‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 3)Chapitre 240 sur 311 · Ces hexamètres ne sont pas léonins · texte numérisé non relu

Ces hexamètres ne sont pas léonins

4. Rathcrii episcopt Veroncmis oprra, nunc primum collecta, emend. et ineditis aucta. Curantibus Petro et Hieronymo fratribus Balleriniis. Verona, 1765. (Dans Migne, PatroUat., t. CXXXVl). — Vogel, Ralhcriusvon Verona und das zehnte Jahrhundert, Jena, 1854. 2 vol.— Le même, à l'article Ralhorius, dans la Realencycloiw.die f. protest. Theologie. Vol. XII, 2° éd.

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savantes, en sorte qu'il put se vanter (1) de devoir peu à ses maîtres, et de devoir bien plutôt à lui-même ses vastes connaissances. Ses écrits, remplis de citations empruntées aux classiques latins, à la Bible et aux Pères de l'Eglise témoignent de ses grandes lectures. Parmi les Pères, c'est saint Grégoire le Grand qui exerça sur lui le plus d'influence. Outre la grammaire, il possédait aussi les mathématiques et la musique, si bien qu'il était même en état de les professer. Il connaissait aussi le droit canon; et, s'il n'apprit pas le grec dans sa jeunesse, il semble en avoir acquis quelque connaissance, quoique superficielle. Cette érudition^ de même que son talent de pénétration et d'éloquence hautement vanté par ses contemporains, devaient le recommander facilement, d'autant plus qu'il savait entretenir la société par des traits d'esprit pleins d'à-propos. C'est ainsi qu'il devint l'ami de l'ambitieux Hilduin, évêque de Liège depuis 920, et alors abbé du monastère. Lorsque celui-ci, par suite des fluctuations politiques de la Lorraine, fut obligé, en 926, de quitter le monastère et de chercher fortune en Italie, auprès de son cousin, le roi Hugo, il prit avec lui Rather, qui aspirait aussi à se mouvoir dans une plus grande sphère. Tous deux virent se réaliser leur rêve ambitieux. Hilduin devint d^ abord évêque de Vérone, puis, en 931, de Milan; et Rather, grâce à la protection de son ami, quoique contre le désir du roi, lui succéda sur le siège de Vérone.

Mais les mauvaises relations entre Hugo et lui le décidèrent à prendre part à la révolte de Milon, comte de Vérone, et à appeler Arnolpbe, duc de Bavière. Après la défaite de ce dernier et la soumission du comte, toute la colère du roi s'appesantit sur Rather seul (935). Il fut déposé et retenu prisonnier deux ans et demi dans une tour de Pavie. C'est là que, dans ses heures de loisir forcé, il entreprit les Praeloquia, son premier et plus important ouvrage. Après être sorti de prison, il fut placé sous la surveillance de l'évêque de Como^ à laquelle il ne tarda pas à se soustraire par la fuite (939). Il chercha d'abord un asile dans le midi de la France, où, pour subvenir

1* « Phrenesis », c. m.

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à sa subsistance dans sa situaliou pénible, il fut quelque temps précepteur dans une famille, ce qui lui donna occasion de composer une grammaire : « Sparadorsum (1) », qui malbeureusement ne nous est point parvenue.

Enfin, vers 944, il retourna dans son pays et rentra au monastère de Lobbes, aux bons souvenirs duquel il s'étail rappelé par Félaboration de la vie de saint Ursmar, abbé de ce monastère au commencement du vm« siècle. Mais il n'y séjourna que peu de temps, car les troubles survenus en Italie et le soulèvement de Bérenger contre Hugo le rappelèrent en ce pays, et firent revivre en lui l'espoir de reprendre possession de son évêché. Et, en effet, il y réussit en 946, bien que ce ne fut qu'après plusieurs aventures périlleuses. Toutefois, il ne l'occupa pas deux années entières. Complètement brouillé avec son clergé, il se laissa tellement intimider par les puissances politiques qu'il dut s'enfuir de Vérone. 11 erra au-delà des Alpes, d'évêché en évêché, et se joig-nit enfin, en 951 , à l'expédition de Ludolphe en Italie, dans l'espoir d'être rétabli par lui sur son sièg-e. Mais cet espoir s'évanouit avec l'insuccès de l'expédition, et il ne se réalisa pas davantage après les victoires d'Othon, auquel Rather s'était réuni, ni malgré la prise de Vérone. Il revint donc à Lobbes ; mais bientôt après il fut appelé à la cour de Otlion (952) pour y occuper la première place parmi les savants qui entouraient Brunon, frère du roi, et faisaient son éducation. C'est à lui que, l'année suivante, il fut redevable de pouvoir occuper le siège de Liège. Mais, dans ces temps agités, Rather ne sut pas s'y maintenir longtemps. Il chercha d'abord un asile à Mayence, où il s'occupa de travaux littéraires et particulièrement de la composition de son ouvrage : Phrenesis ; ensuite, il se retira dans une abbaye qu'on lui donna pour subvenir à son entretien. C'est alors qu'il étudia l'ouvrage de Radbert Paschasius touchant la communion et qu'il défendit, dans sa lettre à Patrice, la doc-

1. C'est ainsi que nous l'apprend son contemporain, Folcuin, abbé de Lobbes, qui nous donne cette explication du titre : « Quem librum gentilicium loquendi more « Sparadorsum » vocavit pro eo quod qui scholis assuesceret puerulus dorsum a flagris servare posset. » {Gestaahb. Lobiens., c. XX.)

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irine de la transsubstantiation; il la remit ainsi, pour les savants (958), à un nouvel ordre du jour dont elle ne devrit plus disparaître.

L'ambition de cet évèque dépossédé n'avait cependant point de repos et, en 961, il se joignit à l'expédition de Rome, entreprise par Othon, après qu'on lui eût promis de le remettre sur le siège de Vérone. Effectivement, il le reçut pour la troisième fois et l'occupa alors pendant six années. Certes ces six années furent pour lui une époque de luttes perpétuelles avecla population, avec le clergé en général et les chanoines en particulier, et finalement aussi avec la puissance temporelle. La cause de ces tiraillements venait surtout de ses aspirations réformatrices, qui avaient pour but le célibat du clergé et un partage plus équitable des revenus de son église en faveur du clergé inférieur et au préjudice des chanoines. D'une nature irréfléchie, ardente, querelleuse, qui se plaisait tout aussi bien à s'accuser elle-même qu'à accuser les autres, et qui par là n'offrait que trop de prise à ses adversaires {\), il ne pouvait point remporter la victoire. On doit cependant admirer l'énergie de cet homme plus que septuagénaire qui, seul pour la plupart du temps, sut tenir tète à tant d'ennemis, en saisissant sa plume toujours bien taillée et en publiant, pendant ces années, un nombre étonnant de brochures de polémique. En 968, Rather quitta Vérone de nouveau, et ce fut pour la dernière fois. Il se rendit d'abord, et à nouveau, à son monastère de Lobbes. Mais, là aussi, il sema la discorde et finit par éloigner l'abbé Folcuin, pour régner lui-même en maître dans le monastère; cela ne dura guère pourtant qu'une année. Après la mort d'Ebrachêir, son élève et son protecteur, l'évêque qui lui succéda sur le siège de Liège força Rather à s'éloigner de Lobbes (972). Il mourut deux ans après, à Namur.

La plupart des écrits de Rather, composés pour son utilité et son avantage personnels, n'ont guère qu'un intérêt d'actualité. Ils appartiennent au domaine de la publicité périodique et ne peuvent nous occuper ici qu'autant que le style, la dis-

1. N'alla-l-il pas jusqu'à publier une longue liste de ses propres fautes?... Voir plus loin.

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position et la sig-nificalion historique nous oflrent quelque chose de particulier. L'unique ouvrag-e important qui, hien que écrit pour sa propre consolation et riche en faits personnels, ait un plan basé sur l'essence du sujet et un but pratique général, ce sont ses Praeloquia: c'est le résultat de son incarcération de plus de deux ans à Pavie ; mais plus tard, avant d'y mettre la dernière main, il y fit encore plusieurs additions. Ainsi que le montre le titre complet de l'ouvrage (1), ces méditations du cœur du prisonnier n'étaient que des « préfaces », c'est-à-dire une introduction à un ouvrage, encore à écrire, et qui devait être intitulé : A(/omstictfm{2): c'était un livre pour s'aider à être fort dans la lutte du chrétien avec le démon et pour se guérir de ses blessures. Les matériaux en sont empruntés, ainsi que nous l'apprend la préface, aux sentences des Pères, parmi lesquels sont compris ici les auteurs bibliques. Toutefois, l'auteur, pour donner plus de force à sa doctrine, n'hésite pas à citer parfois les auteurs païens, comme Gicéron, Sénèque, Térence. Mais, par le fait, le sujet ne consiste pas seulement dans la doctrine à exposer; on y trouve aussi maintes parties polémiques, qui, nous le verrons bientôt, donnent occasion à des descriptions intéressantes au point de vue de l'histoire de la civilisation. L'ouvrage se divise en six livres. La division est motivée, d'une manière générale, au début du premier livre qui commence ainsi : Bien que les préceptes du Seigneur s'étendent tous en général à l'Eglise entière, quelques-uns cependant s'adressent particulièrement à certaines personnes, selon la différence des temps, des états, des relations, de l'âge, des mœurs, des inclinations, du sexe. Il donne donc d'abord, dans le premier livre, après les devoirs généraux du chrétien, et dans des chapitres particuliers, des règles de conduite pour le soldat, l'artiste, le médecin. A ce dernier, il rappelle la parole

1. Le voici : « Meditationes corclis in exiiio cujusdam Ralherii Veronensis quidem episcopi, sed Laubiensis nîonachi, quas in sex digestas libellos volumen censuit appellari Praeloquiorum eo quod ejusdem quoddam praeloquantur opusculura, quod vocatur Agonistirum. »

2. tl le nomme aussi, dans la préfane : Medicinalis (liber). — - Sigebert (De scriptor. eccles., c. cxxvii) l'appelle « Agonisticon o.

de saint Luc : « Médecin, guéris-toi toi-même » (1). Tandis qu'il prend soin de la santé corporelle des autres, il doit prendre soin aussi de celle de sa moralité. Ratlier l'avertit surtout de bien se garder de prescrire des incantations ni des formules mag-iques qu'on appliquait sur les blessures (2), bien qu'il ne doute nullement lui-même de la puissance du démon. Il s'adresse ensuite au négociant, en condamnant Favidité des richesses et l'usure; à l'avocat et au juge, qu'il accuse d'être généralement adonnés à la cupidité(3); ensuite, aux fonctionnaires, et spécialement au receveur d'impôts (4). Ils emprisonnent les voleurs, et eux-mêmes ne songent qu'au pillage et à la tromperie; ils punissent les adultères et les filles de mauvaise vie, tandis que leur vie tout entière est adonnée à rivresse et autres intempérances. L'auteur prend ensuite à partie le noble, le patron, le seigneur : chacun de ceux-ci doit songer que tous les hommes ont une égale origine. RaLher mentionne ici le vice de l'ingratitude, de l'ingratitude qu'il a éprouvée lui-même de la part d'un grand seigneur (§ 25). Il passe ensuite au subordonné du patron, au client (o), au conseiller, et, après cela, au maître et au serviteur. Les chapitres les plus intéressants sont ceux qu'il consacre au maître d'école et à l'élève (§ 30 sq.). A celui-là il recommande la douceur et lui dit de prendre pour modèle la conduite du Christ envers ses « élèves », qu'il appelait ses amis, et non ses domestiques. Il conseille au maître, d'une manière très juste, de bien considérer que tous les élèves ne sont pas également doués. Mais, parmi les maîtres, il en distingue d'abord deux espèces : les uns ne prisent que leur titre de

1. Il fait sa monition sous forme d'apostrophe, par exemple : « Medicus es? Audi etiam juxta litteram tibi praecipientem Dominum : Medice, cura te ipsum. ))

2. « Quiddam vero infandum, hic nec commemorandum, in schedula instar coronae conscriptum et vulneri superpositum, quia est maleficium, sed animae letale nimium affert periculum. » ^ 1,

3. « Denique considerans vix unquam potui judicem cernere sine cupiditia. »

4. « Procurator, exactor. quud gastaldus usitato multis, Franciloque vero major dicilur eloquio, sive thaleonarius, vel cujuslibet alterius publicae fiinclionis minister es? » Ainsi débute ce chapitre, § 19.

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