés^ à cette époque, dans la Haute-Italie, il sut conserver l'intégrité de son caractère. Il ne mourut, selon toute apparence, qu'au commencement de la septième décade du x^ siècle (3).

Parmi ses ouvrages, un seul mérite ici un peu notre attention (4). C'est le Libellm de Pressitris ecdesiasticis. Dans cette

1. Attonis opéra ad autogr.Vercellcns. fdem nunc primum exacta pracfatione et commentar. illustrata a Biirontio dclSignore. Vercelli, 1768. — *Aligne, Patrol. latlna, t. GXKXIV. —Histoire littéraire de la France, t. VI, p. 281 sq.

2. C'est ainsi qu'au chapitre 61 il recommande expressément l'ordonnance de Théodulphe par rapport à l'enseignement primaire (V. vol. II, p. 72), et qu'il fait même plusieurs emprunts à son capitulaire. — Il y a lieu de remarquer peut-être, pour l'histoire du théâtre, les chapitres -42 et 78, bien qu'ils ne fassent, que reproduire une défense de conciles, celuilà, de Laodicée, celui-ci, d'une province d'Afrique. Mais si ces défenses n'avaient pas été applicables à l'époque de l'auteur, pourquoi en aurait-il ici recommandé si expressément l'application.

3. En tout cas avant la fin de l'année 964, époque où les actes nomment un autre évèque.

4. Car l'écrit polémique Poli/pticam oa Perpendiculum, composé en « latin mystique », n'appartient sûrement pas à Atton. Non seulement il me semble incompatible avec l'individualité de l'auteur, mais on y trouve des données

brochure relative aux oppressions subies par TÉglise, il en défend les droits contre la puissance temporelle, et il le fait à un triple point de vue; de là, la division du livre en trois parties. La première traite des tribunaux compétents pour juger les évèques : ce ne sauraient être que des tribunaux ecclésiastiques. La deuxième traite de l'ordination des évêques et combat les abus dans la nomination aux évèchés; la troisième partie enfin est consacrée aux biens ecclésiastiques qui, pendant la vacance d'un évêché, devenaient souvent la proie de laïques. Comme Fauteur ne veut avant tout que réformer les abus de son temps et de son pays et que c'est de ceux-là qu'il parle, son ouvrage ne manque point d'intérêt pour l'histoire ecclésiastique; mais il oiïre également quelques traits utiles pour l'histoire de la civilisation. C'est ainsi que, dans la première partie, l'auteur se déclare contre le jugement de Dieu, consistant en un combat singulier et auquel^ sur une accusation portée par des chevaliers, les ecclésiastiques euxmêmes devaient se soumettre, mais seulement en désignant un remplaçant qui combattit pour eux 4 . Au point de vue du style, cet écrit est un des meilleurs de cette époque.

Cet évêque Alton était très lié avec le grammairien Gunzo de Navarre, que l'empereur Olhon avait fait venir en Allemagne. Nous avons de lui une lettre adressée à Alton; eu qualité de diacre de sa ville natale, Alton lui avait demandé son avis touchant le mariage du fils du parrain avec la fille que celui-ci a tenue sur les fonts du baptême; il le lui donne et, s'appuyant sur une lettre du pape Zacharie, il condamne un

qui s'opposent directement à ce qu'il Tait composé lui-même. C'est ainsi qu'au début il est parlé de la mort « du pasteur suprême, Silveslre ». Or, sous ce nom, l'on ne saurait, ainsi que l'a déjà remarqué Bahr {Gesch. d. vom. Litt. 3. supplém., p. 545) entendre que Gerbert, qui mourut en 1003. De plus, le destinataire y est nommé Fulanus. Ce pseuilonyme est vraisemblablement emprunté à l'espagr.ol fuknio, qai dérive lui-même de l'arabe et signifie quidam. L'emploi de ce mot indique donc un auteur espagnol.

1. « Addunt insuper, quoniam si aliquis militum sacerdotes Dei in crimine pulsaverit, per pugnam hoc singulari certaraine esse discernendum. (p. 58). — Ad pugnam producere heu! noslros compellimur vicarios, ut vel istorum caede victi, vel illorum quasi absoluti videamur; nec purgari a crimine, nisi perpetrato crimine, valeamus. ;> (p. 61).

[370-371.] GUNZU IJE NAVARRE 399

tel mariage, à cause de la parenté ecclésiastique (1). Mais c'est pour un tout autre motif que Gunzo mérite de nous occuper ici; c'est comme auteur d'une longue lettre aux religieux de Reiclienau. De passage à Saint-Gall, il avait été blessé, dans son honneur de maître d'école et de savant, et, comme le monastère de Reiclienau et celui de Saint-Gall étaient brouillés ensemble, Gunzo se venge^ dans cette lettre qu'il adresse aux rüligieux de Reichenau (2 . A plusieurs points de vue, cette lettre est d'un grand intérêt pour l'histoire de la civilisation. Il est déjà important que nous y apprenions que Gunzo fat appelé en Allemagne. A ce sujet, l'auteur nous fournit des renseignements précis : Othon avait d'abord tâché de le gagner, par l'intermédiaire de princes italiens; mais, comme aucun de ces derniers n'avait d'ordres à lui donner, l'empereur s'adressa à lui personnellement. Gunzo entreprit, en même temps que lui, son voyage en Allemagne, emportant avec lui cent vo~ lûmes, parmi lesquels les œuvres de Martianus Capella, le « Timée » de Platon, le « Péri Ermenias » d'Aristote, les « Topiques » de Cicéron et d'Aristote. Fatigué, transi de froid, il arrive à Saint-Gall, où il espérait se refaire. On l'accueille avec force révérences muettes, de sorte que les « faux philosophes » de Juvénal (3) lui reviennent à l'esprit. Or, le hasard veut que Gunzo emploie une fois un accusatif pour un ablatif^ et voilà aussitôt un jeune adolesceni (pusio) qui, aux applaudissements de son maître, se met à relever cette faute dans un langage impertinent et dans des « vers pitoyables. » Ce fut comme l'éclat d'une rivalité entre l'érudition allemande et l'érudition italienne. Il est bien possible que les moines de Saint-Gall se soient vantés de cette leçon donnée à l'orgueilleux grammairien d'au-delà des monts; en tout cas, Gunzo a composé cet écrit pour s'excuser et se glorifier lui-même et pour clouer au pilori ses adversaires, sur lesquels il déverse ses

1. V. la lettre parmi les épitres d'Alton (N" VI. Op. éd. 1, p. 111.

2. Marlene el Durand, Veterum scriptor. etc. coilectio. t. 1, col. 294 sq. — Migne, Patrol. lat., t. 136, p. 1283 sq. — Histoire lUtér, de la France, t.VI, p. 386 sq. (On y prétend que Gunzo était français; mais cette opinion n'est pas soutenable).

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