V. Vol. I, p. 589 et
2. Thorpe, Cod. Eœon., p. 242 sq. — Grein, Bibl., Vol. [1. p. 52 sq.
3. V. Acta SS. Febr., T. tl, p. 873 sq. Commentar. praevim, § 4.
4. Comme, par exemple, v. 94: « Swélesie (Juliana) mînra eâgna
leôhl, >y c'esL-à-dire : (( Mea dulcissima Juliana, lux oculorum meorum, » § 2; ou bien v. 150: « Dumbum and deâfum deélolgieldum, » c'est-à-dire : « Idolis sui'dis elmiitis ». Ibid.
5. Il le devient en effet, dans le modèle, car Julienne, pour repousser sa demande, exige d'abord qu'il soit revêtu de cette fonction. Notre poète a omis ce détail et il nous le présente aussitôt comme yerêfa ; cette fonction devait correspondre, chez les Anglo-Saxons, à celle d'un préfet romain.
[53.] CYNEWULF. JULIENNE 57
sa fidélité au Christ, et qu'elle songeait, par amour pour lui, à conserver sa virg-inité. Elle déclara donc au comte qu'elle ne deviendrait son épouse qu'à une condition, c'est qu'il embrasserait le christianisme. Le père, interpellé par le comte, exige de sa fille qu'elle renonce aux « dieux étrangers ». Il menace : peine inutile. Il la fait mettre à la torture, mais elle persiste dans sa résolution. Là-dessus, il la livre au comte, son fiancé, qu'il fait jug-e en cette affaire. Celui-ci cherche, par des paroles flatteuses^, à la persuader de sacrifier aux anciens dieux et d'échapper ainsi aux tortures cruelles. Mais c'est en vain : Julienne reste inébranlable, malgré les tortures qu'on lui fait subir. Jetée en prison, elle célèbre le roi de la magnificence, le divin Rédempteur (v. 235 sq.).
Or, voilà que, sous la forme d'un ange, un démon (Beleal) lui apparaît dans son cachot pour la tenter; il lui conseille d'échapper au martyre en sacrifiant aux dieux. La jeune lille intimidée demande au Tout-Puissant de lui faire connaître la qualité de ce messager. Une voix descendant des nuages lui répond de le saisir et de le garder jusqu'à ce qu'il annonce lui-même sa mission et son origine. L'interrogatoire que la sainte fait subir au démon et les longs discours de ce dernier forment à proprement parler la trame du poème : le début de ces discours manque toutefois (v. 289-530). Beleal, fils du roi des enfers, avoue les perversités et les méchancetés qu'il a commises. Il raconte que son père l'a envoyé, cette fois, comme dans d'autres circonstances du reste, pour pervertir les âmes pieuses : s'il échoue, il aura à subir un rude châtiment de la part des satellites du roi redoutable; il sera lié et mis à la torture. C'est donc par nécessité qu'il a dû tenter Julienne. Il veut encore lui confesser de quelle manière il s'y prend pour séduire les femmes (v. 350 sq.) et par quels maléfices il cherche constamment à nuire aux hommes (v. 460 sq.).
Ce long entretien est interrompu lorsque le comte appelle de nouveau Julienne devant son tribunal (v. 530). Même après cela, elle ne lui rend pas si vite sa liberté; elle le traîne encore jusqu'au lieu du supplice, et ce n'est qu'à sa prière réitérée de retourner à l'enfer, qu'ils se séparent. Voici enfin, (après une lacune, v. 559) le martyre merveilleux de la sainte.
58 LITTÉRATURE AJJGLO-SAXONNE [53-54.]
Elle est d'abord attachée sur une roue de fer garnie de couteaux acérés, et roulée au milieu d'un brasier: sa constance converlil les bourreaux ; un ange éloigne le feu; elle sort de là saine et sauve. Ensuite, on la plonge dans un bain de plomb en ébullition ; mais le liquide se divise et les gouttes qui en rejaillissent, ne blessent que les païens : avec cette sainte, le juge est donc obligé d'avoir recours à un moyen radical, à la décapitation. Beleal se trouve encore à ce dernier supplice pour exciter les païens: mais un regard de Julienne suffit pour le glacer d'effroi et le mettre en faite. La sainte meurt, après avoir exhorté les Chrétiens présents à son supplice à persévérer dans la foi et dans l'amour des uns pour les autres.
Le poète mentionne ensuite brièvement (v. 671 sq.) le sort du comte qui se noya dans un naufrage et qui devint un suppôt de l'enfer; mais le tombeau de la sainte est jusqu'à ce jour l'objet de pieuses vénérations. En terminant^ le poète se recommande à sa protection pour l'heure de sa mort; il fait un humble aveu de sa vie passée et fait connaître son nom par des runes (v. 704 sq. . Il ne manque pas dimplorer la bienveillance du lecteur (li, et il finit par une courte prière. C'est ainsi que se terminent également les légendes des poètes latins.
Si nous comparons le récit de Cynewulf avec celui de son modèle, nous trouvons que son genre spécial de traiter le sujet repose principalement sur deux circonstances. En premier lieu, il a donné à son poème un coloris national anglo-saxon. Il reste bien, il est vrai, la scène de Nicodémie (Commedia) et l'action a bien lieu à l'époque d3 l'empereur Maximien ; mais le préfet apparaît comme un comte anglo-saxon et, en cette qualité, il rend la justice devant le peuple (v. d84j; lorsqu'il se trouve avec le père de Julienne pour délibérer, les deux (( forts au combat » posent leur lance côte à côte (v. 63, ; ils vénèrent les dieux (v. Iß) en leuroffrant des trésors (welum weordian) ; la nature guerrière des Germains, qui dominait
i. Bdde ic moiina «^ehwone — gumraa cvnnes, ne pis sied raede. (V. /18 sq.).
[54-55.] CYNEWULF. — HÉLÈNE. 59
toute leur vie publique comme leur imagination, s'accommode ég-alement du combat avec le démon, comme ayant eu Ii<'u, d'une part, avec un bouclier et un casque, et, de l'autre, avec des flècbes (v. 384 sq., 395); le démon enfin provoque au combat ceux que la bière avait enivrés dans le festin (v.468sq. i. D'aulre part, le poêle laisse de côté tout ce qui pourrait affaiblir le coloris national (1).
En deuxième lieu, le poète fait ressortir la sainteté de Julienne, plus que ne le fait le modèle latin, et il la représente, dès le début, comme la fiancée du Christ (v. 30 sq., 106 sq.', ce qui n'a pas lieu dans le modèle cité (2).
On ne saurait dire que le poète, par sa manière de traiter le sujet, lui ait donné une consécration poétique. Il lui a donné plutôt, en un certain sens, une consécration religieuse, surtout en peignant Faction pernicieuse du démon, et en présentant, en détail et sous de vives couleurs, le genre de ses procédés de tentation. Du reste, ici également, la prolixité de la diction anglo-saxonne finit par fatiguer.
L'autre légende de Cynewulf, Hélène ! treize cent vingt lignes longues^ v3), a une importance bien autrement grande et offre un intérêt bien plus général, soit par rapport au sujet luimême, soit par rapport au style poétique. L'héroïne qui adonné son nom au poème est la mère de Constantin le Grand : l'Invention de la sainte croix (4) en fait le sujet. Mais le saint qui opère le miracle eit Cyriaque, et une légende apocryphe qui se rattache à son nom '5) est le modèle que le poète suit pas à
1. Corame le nom de Diane, et ne parle que des dieux en général (v, 194 sq., et cf. .4. SS. 1. c. § 4) el delà nomination d'Eieusius comme préfet par Vempereur.
2. Voilà pourquoi Cynewulf ne lui fait pas poser la condition indiquée plus haut, p. 52, remarque 5,
3. Andreas und Elene, édités par Jacob Grimm. Cassel, \S\0 (Proleyy.).
— The poetry of The Codex Vercellensis xvith an english tramlation, by Kemble. Pari. II. London, 1856, p. 1 sq. — Grein, Bibl., Vol. II, p. 105 sq.
— Cynewidfs Elene, mit einem Glossar herausgegeben von Zupilza. Berlin, 1877. 2 Ausg. 1883.
4. Voir, sur cette légende, la critique historique de Gildemeisler et Sybel dans: Der heilige Rock zu Trier. 3 Aufl. Dusseidorf, 1845, p. 14 sq.; et Lipsius, Bie edessenische Abgarsage. Biunswick, 1880, p. 71 sq.