‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 3)Chapitre 263 sur 311 · LIUDPRAND : ANTAPODOSIS · texte numérisé non relu

LIUDPRAND : ANTAPODOSIS

pour nous en raconter aussi l'iiisloire, à partir de l'année 900 jusqu'en 934 : le soulèvement de Louis de Bourgogne contre Bérenger, leurs combats, les incursions des Hongrois et des Sarrazins, l'élévation au troue de Rodolphe comme anti-roi, sa victoire sur Bérenger et enfin son assassinat en 924, tels sont les principaux sujets de son récit. C'est donc ainsi que ce livre comprend deux parties, dont l'une est consacrée presque tout entière à l'histoire de l'Allemagne, et l'autre à celle de l'Italie.

Avec le livre troisième^ Liudprand recommence, pour ainsi dire, son ouvrage ; il le fait précéder en eflet de l'introduction dont j'ai parlé ci-dessus, laquelle sert de chapitre premier et s'étend longuement sur le titre de Touvrage. Ce livre du reste n'a pas été composé au même endroit que les précédents (i). Si l'on considère en outre que Fauteur reproduit ici littéralement (2) quatre chapitres du premier livre sans le faire remarquer directement (3), on serait presque tenté d'admettre qu'il avait l'intention de faire un nouvel ouvrage, en y retranchant les deux premiers livres, ou bien qu'il en considérait la suite comme une deuxième partie.

Le livre troisième ne traite presque que de l'histoire de l'Italie : celle de l'Allemagne n'y trouve place qu'autant qu^elle joue un rôle dans celle de l'Italie. En dehors d'elle, Tauteur n'y admet, dans une longue digression (c. xxu à xxxvui), que l'histoire de Byzance : l'ambassade dont avait été chargé le père de Liudprand lui en fournit et l'occasion et les matériaux. Quant

1. Il fut composé dans l'île de Paxos (près Corcyre), tandis que l'ouvrage avait été conamencé à Francfort, ainsi qu'il le dit ici à la fin du chapitre premier.

2. Ce sont les chapitres 7 à 10 du troisième livre; ils reviennent, comme chapitres 31 à 34, et traitent du titre de Porphyrogéncte et de l'histoire de l'empereur Basile. Ces chapitres se trouvent également dans la table des matières du troisième livre, en sorte qu'il n'y a pas moyen de songer à une interpolation. En effet, ces tables des matières qui précèdent chaque livre sont dues, à n'en pas douter, à la plume de l'auteur.

3. Une remarque indirecte se trouve dans la phrase qui précède (c. 30) : « Sed in domo quae Porphyra, ut siiperiiis scripsimus, natum apello », si toutefois ce ut superius scripsimus n'a pas été ajouté plus tard, ainsi que cela a été établi pour les iterum et quemadmodum, etc., qui viennent plus tard.

à l'histoire de l'Italie, elle commence à la mort de Béreng-er, qui rendit Rodolphe le maître incontesté de ce pays ; elle nous raconte ensuite la chute de ce dernier, Télévalion de Hugon sur le trône^ ainsi que sa consolidation après l'échec de l'invasion d'Arnolfe de Bavière. C'est là une période de temps qui va de 924 à 935.

Au début du livre quatrième^ l'auteur nous fait remarquer que^ à partir de là^ il va parler comme « quelqu'un qui assistait aux événements », tandis qu'auparavant, il nous a raconté ce qu'il a entendu de la bouche de témoins oculaires bien dignes de foi. C'est à cette époque qu'il gagna les bonnes grâces du roi Hugon par sa belle voix. Il continue le récit de l'histoire d'Hugon jusqu'à son mariage avec la veuve du roi Rodolphe, en 937, et, au chapitre xv, il passe à l'histoire de l'Allemagne, à laquelle est consacré le reste du livre. Il y traite de la mort du roi Henri, de l'élévation d'Othon sur le trône^ de la révolte de son frère Henri et de ses partisans, en 939, révolte qu'Othon parvient à réprimer malgré tous les dangers, grâce aux desseins de la Providence. C'est donc ainsi que ce livre comprend une période de cinq ans environ (1).

Au livre cinquième, c'est encore l'Italie qui occupe le premier plan ; c^est à peine si l'auteur touche à l'histoire de l'Allemagne. Il consacre par contre à Byzance toute une série de chapitres (c. xliv sq. et c. xx-xxv). Liudprand nous y raconte que le roi Hugon fiança^, en 942, une de ses filles illégitimes à Constantin, fils posthume de Léon et héritier présomptif de la couronne. C'est à cette occasion que le beau-père de Liudprand fut envoyé à Constantinople. Nous apprenons ensuite comment ce Constantin monta sur le trône (945) à la suite d'une étonnante révolution de palais. Mais ce qui fait toutefois l'objet principal de ce livre, c'est la continuation de l'histoire du règne d'Hugon, que l'auteur mène jusqu'à la fin; il y traite notamment de ses luttes avec Anscar de Spolète, frère de Bérenger II, de la poursuite de ce dernier qui s'enfuit en

1. Car il ne faut considérer que comme épilogue le dernier chapitre, où l'auteur nous raconte la soumission d'Henri, en 941 ; d'autant plus que le récit reprend, au livre suivant, les événements de l'année 939.

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Allemagne et dont Hiigon réclame, mais en vain, d'Olhon, le retour; de l'abdication, de la fuite et de la mort (rj|u"-(jn (947).

Le livre sixième (1) a, lui aussi, un « prooemium )> particulier, dans lequel l'auteur déplore les désagrémenls divers qu'il a eus à souffrir depuis qu'il a été obligé de quitter sa patrie. Ayant maintenant à dépeindre cette époque qui fut cause pour lui de tant d'infortunes, c'est plutôt comme poète tragique que comme historien qu'il devrait aborder son sujet. Il ne serait pas en état de Tentreprendre , si le Seigneur « n'eût dressé devant lui une table contre ses ennemis » psaume xxn, v. 5). C'est là ce qui le fortifie et lui fait espérer enfin un revirement de fortune. Outre cela, le livre no contient que neuf chapitres, qui traitent seulement de l'envoi de Liudprand à Constantinople par Bérenger (949-9ü0); au milieu du récit de son ambassade, dans lequel Tautcur nous fait des descriptions animées des beautés du palais où il fut reçu, de la table de la cour et de la fête des Rameaux, le livre s'arrête tout à coup et Touvrage tout entier avec lui: Liudprand n'est point parvenu à obtenir pleinement la satisfaction personnelle qu'il désirait et à raconter la chute de son ennemi Bérenger.

Si nous jetons un coup d'œil rétrospectif sur le contenu général de Y Antapodosis que nous venons d'analyser (2), nous

1. Peut-être Liudprand l'a-t-il commencé un peu plus tard que les précédents (à cause du « proœmium » particulier); en tenant compte de la citation de la Bible, contenue dans la première phrase, il a dû le commencer immédiatement avant le départ d'Othon pour l'Italie, au mois d'août 961 ; mais ce ne fut en aucun cas après le couronnement d'Othon P"" comme empereur (février 962), ainsi que le suppose Dümmler (Praef. p. VI), en s'appuyant sur un passage du chapitre quatrième « domini nostri, tune reg-is, nunc imperatoris ». Le contenu du « proœmium » s'oppose complètement à une telle interprétation, car il montre clairement que l'auteur se trouvait encore dans une position pénible et qu'il vivait d'espoir. Or, déjà avant le couronnement d'Othon et en janvier 962, il était évèque de Crémone (v. Diimmler, Otto der Grosse, p. 327, rem. 6). Par conséquent, les termes « tune régis, nunc imperatoris » ont été ajoutés plus tard par l'auteur.

2. Dans cette analyse, nous n'avons pas pu et nous ne devions pas faire entrer naturellement les anecdotes éparses cà et là, bien qu'elles servent à caractériser les hauts personnages historiques : il en raconte par exemple de l'empereur Léon (I. I, c. xi sq.), de Romanos (1. III, c. xxv), des deux Willa

verrons que la personnalité de l'auteur s'y montre à un haut degré : elle éclate déjà du reste dans le choix et la disposition du sujet de cet ouvrage qui, d'après le désir de Racemund, devait êlre une histoire de « toute l'Europe ». Il n'y parle en général que des pays avec lesquels il avait des l'elations personnelles, et chacun d'eux occupe plus ou moins de place dans son récit, selon que ces relations étaient plus ou moins intimes : c'est ainsi que l'Italie y occupe le premier plan : après elle, vient l'Allemagne, et enfin Byzance. De la France, il n'est presque pas question, ni au commencement ni à la fin; cela s'applique également et surtout aux relations d'Othon avec ce royaume; sur Fhistoire de l'Espagne ou de TAngleterre, silence complet. Mais ce qui est encore plus important au point de vue que nous venons d'indiquer, ce sont les relations de l'auteur avec les souverains Ilugon, Bérenger, Othon. L'histoire de l'Allemagne^ à moins qu'elle ne soit mêlée à celle de l'Italie, n'y est traitée presque que sous ce point de vue tout personnel, c'est-à-dire pour glorifier la maison de Saxe et son grand roi. C'est également par ce motif que Liudprand nous raconte avec plus de détails et de cohésion qu'il n'a coutume de le faire, l'élévation d'Henri sur le tronc déterminée par la Providence (1), sa victoire sur les Hongrois, rhistoire des luttes d'Othon avec les vassaux rebelles, bien qu'elle ne regardât purement et simplement que l'Allemagne. Ici même, il consacre un long chapitre (1. IV^ c. xxvi) à la considération suivante, à savoir, que la victoire surprenante d'Othon, à Birten, n'a point été l'œuvre du hasard, mais bien d'un décret providentiel. Dieu voulait montrer aux sceptiques que ce roi pieux pouvait vaincre même avec peu de guerriers, par la prière, et il voulait qu'on pût voir à quel point il l'aimait. Pour Liudprand, Othon est un athlète de Dieu {athleta Dei) et il le compare à David. Certes, la grandeur de caractère et le talent d'Othon ne se montrèrent jamais sous un plus

(1. IV, c. XII ; V, c. xxxii) : il nous communique même une fable d'après le grec (I. III, c. xLi).

1. V. I. II, c. xxiii : (( Neque enim in hujus electione tolius populi posset esse animus unus, si a trinitate summn, quae Deus unus est, ante mundi constitutionem non esset electus. »

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beau jour que dans la compression de celle insurrection dangereuse : sa conduite à celte occasion laissa deviner ce qu'il deviendrait un jour et ce que Liudprand attendait de lui pour rilalie et pour sa personne, même pour un temps postérieur à celui où il écrivait ce livre.

Le choix des matériaux dépendait en outre essentiellement des sources auxquelles puisait Liudprand; or, ces sources, abstraction faite naturellement de sa propre expérience consistaient tout particulièrement dans la tradition orale (1). Il en parle même au début du quatrième livre; mais il n'a pas mis à profit que des communications de témoins oculaires dignes de foi; il a fait encore une large part à la tradition populaire, pour laquelle il avait, à ce qu'il semble, une certaine inclination.

C'est de ce genre de sources, provenant de communications plus ou moins disséminées de personnes isolées, que dépend Texéculion tout entière de l'ouvrage ; de là également son caractère qui le fait ressembler à des mémoires, ainsi qu'on l'a remarqué ; de là enfin ce morcellement en une foule d'histoires détachées et contenues dans autant de chapitres, histoires que nul lien ne relie entre elles et dont plusieurs ne sont que de simples anecdotes: toutefois, ces anecdotes sont racontées avec tout autant, sinon avec plus, de détails que les faits les plus importants, parce que leur source coulait avec plus d'abondance et que leur narration plaisait au goût de l'auteur. Aussi y trouve-t-on quelques petites histoires obscènes. Mais l'idée de Liudprand était, de prime abord, d'épicer son récit par de telles anecdotes : son livre devait amuser, servir de délassement après une lecture sérieuse, ainsi que, dès le premier chapitre, il le déclare lui-même aux détracleurs qui exigent trop de lui (2).

Il chercha aussi à plaire par un changement de forme : d'après le modèle de la « Consolation de la philosophie », il encadra dans son récit des poèmes , même dans ses mètres

1. Par là s'expliquent aussi facilement les diverses erreurs relevées dans les premiers livres.

2. « Quod si perplexa faceti Tullii lectione fatigantur, talibus sallem neniis animentur. »

divers, qu'il empruntait au même modèle (1). Ces poèmes étaient très différents les uns des autres, même par leur coutenu. Mais ces poèmes, et ici l'auteur contraste avec son modèle, prennent ordinairement la place de la prose, en sorte qu'ils continuent le récit ; dans l'un (l. IL c. lxv), il décrit la bataille de Florentiola ; dans un autre (1. II, c. lxxi), il raconte l'assassinat de Bérenger I" ; un troisième (1. III, c. ii) nous dépeint l'incendie de Pavie. Ces poèmes, ce sont encore des discours des personnages que l'auteur met en scène, et ces discours sont en vers au lieu d'être en prose ; telle est, par exemple, la harangue d'Arnolf pour exciter ses soldats à monter à l'assaut de la ville de Rome (1. I, c. xxvi), ou bien celle du roi Henri à ses Saxons, pour les enflammer à combattre contre les Hongrois (1. II, c. xxvi), ou encore le discours injurieux d'un valet à Willa dans le récit ordurier de la découverte de la ceinture qu'elle a cachée (1. IV, c. xu). Quelques-uns seulement de ces poèmes ne sont autre chose que des effluves d'amour ou de haine dont l'auteur a encadré l'expression dans son récit; tels sont, d'une part, le panégyrique de Henri I" et de son fils Olhon (1. IV, c. xvi), et, de l'autre, les invectives de l'auteur contre Marozia (1. III, c. xliv)^ contre Henri, frère d'Othon^ lorsqu'il se révolta contre lui, et contre le démon qui l'avait séduit (1. IV, c. xix) ; ou bien encore celles qu'il adressa au « mont des oiseaux » (le petit Saint-Bernard) parce que, au cœur même de l'hiver, il avait donné passage à Bérenger (1. Y, c. xi). Dans ce dernier poème, on peut dire que l'indignation rend l'auteur éloquent et poétique.

Liudprand donna encore à son récit un autre genre de charme, mais moins particulier, lequel consistait à le dramatiser fréquemment par des discours en prose et par des dialogues, dont la plupart n'ont certainement aucune base historique (2) : en cela, il ne faisait que suivre, comme beaucoup de ses contemporains, l'exemple des historiens de l'antiquité.

C'est ainsi que ce genre d'exposition, joint aux tendances qu'il poursuivait, concourt à donner à son histoire une teinte

1. Ainsi que Köpke l'a déjà démontré en détail. V. Op. c, p. 139 sq.

2. Cf., pour ces discours, Dandliker, Op. c, p. 171 sq. et 224 sq.

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personnelle, qui se manifeste clairement là où il laisse un libre cours à sa colère contre Bérenger et son épouse. Cette teinte, il sait la renforcer encore par des traits particuliers do son style. Ils consistent principalement dans le mélange si frappant de termes grecs, qu'il fait suivre chaque fois d'uno traduction latine (1), comme aussi dans l'usage fréquent de phrases empruntées aux classiques latins, surtout aux poètes; il aime à en orner ses discours simulés, en y ajoutant également des sentences. Les ouvrages qu'il met à profit dans ce but sont ceux de Virgile, d'Horace, de Juvénal, de Térence et de Cicéron.

Si cet ouvrage, par son caractère tout personnel, lequel se montre aussi dans le peu de soin que l'auteur prend de la chronologie, doit être classé, comme source historique, après beaucoup d'autres qui ne sont que de sèches annales, il faut dire, par contre, qu'il a beaucoup d'avantages sur ces annales ; il motive les faits, il juge généralement bien les relations politiques, et il offre des détails épisodiques d'une grande richesse qui font revivre le passé d'une manière frappante.

Considérée comme création littéraire^ cette histoire est bien également le plus original et le plus important des ouvrages en prose de cette période. Elle nous offre une variété d'exposition qui ne pouvait manquer en effet d'atteindre le but que poursuivait l'auteur : procurer au lecteur un entretien agréable. L'auteur s'entend à merveille à faire usage tantôt du style simple de l'histoire, tantôt de descriptions développées: ici, d'anecdotes piquantes ; là, de considérations ou de discussions (2), comme aussi à encadrer dans son récit des discours et des poèmes. Ici, le style prend un essor majestueux ; là^ il s'aiguise jusqu'à devenir spirituel ; il est plein de fiel et déborde d'ironie. La langue, il est vrai, n'est rien moins que classique, avec ce mélange bigarré; mais elle nous offre un cachet plein de vie et d'individualité qui répond de la durée de l'ouvrage.

1. Il motive une fois ce mélange de grec, en disant (1. II, c. xxxiv) : « Et quia sonorius est, grece illud dicamus. »

2. Comme sur la question du passage d'un épiscopat à un autre (1. IV, c. VI sq.)

Cette histoire est donc restée inachevée ; mais nous avons encore deux écrits historiques de Liudprand, qui lui servent pour ainsi dire de supplément.' Le premier en date fut composé en 964, et a pour titre : Liber de rebus gestis Ottonis macjni imperatoris. Il n'y est question toutefois que de certains faits et gestes d'Othon, en Italie, pendant les années 963 et 964. Liudprand nous y raconte, en effet, l'histoire de la déposition du pape JeanXII, ses causes et ses suites immédiates. Il commence par nous dire en peu de mots que, à la prière de Jean, l'empereur passa en Italie, en 961, pour y mettre fin à la domination de Béreng-er et d'Adelbert; il nous apprend ensuite que ce même pape le couronna empereur (février 962), après quoi, Jean lui affirma par serment qu'il n'appellerait jamais à son secours ni Bérenger, ni Adelbert (c. i-m). Or, le pape rompit ce serment en s'alliant avec Adelbert. Instruit de cela par des émissaires, Othon quitte Pavie, où il résidait, et marche d'abord contre Bérenger, qu'il assiège dans la forteresse escarpée de Saint-Léon, où il s'était réfugié. Là-dessus, le pape envoie des députés à l'empereur, pour se plaindre de lui. Désireux de se justifier, Othon envoie au pape, en qualité de député, Lautward, évêque de Minden et Liudprand lui-même. Mais le pape ferme l'oreille aux justifications de l'empereur et donne un refuge à Adelbert dans la ville de Rome (c. vu). Aussitôt que les grandes chaleurs de l'été sont passées, Othon marche contre Rome avec une armée : la majeure partie des nobles lui en a fait l'invitation. Le pape et Adelbert prennent la fuite. Trois jours après son entrée dans la ville, on tient dans l'église Saint-Pierre, un synode dont Liudprand nous raconte, actes en mains, la composition et la marche tout entières (c. ix sq.) : il y prit part en effet lui-même, en traduisant en latin le discours que l'empereur prononça en allemand (c. xi). Ce synode se termina^ comme on le sait, par la déposition de Jean et par l'élection de Léon YIII (c. xv). L'auteur raconte ensuite la révolte des Romains, qui ne tardèrent pas à se soulever contre Othon^ mais qui fut promptement réprimée. Le départ de l'empereur est suivi d'une nouvelle révolte qui ramène Jean et force Léon à prendre la fuite. Liudprand nous relate ensuite l'assassinat de Jean, l'élection

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do Tanti-pape Benoît, le rélablissemcnt de Léon par Tempereur et le châtiment de l'usurpateur de la chaire de Saint- Pierre ; c'est au beau milieu de ce dernier récit que son ouvrage, tel qu'il nous est parvenu, se termine tout à coup.

Le récit de cet ouvrage contraste avec celui de VÄ?ilapo' dosis, en ce qu'il a un caractère complètement impersonnel. Liudprand n'y parle de lui-même qu'à la troisième personne. Le style en est plus esamé et n'est point bigarré de ces termes grecs qu'on rencontre dans YAntapodosis. On croirait lire des mémoires inspirés par le roi et destinés à justifier, aux yeux des générations présentes et avenir, la procédure employée contre Jean XIL

L'autre écrit de Liudprand a une nature toute différente de celui-ci : il a pour but de compléter les descriptions de la cour de Byzance qu'il a données dans V Antapodosis : aussi l'a-t-il intitulé : Relatio de legatione Constantinopolitana ; nous y avons fait souvent allusion en esquissant la biographie de l'auteur. Il est complètemont dans le style de son grand ouvrage, et la tendance qui y domine est de se venger des désagréments multiples qu'il a eus à souffrir. L'auteur pouvait donner libre cours à cette tendance dans cette pièce pleine de documents curieux. Les égards qu'il devait aux empereurs, aux deux Otlion, auxquels cette relation d'ambassade était destinée en première ligne, imposaient en effet à la verve satirique de l'auteur d'autant moins de bornes que c'est en qualité d'ambassadeur de ces monarques qu'il avait dû souffrir ces avanies,, et que, à la caricature qu'il esquisse de l'empereur d^Orient, il oppose le portrait idéal et flatteur de ses deux souverains ; cette caricature est donc, pour ainsi dire, la folie de ce portrait (c. ni) : à la superbe du Byzantin, il oppose la fierté des Occidentaux (2), et surtout du Lombard.

C'est avec toute la vivacité de tempérament d'un méridional que Liudprand nous décrit ici les négociations diplomatiques qu'il avait entamées, soit avec l'empereur lui-même, soit avec Logothète, son frère : sa réplique prompte et ironique sut

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