‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 3)Chapitre 242 sur 311 · V. Vogel, vol. II, p · texte numérisé non relu

V. Vogel, vol. II, p

en donnant lui-même un portrait de sa personnalité. Il déclare qu'il veut leur procurer tous les matériaux nécessaires pour appuyer leurs commérages auprès du roi ; il veut même les leur livrer en quantité telle, qu'on pourrait difficilement trouver pis à dire de lui. Ces accusations sont énumérées pêle-mêle, dans le langage et sur le ton de la conversation. Il y est dit, entre autres choses, qu'il a toujours le nez dans les livres et il ne cesse d'en jaser. Il blâme d'ailleurs tout le monde, comme il se blâme lui-même. Et parce que sa langue est contre tous, la langue de tous est ajuste titre contre lui. Sa vie ne ressemble pas à celle de ceux qui tiennent à l'honneur. Il méprise tout luxe dans les habits et dans les meubles. On voit bien qu^il est fils d'un charpentier, et voilà pourquoi il aime tant à bâtir et à restaurer des basiliques. Il vit comme un homme du commun et préfère fréquenter les roturiers que les nobles. Il ne fait aucune espèce de différence entre les personnes nobles et celles qui ne le sont pas, car il prétend que beaucoup de nobles ont fait des choses peu nobles, et que beaucoup de personnes prises en dehors de la noblesse en ont au contraire fait de nobles (§ 3). — Ce qu'il faut admirer le plus en lui, c'est son bavardage, vu qu'il n'a ni éloquence, ni érudition, ni beaucoup de lecture (§ 4). 11 ne joue pas ; il ne va pas à la chasse.

Tel est le ton de cet écrit (1) qui nous montre bien à quel point Rather était le contre-pied des évêques italiens de cette époque, tels qu'il les a dépeints (2) dans ses Praeloqiiia, et combien peu il s'était fait aux mœurs du pays. Sous ce rap- . port, il est encore à propos de faire remarquer qu'il se déclare l'ennemi des Juifs (§ 2) ; il prétend qu'un chrétien ne doit avoir nul commerce avec eux, bien que cependant il ne désire point que le prince leur retire sa protection. D'après le genre de sa polémique, il y avait, à cette époque, dans la Haute Italie, une certaine tolérance pour les Juifs. — Du reste, Rather ne cache point les accusations qu'il avait coutume de porter contre sa personne même, et renvoie à cet effet, ici encore

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