Attendu que l'ancienne vie ne suffisait plus
2. V., pour la part des deux auteurs à cet ouvrage, l'étude approfondie de Köpke (/. c, p. 138 sq.)
3. Cf., par rapport à l'histoire suivante de l'évêché de Liè^-e, l'exposition critique remarquable de Rettberg, Kirchengeschichte Deutschlands, Vol. f, p. 74 sq., 204 sq. et 554 sq.
4. On explique par là le fait que le pape n'a point de crosse. Reltberg, Op. c, p. 75.
évêqiie de Tongres après Materne , Servatius , le premier évêque historique : pour détourner de son pays la horde des Huns, il court à Rome et va prier saint Pierre, sur son tombeau, de venir à son secours. Mais l'apôtre, qui lui apparaît dans une vision, lui apprend que la ville de Servatius ne peut pas être sauvée à cause de ses péchés ; quant à lui, il doit chercher un refuge à Maastricht (c. xxin). Là-dessus, notre auteur décrit l'exode du saint, les lamentations de son clergé et de sa paroisse, et il mêle de longs discours à son récit. L'évèché de Tongres reste ensuite vacant pendant quelque temps ; ce n'est qu'à partir de l'époque de saint Rémi qu'il paraît de nouveau occupé. Mais le vingt et unième évêque, Monulf, transféra à Maëstricht le siège épisco^al(c. xxvni). — Hériger s'occupe, après cela, avec de nombreux détails, de deux prédécesseurs immédiats de Rémacle, Tévêque Jean Agnus et saint Amand, dont nous avons déjà étudié la Yie(l); ce que notre auteur trouve de remarquable dans le premier, c'est que, bien que laïque et marié, il n'en fut pas moins élu évêque: la tradition crut devoir motiver cet événement par un miracle (c. xxx).
Avec le chapitre xl, commence enfin la vie de saint Rémacle. Issu d'une noble et riche famille d'Aquitaine, Rémacle fut initié à la vie monastique par saint Eloi, à Solignac. Il s^ fit si bien distinguer par ses vertus que saint Éloi put lui confier la direction du monastère, et que, lui aussi, il fut appelé plus tard à la cour du roi (Dagobert)pour y expédier les affaires de l'Etat. Il n'est donc point étonnant qu'on ait choisi, à Maëstricht, un tel homme pour évêque (vers ooO, c. xlui). Son activité fut en effet considérable comme évêque : il fonda beaucoup de monastères et forma un certain nombre d'élèves distingués, parmi lesquels on nomme saint Lambert et saint Trudon. Parmi les monastères, était celui de Stablon, fondé en 6o0 : c'est là que se retira le saint, au déclin de sa vie, afin d'y terminer ses jours dans la pratique de l'ascétisme (vers 667).
Tel est le contenu principal des Gestes qu'on désigne géné-
1) V. vol. II, p. 278 sq. (pagin. allem.)
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ralement sous le nom de « Gesles des évequcs de Liège », parce que, plus tard (721), l'évêque de Tongres transféra son siège do Maëstricht à Liège. Mais l'ouvrage de Ilériger eut une continuation excellente, au milieu du xi° siècle, par le chanoine de Liège^ Anselme (1).
Quant à l'exécution de l'ouvrage, elle nous montre, sous un double point de vue, l'éducalion classique de Ilériger; d'abord par l'imitation des historiens antiques, à Texemple desquels il encadre de longs discours composés par l'historien luimême, et dont nous avons déjà donné un exemple. Comme pendant, nous avons les discours que saint Rémacle échange avec ses fils spirituels, lorsqu'il veut quitter l'évêché pour se retirer dans un monastère (c. xlix sq.). L'autre trait, dans lequel se manifeste directement cette éducation classique, ce sont les citations nombreuses et variées des auteurs antiques^ dont l'auleur agrémente surtout le début et la fin de son ouvrage. Nous y en trouvons de toutes les œuvres d'Horace, de Tibulle, de Martial, de Perse, de Claudien, de Térence [Adolphes, Eunuque), et, cela va sans dire, de Virgile. Parmi les prosateurs, il cite des passages de Cicéron [Tiisculanes, Orateur, Calilinaires),de Salluste, de Pline {Hist. naiur.).hes auteurs chrétiens y figurent aussi, mais sur une moins large échelle. Ce sont : Prudence et Arator, saint Jérôme, saint Augustin, Sulpice Sévère, Jordanès^ Bède, Paul Diacre. On voit déjà, par là, que Hériger était un homme dont la lecture était immense, et que sa bibliothèque ou celle de son monastère contenait une riche collection de livres.
Ce travail, il est vrai, n'a que peu ou point de valeur comme source historique^ vu que, abstraction faite de ces passages qui ne sont là que pour faire parade de rhétorique ou de style, il n'est presque qu'une compilation textuelle de différents ouvrages; mais il faut dire aussi qu'il n'a pas la prétention de vouloir être un ouvrage servant de source historique. Toutefois , il ne manque pas complètement de critique (2), et, 'de plus, on doit reconnaître que l'auteur
1. V., à ce sujet, Wattenbach, Deutschlands Geschichtsquellen, Vol. II, p. 131.
2. Laquelle cependant ne s'applique point aux récits des miracles; l'auteur
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aspirait à lui donner quelque chose d'artistique dans la forme.
Hériger a composé (980) encore une biographie en prose, et, comme pour les Gestes, il Ta faite à l'incitation et avec l'appui de Notker : c'est la « V^ie et la Translation de saint Landoald », qui fut, dit-on, un des maîtres de saint Lambert. Les religieux du monastère de Gand avaient prié Notker luimême d'écrire cette vie. Mais ce petit ouvrag^e est de si peu d'intérêt que nous ne croyons pas devoir nous y arrêter plus longtemps.
L'ouvrage le plus remarquable, dans ce domaine de l'historiographie, à cette époque, fut composé en France : c'est l'histoire de l'église de Reims, par Flodoard. Elle précéda de quelques vingt ans les ouvrages de Folcuin et de Hériger. Cet archevêché, comme métropole ecclésiastique de la France, joua, surtout depuis Hincmar , un rôle important, même dans les affaires politiques ; aussi, son histoire s'élèvc-t-elle d'elle-même à une hauteur qui offre un intérêt plus général.
FLODOARD (4) uaquit dans le diocèse de Reims^ à Épernai, en 894, et il fut élevé dans l'école que Fulcon avait rétablie dans la ville épiscopale elle-même. Il devint chanoine de l'église de Reims. Sa vocation d'historien se manifesta de bonne heure; à l'âge de vingt-cinq ans, il rédigeait déjà ses annales. Les archevêques Herivaeus (f 922] et Seulfus (t 925) le comblèrent de faveurs et lui donnèrent des bénéfices ; le dernier même le consultait, paraît -il, dans les affaires de haute importance. Après la mort de Seulf, le tout-puissant Heribert, comte de Yermandois, imposa son jeune fils,"¥gé de quatre ans, au choix des chanoines, avec injonction de l'élire archevêque. Flodoard ne prit point part à l'élection, et
toutefois combat l'opinion prétendant, que saint Servatius descendrait de parents du Sauveur et dit que c'est là une opinion quac fortassis ex pietate irifjeritur (c. x\). 11 avoue aussi franchement son ignorance sur des époques obscures.
1. Flodoardi canonici Remensis opéra omnia, éd. Migne. Paris, 1853, {Patrolog. lat., T. CXXXY.) — Flodoardi Annales, éd. Perlz,dans les Monum. German. histor., Script. T. III. (Praef.). — Historia Remens, ecclesiae, éd. Heller et Waitz, ibid., T. XIII (Praef.). — Hi^'«. littér. de la France, T. VI, p. 313 sq.