‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 3)Chapitre 25 sur 311 · V. Dietrich, Op. c, p · texte numérisé non relu

V. Dietrich, Op. c, p

2. Thorpe, Cod. Exon., p. 1 sq. — Grein, BihL, Vo!. 1, p. 149. sq. — Dietrich, Cynewulfs Christ, dans : Zeitschr. f. deutsches Alterth., Vol. IX, p. 193 sq.

3. Ce qui n lieu d'étonner encore sous ce rapport, c'est le mot ameiiy qui termine la première partie et qui ne se trouve point à la fin des deux autres.

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Telle est la pensée du début : ce rapprochement avec le temps présent, qui forme pour ainsi dire la moralité de la fètc de Noël, domine dans le poème et reparaît plus tard d'une manière plus expressive encore ; c'est en lui que repose le côté subjectif qui occupe une si grande place dans le récit de la première partie, car le poète lui-même ressent le besoin de la délivrance. Donc^ après avoir dit un mot (v. 35 sq.) de la conception de Marie, qui accomplit et explique les prophéties ; après avoir loué Jérusalem (par rapport à la Jérusalem céleste de l'Apocalypse), qui était destinée à devenir une ville sainle elle siège choisi du roi des rois, il prête, dans le chapitre suivant, la parole aux Juifs qui désirent savoir de Marie ellemême le secret de sa conception miraculeuse. Marie leur reproche leur curiosité, mais leur montre la signification de ce miracle : la faute d'Eve est expiée par une fille de David. — Après ce dialogue, le poète reprend lui-même la parole pour exalter Jésus-Christ comme le plus brillant des astres, le vrai soleil envoyé pour éclairer le monde, Dieu engendré par Dieu ; il le supplie de descendre sur la terre pour éclairer l'homme, son propre ouvrage (v. 71 sq.). L^arrivée de Jésus-Christ fut annoncée aux Juifs ; déjà Melchisédec en était l'image, et les pieux patriarches qui gémissaient dans les liens de l'enfer l'appelaient à leur secours (v. 130 sq.).

Vient ensuite un nouveau chapitre d'un caractère tout à fait dramatique, attendu que le dialogue n'est amené par aucune réflexion du poète : c'est un dialogue entre Marie et Joseph. « Ah! mon Joseph, dit-elle, tu veux me quitter, moi qui t'aime tant? » Et Joseph de répondre : « Je suis profondément affligé, car je suis privé d'estime ; et une grande partie de mes souffrances provient des propos que j'entends tenir sur toi et des railleries auxquelles je suis moi-même exposé. » Marie, qui ne se doute pas de ce qu'il entend par là, croit qu'il s'accuse lui-même et elle cherche à le consoler : elle ne trouve pas la moindre faute à lui reprocher. Enfîn^ Joseph lui découvre le motif de sa tristesse : c'est la grossesse de Marie. Aussitôt, celle-ci lui révèle le secret, la salutation de l'ange Gabriel V. 164 sq.). — Le poète s'adresse de nouveau au Christ, dans une prière : se reportant à la fin du chapitre précédent, il m 4

parle do la génération du Christ, avant le temps, par le Père qui l'ongendra, en créant la lumière [\), « cette joie resplendissante de toute créature vivante ». Le poète invoque encore l'arrivée spirituelle du Christ et sa protection contre l'esprit malin. Les séraphins louent (2) ensuite leur roi, dont i^s forment la suite d'élite, le Christ qui a révélé Dieu; les hommes eux-mêmes doivent le remercier, dans leurs actions de grâce, car il vient journellement à leur secours.

Telle est, esquissée à grands traits, la marche de la narration dans la première partie : or cette narration a un caractère tout à fait particulier. Elle rappelle les anciens mystères rattachés encore au service divin : la trame dramatique est formée par les deux dialogues de Marie avec les Juifs et avec Joseph, dialogues dont le sujet est le mystère de la conception, c'està-dire le point de vue le plus important dans la naissance du Christ ; le poète apparaît comme un prédicateur qui explique la doctrine et l'accompagne de considérations, et il représente en même temps le chœur de la paroisse dans les passages où ia joie éclate sous forme d'hymnes: c'est un mélange curieux de l'art didactique, lyrique et dramatique. Cette partie doit assurément reposer sur une homélie latine (3 , comme cela a lieu pour la deuxième partie, ainsi qu'on l'a démontré.

Cette deuxième partie, YAscensiony fait suite, ainsi que Ta découvert Dietrich, à la deuxième partie d'une homélie de saint Grégoire \eGvdiiid[Homiliar.,m Evangelia xxrx, § 9 sq.) sur cette fête ; elle en développe la pensée et la reproduit même mot à mot dès le début. Le lien qui la rattache à la première n'est pas seulement imaginaire, il est même bizarre. Immédiatement après l'explication de saint Grégoire, un « homme de haute naissance » {mo7i se mœra, v. 441), à qui ce poème doit être dédié, est invité à rechercher pourquoi les

i. En s'appuyant sur l'Evangile de saint Jean, en. i, v. 4.

2. Hymne « qui est composée du Irishagion d'Isaïe (6, 3), du chant de la nuit de Noël (S. Luc, ii, 14), et de la salutation (S. Mathieu, xxi, 9. — Ps. cxvin, 26). » Dietrich, p. 200.

3. C'est bien ce que confirme la science théologique qui se rencontre ici dans beaucoup de trails ; cette science est telle que nous ne saurions en faire hommage à Cvnewulf.

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anges ne portaient point de vêlements blancs à la naissance du Christ, comme ils le font à l'Ascension. Cette question, dont la solution viendra plus tard, sert de transition au poète pour décrire l'Ascension elle-même, à laquelle il rattache les paroles d^adieu que le Sauveur ressuscité adresse à ses disciples (Matth., c. xxviir, v. 18 sq.). Mais, dans le Ciel, les anges vont au-devant du Christ, lui souhaitent la bienvenue dans une hymne où ils célèbrent le vainqueur de l'enfer (l), et ils apparaissent vêtus de blanc afin de rehausser cette solennité, la première de toutes. La solution de la question posée plus haut est encore donnée : les ang-es ne portent des habits blancs qu'aux plus grands jours de fête. Or, le Christ, le héros victorieux, mène à sa suite les âmes arrachées au démon. Après ce récit, viennent (v. 586 sq.) les considérations qui se rattachent à saint Grégoire. Voici quel est ici le point de départ : Thomme, délivré maintenant de la malédiction, peut choisir, pour lui, ou le ciel ou Tenfer. Ces considérations s'appuient, dans saint Grég^oire, sur différents passages de l'Ancien Testament qui ont traita TAscension de Jésus-Christ. Ce n'est que par là que s'explique le manque de toute espèce de lien solide entre les diverses parties du poème anglo-saxon. L'une d'elle, cependant^ n'est pas sans originalité et mérite, à ce titre, une mention spéciale : c'est celle où il est question des divers talents que le Christ donne à Thomme (v. 664 sq). Ici, en premier lieu, - et cela est caractéristique chez le poète — se trouve nommé le jeu de la harpe. Ensuite, — ce qui n'existe pas dans le modèle latin — mention est faite de l'astronomie et de l'art de forger les armes, de l'habileté dans l'art de la guerre et de la navigation ; c'est ainsi que l'Anglo- Saxon se trahit encore dans cette composition. Le poète termine ses considérations par une exhortation empruntée à saint Grégoire (2) ; il invite à chercher le salut avec le cœur

1. Les vers 558-585 sont le wilüwnan annoncé au v. 554, ainsi que le montrent clairement les v. 570 et 573. Ce n'est point le chantre lui-même qui les prononce, comme le pense Dietrich, Op. c, p. 202.

2. V. 751 : « is m i^earf micel pat we mid heortan haelo sêcen — pœr \ve mid gaeste georne gclyfad, — pat pat hœlobeorn heonen up stige mid usse lichonian, lifgende god. — Forpon we â sculon îdie Imtas — synvunde forseön... ». Cf. Gregor., /. c. § 11 : « Unde, fratres carissimi, oportet ut

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et à aspirer à la pairie où le Christ est monté avec noire corps : voilà pourquoi nous devons mépriser les désirs vains et avoir confiance en Dieu, afin qu'il nous protège contre les assauts

terribles du démon. .

La iroisième partie, \e Jugement dernier, se rattache immedialcment à la deuxième, car le poète débute par ces mois V. 779; : « Nul mortel n'a besoiu de craindre les flèches du démon sur celle terre, si Dieu le protège. » Le jugement approche; c'est le jour de la vengeance, où le Christ redescend sur la terre. Alors tremblera celui-là qui est hardi — le poète lui-même, car il fait connaîlre son nom au moyen de runes^i). Après une exhortation à penser au jugement dernier pendant la vie, le poêle compare en détail la vie à un voyage sur mer (v. 8ol), et passe ensuite à la description du jugement ,v. 868 : (( Le grand jour du Seigneur tout-puissant surprendra àTimproviste les habitants de la terre; il s'abattra sur la création si brillanle à l'heure de minuit, semblable à un voleur rusé et plein daudace, qui surprend inopinément, dans les ténèbres de la nuit, les héros sans défiance et livrés au sommeil. » Alors se réunissent, pleines d'allégresse, sur le mont Sion, les troupes fidèles au Créateur, car pour elles est arrivé le jour du salut; des quatre coins du monde des anges éclatants sonnent de la trompette et le bruit qu'ils font est tellement fort que le sol de la terre en est ébranlé. Ils réveillent tous les morts pour les faire comparaître devant leur juge. Anges et démons, blancs et noirs, s'y réunissent pêle-mêle ■ v. 895 sq.) Une lueur éclatante du mont Sion annonce alors la venue du Christ : c'est un coup d'oeil plein de joie pour les bons, et un

illuc sequamiir rtmii' ubi cum rorpore ascemli.^se credimus. Desideria terrena fugiamüs... »

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