LIUDPRAND : ANTAPODOSIS
dosis remet très fréquemment en mémoire au point de vue de la forme : la consolation de Liudprand était aussi la philosophie, mais la philosophie de l'histoire. Le monde n'est point guidé par le hasard, mais bien par la main de Dieu : voilà la première consolation que nous montre môme la philosophie ,de Boëccf (1). Liudprand peut bien avoir puisé dans cette pensée sa consolation. Une pareille méditation liistorique et philosophique correspondait parfaitement bien au plan d'une histoire universelle, tel que le lui avait imposé son ami Recemund, bien que notre auteur ne le traitât que d'une manière incomplète (2). La satisfaction personnelle qu'il se promettait d'y trouver et dont il parle lui-même, au début du troisième livre, n'est qu'une tendance subordonnée à un plus noble motif et qui, dans une exécution toute personnelle, s'en dégageait d'elle-même. On serait tenté de dire qu'elle y était contenue à l'état latent, mais ce n'était point elle cependant qui le détermina directement à composer son ouvrage, bien que Liudprand expliquât plus tard le titre dans ce sens. Pour clouer ses ennemis au pilori, il n^avait pas besoin de raconter les événements qui avaient eu lieu un demi-siècle avant eux. Voici enfin la marche du récit et la division de la matière de son ouvrage. Après l'introduction, dont fait partie, comme nous l'avons remarqué ci-dessus, le récit de la prise deFraxinetum par les Sarrazins, l'auteur commence son histoire de l'Europe, au chapitre cinquième, en nous donnant la liste des souverains de Byzance, de l'Allemagne et de l'Italie, à la même époque, c'est-à-dire en 888. Ce sont Léon Porphyrogénèle, Arnolfe, et les deux antagonistes qui se disputent la couronne de l'Italie, Bérenger etWido. Liudprand veut ensuite nous raconter brièvement « les événements qui se sont passés sous ces monarques ». C'est à ce récit qu'est consacré le livre premier, qui va jusqu'à la mort d'Arnolfe, en 899. Mais Fauteur
1. V. Vol. I, p. 467, Cf. De consolatione philos., 1. I, prol. 6.
2. Comme il en avait conscience lui-mùme en disant, dans le titre qui précède l'ouvrage, au lieu de « tolius Europae », « i^art'is Europae. » Le titre montre encore une petite déviation de la forme donnée plus haut (p. 448, rem. 2). Le voici : « Liber Antapodoseos, retributionis, regum atque principum partis Europae. »
se contente de relater toujours quelques faits isolés dans chaque chapitre : il n'y est nullement question d'une histoire, au sens large, laquelle tendrait à être complète et se développerait dans un récit continu : non seulement les limites de son intérêt, mais aussi celles de la connaissance qu'il avait des événements ne lui permettaient point de remplir ce cadre. C'est ainsi qu'il ignore presque complètement la France : l'Italie, par contre, est mise au premier plan, car même l'histoire d'Arnolfe, telle que nous la raconte Liudprand, se meut en grande partie sur le sol de ce pays (1), ou s'y rapporte, sinon directement, du moins d'une manière indirecte. C'est ce qui a lieu, par exemple (c. xin), dans le récit de Talliance d'Arnolfe avec les Hongrois contre Centebald de Moravie ; et, dans ce but, Arnolfe brise les « closes )> qui les enchaînaient (2) et occasionne ainsi le fléau qui se répandit sur l'Europe et qui atteignit l'Italie elle-même. Liudprand ne trouve pas de plaintes assez fortes contre ce fléau; la mort terrible d' Arnolfe, telle qu'il la décrit, nous est présentée comme un châtiment du ciel (c. xxxvi).
Le deuxième livre commence avec l'élévation au trône du fils d' Arnolfe, Louis; l'auteur nous raconte d'abord ses combats avec les Hongrois et sa défaite, ainsi que (c. vu sq.) l'invasion déjà antérieure de ce peuple en Italie et sa victoire sur laBrenta (899) : cette victoire est l'œuvre de Dieu, qui s'en sert pour châtier les chrétiens de leurs fautes. Après avoir dit ensuite quelques mots de l'élection de Conrad au trône d'Allemagne et avoir fait allusion à sa lutte avec ses vassaux, Liudprand nous dit d'une manière très détaillée comment Conrad, sur son lit de mort, recommanda de choisir Henri pour son successeur (c. xx); puis il nous raconte d'une façon singulière la réconciliation de Henri avec Arnolfe de Bavière; après cela, il emploie toute la pompe de son éloquence tant pour nous relater la victoire de Mersebourg (933), que Henri remporta sur les Hongrois, que pour élever jusqu'aux nues Henri avec ses Saxons. Liudprand passe ensuite à l'Italie