‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 3)Chapitre 26 sur 311 · ponne C. cwacad, gehyred cyning mädlan · texte numérisé non relu

ponne C. cwacad, gehyred cyning mädlan

rodera ryhlend sprecan réde word

pâm pe him ser in worulde wàce hyrdori;

pendan Y. and N. ydast meahlan

frôfre findan, etc., etc. V. 797 sq.

« C tremble [cène, hardij quand il entend parler le roi, et le Juge du ciel adresser des paroles sévères à ceux qui auparavant lui obéissaient si peu sur la terre, pendant que Y [yrmdo, misère] et N [nydy dénument] trouvent un sujet de consolation, etc. ». V. Grin, Op. c, p. 189. Remarque.

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spectacle plein de tristesse pour les méchanls : les uns et les autres peuvent se reconnaître eux-mêmes à ce signe. Alors la création s'ébranle (v. 931); le plus grand de tous les feux passe devant le Seigneur; la flamme brûlante pétille; les cieux craquent; la lune et les étoiles tombent à travers les airs; le soleil s'obscurcit et prend une couleur de sang. Le feu, nourri qu'il est par la tempête, inonde le monde, comme autrefois Teau du déluge (v. 983); la flamme affamée dévore tous les êtres; les montagnes fondent; Teau elle-même brûle, comme de la cire; elle cherche avec fureur à gagner le sein delà terre et elle engloutit tous les trésors; mais elle consume aussi toutes les horreurs des péchés du monde (v. 1007).

Maintenant, commence le jugement. Le Christ, en qualité de roi des anges du ciel, est entouré de Télite de sa noble suite; il dresse, sur la montagne de Sion, la croix teinte de sang, comme signe de son royaume et sa bannière. Les anges eux-mêmes sont saisis d'effroi dans l'intime de leur être : à combien plus forte raison les hommes qui sont ressuscites et qui sont tous réunis! Les pensées de leur cœur, et toutes leurs actions sont en ce moment manifestées : les péchés des méchants se montrent à travers leur nouveau corps comme à travers le cristal. Maintenant, à la vue de la croix teinte de sang et des plaies que porte le Christ, ils sont forcés de reconnaître avec effroi celui qu'ils ont renié, honni, frappé; celui que la nature elle-même reconnut, dans les miracles qui eurent lieu à sa mort; celui que reconnut l'enfer, en rendant les patriarches qu'il détenait prisonniers; celui enfin que reconnurent les arbres eux-mêmes, lorsqu'il monta sur l'un d'eux, car plus d'un fut teint de larmes sanglantes et vit sa sève se changer en sang(l). Seuls les hommes, aveugles et plus durs que le rocher, ne reconnurent pas leur Sauveur.

Alors, le Christ s'assied sur son trône royal (v. 1.217); à sa droite, se réunissent les âmes pures, les élus; à sa gauche, ceux que souille le péché. Les uns et les autres sont reconnaissables à trois signes : les premiers sont comme illuminés

i. pâ weard beâra monig blôdigum tearum

birunnen under roderum reâde and picce, säp weard tô swâte. V. 1175 sq.

par leurs bonnes œuvres : ils voient la gloire qui les attend, comme aussi la punition des pécheurs, et, par là, ils ressentent davantage les bienfaits de la grâce divine qui est désormais leur partage. Les autres, au contraire, voient le feu de l'enfer préparé pour eux ; ils voient aussi la félicité des élus, et ils éprouvent une honte profonde de leur ignominie manifeste à tous les yeux. Ils auraient dû se confesser auparavant et faire pénitence.

Jésus-Christ s'adresse alors v. 1337 sq.) aux deux troupes, d'après saint Mathieu c. xxv, v. 35) : « Venez, vous, les bénis de mon père ; venez posséder le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde, car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger, etc. »; à droite il promet, dans un discours rapide, la récompense; à gauche, dans un discours étendu où il motive la peine due au péché et où il passe en revue l'œuvre de la rédemption, il inflige le châtiment : (' Allez, maudits, privés de la jubilation des anges, allez au feu éternel! » C'est ainsi qu'il termine, en brandissant le glaive de la justice; et les méchants tombent, en même temps que les démons, dans les flammes remplies de ténèbres.

Le poète termine son ouvrage (v. looO sq.) par l'exhortation qu'il a faite, au début de cette partie; il fait une peinture des peines qu'endurent les méchants dans l'enfer, et de la félicité des bienheureux dans le ciel; la plus délicieuse des joies est celle qu'ils éprouvent lorsque les anges et les âmes des bienheureux se rencontrent pour la première fois et que les premiers souhaitent la bienvenue aux seconds, dans la patrie céleste. C'est vers ce but que l'homme doit aspirer en se purifiant de la souillure de ses fautes.

D'après l'analyse rapide que nous venons de donner de ce poème, on peut également voir à quel point la deuxième et la troisième partie diffèrent de la première, quant à l'exposition, tout en s'harmonisont elles-mêmes, en général, sous ce rapport. Dans la première partie, l'élément épique est remplacé par l'élément dramatique; on n'y trouve point de narration descriptive; mais le côté didactique, qui form.e la base de tout le poème, s'y marie au lyrisme. Dans les deux parties qui suivent, par contre, on trouve l'élément épique réuni à l'élé-

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ment didactique ; si, dans la seconde partie, le récit ne fait qu'accompagner la leçon, dans la troisième, au contraire, la description occupe le premier plan, comme partie principale de l'exposition, et elle donne à la leçon un point d'appui qui produit le plus grand effet. Le charme poétique de la troisième partie se trouve dans ces passages descriptifs où les images les plus saisissantes sont rendues avec de brillantes couleurs, où les métaphores sont prises sur le vif, et, détail rare dans la poésie épique anglo-saxonne^ où les comparaisons se trouvent complètement développées. Dans un sujet aussi souvent traité que le jugement dernier et tombé en quelque sorte dans le domaine public de la littérature chrétienne, notre poète sait cependant se montrer original par la force de la conscience nationale qui le domine, et il sait également par là relever le mouvement de l'effet qu'il veut produire. La description repose bien sur la tradition chrétienne, dans toutes ses parties essentielles, dans les contours et le dessin; mais, avec cela, le coloris reste vraiment national. C/est ainsi que le Christ apparaît comme un roi anglo-saxon qui rend la justice, et les anges comme ses ministres. C'est ainsi encore que le poète se souvient, dans sa narration, des phénomènes de la mer(v. 980 sq.). C'est ainsi que la tlamme qui s'élève lui rappelle facilement les vagues qui grossissent et qui viennent inonder le pays. Pour lui, également, le plus précieux des biens terrestres est représenté par des bijoux, « ces antiques objets précieux des nobles rois » (v. 996 sq.). Mais, avec cela, les côtés faibles de la poésie nationale de son peuple, c'est-àdire la prolixité et les répétitions, — défauts que favorisaient si facilement l'allilération, — se rencontrent fréquemment dans son style.

Si nous jetons, en terminant, un coup d'œil d'ensemble sur Touvrage tout entier, nous devrons reconnaître qu'il produit une impression profonde, soit par l'idée de la rédemption de Jésus-Christ dans le monde, soit par la variété et parle cachet artistique et poétique du style : cette idée, qui repose sur l'enthousiasme de la foi, donne de l'unité à Fouvrage; cette diversité fait voir, sous un jour favorable, l'individualité poétique de Cynewulf.

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De même que la poésie épique laline et chrétienne se rattache non seulement à la Bible, mais encore aux légendes, ainsi, la poésie anglo-saxonne ne déflaigne pas de suivre ce procédé, d'autant plus que des Anglo-Saxons, tels que Aldlielme et surtout Bède, avaient cultivé déjà eux-mêmes la poésie latine de la légende'! . Que Cynewulf en ait donné le premier l'exemple pour la langue anglo-saxonne, c'est ce qu'on ne saurait prétendre, vu l'incertitude chronologique qui règne dans la littérature anglo-saxonne ancienne, et vu aussi la transmission très incomplète qui nous a été certainement faite de cette littérature ; mais, ce qu'on peut dire, c*est que, parmi les poèmes légendaires anglo-saxons qui nous sont parvenus, il n'y en a pas de plus ancien que celui de Cynewulf. Or, des deux légendes authentiques que nous possédons de lui, Julienne [2] semble être la plus ancienne.

Ce poème est composé, lui aussi, d'après un modèle latin, une légende en prose, écrite au plus tard au vi^ siècle (3). Le poète la suit généralement avec fidélité; il se contente parfois de faire quelques retranchements, quelques additions ou amplifications, mais quelquefois aussi il la traduit mot à mot 4. Le récit latin se trouve dans les Acta Sanctorum, à la date du 16 février. Ce poème, qui présente des lacunes en quelques endroits, comprend, tel que nous le possédons, sept cent trente et une lignes longues.

En voici le contenu. A l'époque de la persécution des chrétiens sous Maximien, Julienne fut fiancée, par son père Africanus, payen zélé de Nicomédie, au comte Helisêus (dans la légende, Eleusius), sénateur et plus tard préfet (o). Mais on cacha au comte qu'elle avait promis déjà, « dans son esprit »,

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