CHAPITRE ONZIÈME GERBERT. ABBO DE FLEURY
Le célèbre Gerbert, qui devint plus tard le pape Silvestre II, et dont nous avons déjà laissé deviner la haute signification historique et civilisatrice, dans l'introduction de ce livre^ est, en général, par son activité, plus grand comme professeur et comme homme d'Etat que comme écrivain; bien plus, on peut dire que ses ouvrages n'ont été composés, en bonne partie, que pour servir son activité (1).
Gerbert^ de basse extraction, naquit vers le milieu du siècle, dans le midi de la France, à Aurillac ou près de cette ville. Dans son enfance, il fut mis au monastère que les Bénédictins avaient dans cette ville et dont Gerald était alors abbé. C'est là qu'il reçut son premier enseignement, surtout dans la grammaire, et principalement sous la direction de Raimund, plus tard successeur de Gerald: il lui donne, dans ses lettres, le nom de maître et il le vénère tout particulièrement. Gerbert avait déjà grandi, lorsque ßorel, comte de Barcelone, qui vantait beaucoup l'étude des lettres en Espagne, fit une visite au monastère. A son retour, l'abbé lui donna cet élève plein de talent et de zèle, afin qu'il s'appropriât l'érudition des Espagnols, pour son utilité, et probablement aussi pour celle du monastère. Or, le comte le confia à Hatton, évêque de Yich, auprès duquel Gerbert étudia avec succès principalement les mathémathiques. Cette science florissait certainement en Espagne d'une manière toute parti-
1. OEuvres de Gerbert, collât, sur les mss., précédées de sa biographie etc., par A. Olleris. Paris, 1867. — Hock, Gerbert oder Papst Sylvester IL und sein Jahrh. Vienne, 1837. — Büdinger, TJeher Gerherts wissenschaftliche und politische Stellung. Marbourg, 1851 (DisserL). —Werner, Gerbert von Aurillac, die Kirche und Wissenschaft seiner Zeit. 2* édit. Vienne, 1881. — Hauck, Sylvester 11, dans la Realencyclopëdie f. evangel. Theologie, Vol. XIV. Leipzig, 1884. — Reuler, Geschichte der religiösen Aufklärung im Mittelalter. Wo\. I, p. 78 sq.
culière (1), par suite de riüfluence de la civilisation des Arabes, transmise vraisemblablement par les Juifs (2). Mais, quelques années après (970), l'évêque se rendit à Rome en compag-nie du comte : ils prirent avec eux le jeune Gerbert, qui sans doute avait su gagner leur affection. Son désir de s'instruire, ainsi que ses connaissances de la musique et de l'astronomie, sciences peu cultivées en Italie à cette époque (3), excitèrent même l'intérêt du pape Jean XIII, qui, précisément à cause de ses connaissances mathémathiques, le recommanda à l'empereur Olhon P"" pour instruire les siens. Mais Gerbert ne se se laissa pas encore attacher à la cour. Il voulait se perfectionner davantage dans la logique. Un archidiacre de Téglise de Reims, qui était célèbre dans cette science, venait précisément d'arriver à Rome en qualité d'ambassadeur français. L'empereur lui recommanda Gerbert, qui l'accompagna à Reims, et cette ville devint l'asile de ses importants travaux,
D'élève qu'il y était, il devint bientôt professeur, et il déploya comme tel une activité si grande et si particulière que l'école cathédrale arriva à son apogée de grandeur. Son plan d'enseignement, qui nous a été conservé par son élève Richer(4), nous montre d'abord d^me manière bien caractéristique pour Gerbert que son enseignement n'était rien moins qu'une école préparatoire à la théologie, et ensuite qu'il ne se restreignait point à une science purement théorique, mais qu'il avait aussi un but pratique et que, même dans l'exécution, il annonçait l'homme de la pratique. C'est ainsi qu'après l'étude de la dialectique on lisait les poètes latins (5) comme
1. Certainement en comparaison du midi de la France, car ce n'est qu'ainsi qu'on peut s'expliquer que Gerbert soit allé l'étudier auprès de Hatton ; mais probablement aussi en comparaison avec l'Italie.
2. On ne saurait déterminer jusqu'où allait cette influence. Il est bien possible qu'elle se soit bornée purement et simplement à réveiller l'intérêt pour les mathématiques,
3. Richer {Histor., 1. III, c. xliv), dit qu'on les ignorait totalement: « Penitus ignorabantur >■>.