Cf. aussi c. xciii sq
[458.] JEAN DE SAINT-ARNULF 4îj:{
tout entière sur ses épaules ; or, il s y montra si habile, (lu'il lit beaucoup prospérer la richesse de son couvent. Il songea en même temps, par des constructions, à la sûreté du monastère, et à son embellissement par l'achat d'un mobilier pour l'église (c. xc). Jean montra également une habileté et une énergie rares dans les négociations avec l'évèque, ainsi que dans la prise de possession d'un village qu'on avait distrait du monastère.
D'après tout cela, Jean semblait tout naturellement appelé à l'ambassade importante qui donna encore plus de notoriété à son nom. Othon avait reçu une ambassade du calife Abderrahman ; ne voulant pas rester en arrière de politesse, il chargea son père, Bruno, de chercher deux hommes propres à cette mission périlleuse; Bruno s'adressa à Albéron, et Albéron à Einold pour faire ce choix (953). Jean ne fut pas choisi, par cette raison que l'abbé ne croyait point pouvoir se passer de lui; mais les deux candidats que l'abbé désigna refusèrent, et, comme nul autre religieux ne voulait courir les risques de l'emploi, Jean s'offrit volontairement pour cette difficile entreprise. C'est cette mission que l'auteur nous raconte, dans le reste de son livre (c. cxv-cxxxvi) (1).
La lettre royale qu'on avait donnée à Jean l'exposa aux plus grands dangers ; elle contenait des insultes contre Tlslam, et le contenu en avait été communiqué aux Arabes, par trahison, avant qu'elle ne fût arrivée à destination. Le calife exigea, avec raison, que Jean ne la remît point. Mais l'ambassadeur, fidèle à son devoir, voulut accomplir sa mission et ne se laissa effrayer par aucune menace. Sa contenance ferme et résolue inspira le respect à Abderrahman. Il accepta la proposition de Jean, qui consistait à envoyer à Othon une ambassade pour apprendre de lui ce qu'il avait à faire; une fois les ordres reçus, il les exécuterait (c. cxxvn). Là-dessus, Othon fit parvenir à Jean, par le ministère de nouveaux ambassadeurs, une autre lettre pour le calife, avec ordre d'anéantir la première. Mais Abderrahman refusa d'accueillir le nouvel ambas-
1. Giesebrecht, Gesch. der deutschen Kaiserzeit (Vol. I, p. 506), nous donne le contenu exact de cette partie de la Vie.
sadeur, jusqu'à ce qu'il eut enfin reçu Jean (1), dont la réception eut lieu avec pompe et solennité, bien que, contrairement à l'usage qui exigeait des vêtements magnifiques, il parut en simple habit de moine. Estimant à sa juste valeur le caractère de Jean, le calife avait consenti à déroger à l'étiquette (c. cxxxi). Par sa conduite pleine de prudence, le moine en imposa encore davantage, dans cette audience, au souverain musulman, qui le pria de rester encore quelque temps à Cordoue et l'invita encore une fois à une conférence particulière. Jean accepta, et, à cette occasion, il osa même avancer que la puissance d'Othon surpassait celle de tous les rois contemporains, à quoi le calife répondit avec raison, en lui rappelant les révoltes qui avaient eu lieu sous son règne.
C'est au milieu de cette conversation que s'arrête la Vie de Jean. Cette dernière partie, qui se base sur des communications faites à l'auteur par son héros lui-même (2), est racontée, elle aussi, avec une grande richesse de détails et nous offre non seulement une lecture attrayante, mais même des faits historiques intéressants, notamment par rapport à la situation et à la condition des chrétiens d'alors sous un gouvernement mahométan (3).
Nous ajouterons -encore que Jean, au retour de sa mission et après la mort d'Einold, en 9o9, fut élu abbé de son monastère. 11 mourut en 973 (4). Pertz lui a prêté, à tort, la paternité de plusieurs ouvrages hagiographiques; l'un d'eux, la (( Vie et les translations de saint Glodesindis », dont nous parlerons plus loin, doit être attribué plutôt, selon toute apparence, à Fauteur de la Vie de Jean, à Jean de Saint- Arnulf(5).
Voici encore une Vie qui ne manque point d'importance soit pour l'histoire ecclésiastique, soit pour l'histoire poli-
i. Il l'altendait déjà depuis trois ans. V. c. cxxxiv.
2. C'est ce que dit l'auteur à propos de la première audience (c. cxxxiv : « Joannes ad haec, qui, sicut nobis postea referebat », etc.