‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 3)Chapitre 283 sur 311 · V., là-dessus, Waitz, König Heinrich J., p. 89 sq · texte numérisé non relu

V., là-dessus, Waitz, König Heinrich J., p. 89 sq

2. Celte guérison s'explique difficilement : il fut guéri de douleurs rhumatismales par le cilice de la sainte, qu'il avait passé autour de lui.

3. Vita S. Cadroae, dans Mabillon Acta SS. ord. s. Bened., saec. V, p. 482 sq. — Schultze, Forschungen, etc. p. 51 sq.

A. Il y a au c. iv, un fait qu'on n'a pas encore relevé; l'impératrice Adelaide est désignée comme a incicti Ottonis Augusti genitrix; ;; il résulte de là que cette Vie a été composée, selon toute probabilité, avant la malheureuse bataille livrée en Calabre, en 983; or, comme le monastère de Waussor avait pour le saint un intérêt tout spécial, ainsi qu'on le verra ci-dessus, et que un certain Immo en devint abbé en 982, il est très vraisemblable que c'est là qu'à été écrite cette Vie. Cela, une fois admis, l'époque de la composition cadre au mieux avec les années 982-983.

[i67.] VIE DE KADROE :;03

de témoins oculaires; c'esl la Vie elle-même qui nous l'apprend (1),

Kadroe mérite notre attention en ce sens qu'il prit une part toute spéciale à la réforme des monastères en Lorraine; sa Vie est en même temps intéressante pour l'histoire de la civilisation. Originaire de l'Ecosse, il est nommé fils de Fochertach qui, descendant d'un sang royal et possédant de grandes richesses, avait épousé Bania, veuve aussi distinguée que lui par la naissance. L'union de cette femme resta longtemps stérile; mais enfin ses prières furent exaucées, grâce à l'intercession de saint Colomban à qui elle s'était adressée. Le saint annonça à la mère, dans un songe, la naissance d'un fils, auquel elle donnerait le nom de Kadroe; ce fils, pour correspondre à la signification de son nom^ devait être un guerrier invincible dans le camp du Seigneur (2). A partir de là, ces sortes de visions jouèrent le rôle le plus important dans la Vie du saint. C'est ainsi que la mère, éclairée par l'une d'elles, et bientôt après la naissance de son fils^ choisit elle-même une institutrice parmi le grand nombre des personnes nobles qui aspiraient à cette place. C'est aussi à la suite d'un songe qu'un oncle de Kadroe, un ecclésiastique, exige qu'on lui donne l'enfant « pour l'instruire », c'est-à-dire, en cet endroit, pour le former à la vie ecclésiastique; mais le père n'y consent qu'après la naissance d'un deuxième fils, et encore, n'est-ce qu'à la suite d'un songe et d'un miracle dont il est effrayé, qu'il donne son consentement. Après avoir fait ses premières études auprès de son oncle, Kadroe se sent un penchant irrésistible pour les études classiques (3), et l'oncle, auquel la Sagesse elle-même apparaît dans un songe (4), se

1. V. c. XXIX, où il nous raconte la guérison d'un jeune homme par Kadroe, et où il ajoute : « Adhuc testis est factae in se clementiae. » Celle donnée convient, elle aussi, à l'époque que j'ai assignée pour la coniposilion ; avec cela, il ne faut point perdre de vue que le Saint, d'après les recherches savantes de Schultze {Op. c, p. 53), mourut de 965 à 966.

2. « Qui juxta nominis sui virtutem bellator in castri domini inviclus ascendet ex adverso opponens murum, paratus stare in proelio pro domo Israël. » C. iv. —Cath signifie, il est vrai, « combat»), en irlandais.

3. « Juvenis amore corripitur discendi, quem nisi saecularibus tradatur studiis, moriturura putares. » C. x.

4. Cette sagesse est qualifiée — et en cela se manifeste un grand respect

laisse facilement déterminer à consentir s^^ses désirs. Il l'envoie en Irlande, auprès du savant Artmachus. La connaissance de la littérature profane le rendra encore plus habile dans la science de la théologie : Platon n'a-t-il pas connu Jérémie?... Riche de connaissances dans toutes les branches de la science, principalement dans l'astronomie, Kadroe retourna chez lui, pour les communiquer à ses compatriotes. Toutefois, le dessein de la divine Providence était qu'il ne restât point dans sa patrie. C'est ce qu'un songe révéla à son oncle (1). Mais, dès qu'on apprit que le jeune homme avait l'intention de quitter son pays, les parents, le peuple, et même le roi Constantin s'y opposèrent d'abord. — Kadroe prit ensuite le chemin de Londres, en passant par Cumberland et York, dont ses parents étaient souverains; arrivé à Londres, il fut témoin d'un incendie qui menaçait toute la ville, il conjura les flammes, et l'éteignit (c. xvii). De Londres, il continua son voyage par mer.

Arrivé à Boulogne avec douze pieux compagnons, il se dirigea vers le monastère de Péronne; mais il reçut ensuite de la comtesse Hersinde le sanctuaire de Saint-Michel, dans la forêt de Thierache, où tous treize menèrent ensemble une vie ascétique; Kadroe fut choisi pour «leur maître et leur père (2) » par ses compagnons. Mais il refusa cet honneur^ et un autre, Macalan , reçut cette fonction. Entre temps, le désir de fonder un vrai monastère grandit en eux; et c'est pour cela que la comtesse envoya, pour y prendre conseil, Kadroe

pour les lettres profanes — de « Dei virgo, fulgore vultus fulgorem solis vincens, adeo annosa, ut non putares eam nostri temporis, licet viderelur juvenis, septiformi veste indula, cui quidquid dioi et cogitari potest intextum erat, » Il est facile de reconnaître que l'auteur s'appuie ici sur Boëce auquel la Philosophie apparaît dans le début de son ouvrage. De Consolatione philosophiae.

1. Il vit trois précipices dont le troisième avait une profondeur vertigineuse et une longueur immense : Kadroe doit le franchir et le franchira. Ces précipices signifient le renoncement volontaire au monde {rerum spontanea amissio), la séparation de sa patrie, la vie monastique. (G. xi sq.)

2. Non point comme abbé, car cette société d'ascètes écossais ne formait point encore un monastère', ainsi que le montre une phrase qui vient bientôt après : « Interea devotionis desiderio crescente, monasticae religioni coeperunt aspirare. » (C. xx.)

L469.] VTE DE S. CnRODEfiANG fîOf)

à Fleury et Macalan à Gorze, deux monastères célèbres, ainsi que nous l'avons déjà vu.

A leur retour, Macalan, qui était déjà abbé de Tbieraclic, devint encore abbé d'un nouveau monastère, Waussor, près de Dinant, que la comtesse venait de fonder, et Kadroe fut nommé prévôt de ce dernier. Mais, voyant que la direction de deux maisons était au-dessus de ses forces, Macalan céda complètement Waussor à Kadroe (c. xxi). Sa réputation de sainteté ne tarda pas à se répandre au loin, et à attirer beaucoup de personnes à la vie monastique : il avait fait maintes guérisons merveilleuses. C'est ainsi que l'évêque de Metz, Adalbéron, le fit venir dans cette ville et le nomma abbé du monastère Saint-Clément, qu'il voulait relever (c. xxiv). Le saint déploya là son activité depuis le milieu du siècle jusqu'à sa mort. Elle vint le surprendre, chargé d'années, au retour d'une entrevue qu'il avait eue avec l'im^pératrice Adélaïde, à Nierstein, sur le Rhin, oii elle l'avait mandé de venir, lorsqu'elle était sur le point de partir pour l'Italie (965-966).

La biographie de saint Chrodegang (1), composée à Gorze (avant 987) nous offre un caractère bien différent. La Yie de Kadroe s'appuie sur des communications orales, faites encore probablement par des compagnons du héros. L'auteur nous y esquisse la biographie d'un contemporain des plus distingués : ce portrait nous transmet, dans un style sans prétention, bien des traits intéressants sur les mœurs et le caractère national des Écossais. Par contre, la Yie de Chrodegang n'est qu'une vaste compilation puisée aux sources les plus diverses et écrite dans une langue où domine le pathos. Le sujet en est emprunté aux Gestes des évèques de Metz de Paul Diacre ; mais, outre cet ouvrage, l'auteur a mis à profit surtout les Gcsta Romanorum pontificum, V Histoire des Lombards de Paul, et un grand nombre de Vies de Saints.

Chrodegang, dont l'auteur fait ici, par sa mère Laudrada, un petit-fils de Charles-Martel (§ 6 sq.), fut élevé, d'abord au

t. Ed. Perlz dans les Monum. German. histor., Scriptores, t. X, p. 552 sq. (Praef.). — Rettberir, Ktrchengesch. DeiUschL vol I, p. 493 sq. — SchuUze, War Joannes von Gorze historischer Schriftsteller? (V. cidessus, p. 469, rem. 4, paginât, allem.).

506 LTTTÉRATt RE LATINE [^t-"^-]

monastère de Saint-Trudon^ et ensuite à Metz; après quoi, il fut appelé à la cour et devint référendaire de Charles. Elu plus tard, sous Pépin, évèque de Metz, il remplit cette fonction, sans renoncer cependant à celle qu'il occupait dans le monde (§ 18). Il bâtit divers monastères, entre autres celui de Gorze, et, à l'occasion de la fondation de ce dernier, l'auteur nous raconte une légende avec tous ses détails (§ 27). Dans une chasse, un cerf poursuivi par Pépin, se réfugie dans la cellule d'un ermite, cachée au sein d'une épaisse forêt. Cette place sembla être favorable pour la construction d'un monastère. Afin d'orner de reliques les nouveaux monastères, celui de Gorze surtout, d'après notre auteur, Chrodegang se rendit lui-même à Rome, où le pape lui donna celles des saints Gorgonlus, Nabor et Xazarius. Mais comme les reliques de saint Gorgone étaient tenues en grande estime par les Romains, il se forma parmi le peuple, ainsi que nous le raconte ensuite notre auteur, une espèce de légende, d'après laquelle ces re- , liques n'auraient pas été données par le pape, mais auraient été volées par Chrodegang, qui aurait corrompu les gardiens. Les Romains se mettent donc à la poursuite « des saints voleurs » ; mais un orage, que Dieu envoie bien à propos à ces derniers, les force à rebrousser chemin. Toutefois ce danger écarté, un autre plus sérieux parait à l'horizon. Chrodegang s'arrête au monastère de Saint-Maurice, où on lui enlève secrètement saint Gorgone : ce n'est qu'en chemin toutefois qu'il en fait la constatation , « attendu que les porteurs n'étaient plus réjouis par un miracle du saint. » (§ 30). Plus tard. Pépin lui ayant donné des troupes, Chrodegan put rentrer en possession de ses reliques, en menaçant les moines de leur prendre saint Maurice lui-même, s'ils ne lui rendaient point saint Gorgone (§ 31). Ces récits devaient servir à rehausser le mérite du saint : il est mis en effet ici sur le même pied que saint Maurice, dont la réputation est universelle. La Yie, qui s'arrête en cet endroit, nous est parvenue dans un état incomplet.

Il n'y a aucune raison suffisante d'attribuer la paternité de cet ouvrage à Jean de Gorze , dont nous avons déjà étudié la vie ci-dessus ; la pompe et le pathos de la die-

[470-471.] MTRACULA S. GORGONII 507

tion (l) semblent plutôt incompatibles avec le caractère et Tesprit cultivée de cet homme.

Disons encoreici brièvement quelques mots d'une Vie dont nous avons déjà mis à profit le contenu dans le livre précédent : je veux parler de la Vie de Radbod (2), évêque d'Utrecht, laquelle appartient vraisemblablement au commencement de notre période. Elle a été écrite d'après des communications orales de contemporains de Radbod lui-même (3)^ par un auteur anonyme, qui était apparemment un clerc de son diocèse. Malheureusement, il a trop peu envisagé, dans ce petit ouvrag-e, l'action épiscopale de ce prélat que distinguait la culture de son esprit,

A côté des Vies de saints, nous avons encore à parler, dans cette période, des ouvrages de légendes, ayant pour sujet les miracles opérés par les reliques, et qui se trouvent par suite intitulés Miracula. Ils se rattachent plus ou moins à d'anciennes Yies ou Translations, auxquels ils servent de complément; ils peuvent avoir de Tintérêt, par quelques données particulières, pour l'histoire politique ou pour celle de la civilisation. Parmi ces miracles, citons d'abord ceux de saint Gorgone : Miracula S. Gorgonii (4)^ qui, pour le sujet, se rattachent à la vie de Chrodegand que nous venons d'étudier. Ils ont été écrits, eux aussi, selon toute apparence, par un moine de Gorze, qui a puisé en partie aux mêmes sources d'où ont été tirées les Yies de Chrodegand et de Jean de Gorze (5). Ici encore, nous trouvons le récit de l'acquisition des reliques par Chrodegang et de leur détournement à Saint-Maurice, et ce récit, à quelques variantes près, concorde en général avec

1. Donnons-en du moins un exemple. Il est dit, au § 10, de Tévêque Sigibald : « Infirmitatis molestia, quam podagram vocant, omnino erat aftlictus. Cumque hoc langoris camino velut aurum ohrizum decoquerctur » etc. Il n'y manque point non plus de discours artificiels, fabriqués par l'auteur, par exemple aux § 14 et sq.

2. V., ci-dessus, p. 184 sq.; et cf. Histoire littéraire, t. VI. p. 208.

Page 1