RATflER. « PRAELOQUIA
maîtres ou docteurs, et dédaignent les fonctions de l'enseignement; les autres semblent plutôt faire parade d'érudition, que s'attacher à la communiquer à leurs élèves (1). Il divise ensuite en cinq classes ceux qui sont trop prodigues de leur science. Quelques-uns sont poussés par leur amour ardent pour les élèves; d'autres, par le désir de flatter un grand personnage; d'autres, par la cupidité; d'autres encore, par la vanité, et d'autres enfin par le désir de parler. Il traite à la fin du livre, des riches, de ceux qui ont assez pour vivre, et des mendiants.
Le livre deuxième, qui débute par une plainte sur sa captivité, offre peu de choses particulières. Il traite des devoirs des hommes et des femmes, des époux et des personnes non mariées, des parents et des enfants, de même que des divers âges. Le troisième et le quatrième livres, qui s'adressent au roi, sont bien plus intéressants : ils exposent les vues de Rather sur les rapports de la puissance royale vis-à-vis de l'Eglise, en particulier des évoques; il ne perd pas de vue la position personnelle de l'auteur vis-à-vis du roi Hugo. Aussi, au début du livre troisième, exprime-t-il une certaine inquiétude et cite-t-il (2) le mot de Térence : Veritas odiiim parit. Il recommande ensuite au roi les quatre vertus cardinales comme convenant parfaitement à son état, mais il lui montre que ce n'est que la bonne intention qui en fait des vertus : ce n'est pas servir la justice, par exemple, que de satisfaire sa colère. Le roi doit honorer les évêques comme des dieux (§ 8). Même dans l'évêque coupable^ le Saint-Esprit vit encore (§ 17); il ne saurait être jugé que par Dieu seul (§ 18). C'est ainsi que l'auteur revendique partout pour l'Eglise, en face de la royauté, la position la plus élevée et la plus indépendante (3). Dans le quatrième livre, il poursuit cet ordre
1. Sunt contra alii qui tantae videntur largitatis ut dootrinam magis videantur fundere, quam erogare. § 32.
2. A la sentence du païen, il oppose des sentences de la Bible qui parlent en faveur de la vérité.
3. Il résume cela au début du quatrième livre, en disant (§ 2) : « Dixi, episcopos a Deo solo, ut reges, et praestantius multo quam reges, quia et reges ab episcopis instituli, episcopi vero a regibus, etsi eligi vel decerni, non valent tamen ordinari, institutos. »
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d'idées et arrive d'abord à rechercher ce qu'un évêque peut entreprendre ou penser Uentire) contre le roi. Le roi se sentil outragé, il n'a qu'à s'adresser aux tribunaux auxquels ressortissent les ecclésiastiques. En tout cas, l'aveu de l'évêque est indispensable. On trouve ici des allusions immédiates au sort particulier de Fauteur. Vers la fin du livre, Rather donne encore une liste des préceptes les plus généraux pour le roi et la reine; à cette dernière, il présente, comme modèles, outre la sainte Yierge, la mère de Constantin, Radegonde; Clotilde, épouse de Glovis, etPlacilla, épouse de Théodose.
Le livre cinquième traite principalement de l'évêque. Après en avoir exposé les devoirs, l'auteur esquisse un tableau très animé de la vie mondaine, pompeuse et déréglée de plusieurs de ses collègues italiens : ils s'adonnent à la chasse et au jeu; ils se livrent au plaisir de la table, qu'ils assaisonnent parla musique et par « la peste des danseuses »; ivres, ils montent ensuite en voiture ou sur des chevaux magnifiquement harnachés, s'habillent eux-mêmes richement et tout à fait à la mode. Rather parle aussi de la magnificence de leur mobilier. Dans cet épisode (§ 6 12), important au point de vue de l'histoire de la civilisation, notre auteur montre un grand talent de description : le tableau est riche en couleurs, et l'on peut y admirer la finesse du pinceau. Ce n'est guère que vers la fin du livre (§ 29 sq.) que Rather traite encore brièvement des différentes classes du clergé et qu'il s'étend un peu plus sur le moine et l'abbé.
Dans le livre sixième, il adresse ses exhortations au juste et au pécheur; l'un ne doit pas se fier à ses propres actions, ni l'autre désespérer de la miséricorde de Dieu. C'est ici que Rather en vient à parler de sa propre misère, qui ne l'abandonna pas même dans sa prison (§ 9). Il y a encore de l'intérêt à la fin du livre, lorsqu'il renseigne le lecteur sur les motifs qui Tont porté à composer cet ouvrage, comme aussi sur sa disposition tout entière : à cette occasion, il remarque qu'il s'y est peint lui-même presque en entier (§ 26).
Parmi les ouvrages de Rather, comme publiscite, le plus
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important de tous est sa Phrenesis {[). C'était un recueil de compositions et de lettres formé de vingt pièces, soit polémiques^ soit apoloi;éliques; il comprenait douze livres, dont le premier forme Tintioduction et donne le titre de l'ouvrage complet. Mais le premier et deux autres ont été seuls conservés. Provoqué par la déposition de son éveché de Liège, l'ouvrag'e de Rather traite en partie de cette déposition ellemême, et en partie de la récusation de ses droits à l'évèché de Vérone, en 951. Le titre est pris de la bouche de deux adversaires qui avaient ainsi nommé l'ouvrage, dont ils avaient entendu parler. Le livre premier, ou « Phrenesis» au sens restreint du mot, a de l'intérêt au point de vue de l'histoire littéraire, surtout par les communications que l'auteur nous fait sur sa personne (2), et par deux poèmes composés par lui. Tun en hexamètres, l'autre en distiques. Dans le premier, qui est bien difficile à déchiffrer, Fauteur veut indiquer le contenu de cet ouvrag^e; dans le deuxième, il prie pour le repos de l'âme de son ennemi, Rodbert , archevêque de Trêves. Ces deux poèmes n'ont d'autre valeur que de montrer que Rather cultivait, lui aussi, les muses, à ses heures de loisir, et qu'il aimait à parer ses vers des beautés de la mythologie antique.
Parmi les nombreuses brochures qui sortirent de sa plume féconde, pendant ses luttes avec le clergé et la paroisse de Vérone, il n'y en a que deux dont le nom me paraisse devoir figurer dans cet ouvrage. L'une nous fournit des renseignements importants pour la connaissance du caractère singulier de notre auteur; elle se disting-ue en même temps par un style plein d'esprit et d'ironie. Composée au commencement de l'année 966 (3), elle reçut le titre de : Qiialitatis conjectura cujusdam. Ce « Quidam » n'est autre que Rather lui-même. L'écrit prit naissance à l'occasion d'une démarche que ses ennemis de Vérone avaient faite auprès de l'empereur, pour activer sa déposition. Rather veut prévenir leurs accusations
1. V. plus de détails sur cet ouvrage dans Vogel (vol. I, p. 198 sq. et vol. II, p. 119 sq.)