‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 3)Chapitre 287 sur 311 · HAGIOGRAPHIE DE LA FRANCE ET DE L'ITALIE · texte numérisé non relu

HAGIOGRAPHIE DE LA FRANCE ET DE L'ITALIE

ADSON.

L'hagiographe le plus fécond de cette période appartient à la France; malheureusement ses ouvrages n'ont pas une grande valeur historique» J'ai nommé Adsox, de Moutier-en- Der, appelé aussi Ad30n de Toul (1). Il descendait d'une illustre famille de Bourgogne. Elevé dans le monastère de Luxeuil, fondé par Saint-Colomban, où il prit l'habit religieux, il se distingua bientôt à un tel point qu'il fut appelé, comme professeur, à l'école épiscopale de Toul, dans la sixième décade. C'est là qu'il débuta dans sa carrière d'écrivain. Mais un champ plus vaste s'ouvrit à son activité, lorsqu'il suivit Albéric, le nouvel abbé de Moutier-en-Der, qui avait entrepris de relever ce monastère^ et lorsque, après la mort d'Albéric, il en devint abbé lui-même, à la fm de la septième décade. Cependant Adson ne se borna pas à prendre une part importante à la réforme de son propre m.onastère; il entreprit aussi celle de plusieurs autres, par exemple, celle du monastère Saint-Bénigne, à Dijon, dont il eut pour cela pendant deux ans la direction. L'évêque de Troyes lui confia également l'amélioration de la liturgie dans son église. Cependant, toutes ces affaires pratiques, qui témoignent de la haute estime qu'Adson s'était acquise, ne lui firent pas Dubher ses études. Il se composa une bibliothèque considérable, écrivit des ouvrages et resta en correspondance avec les savants de son siècle, tels que Gerbert — il assista à sa discussion avec Otrich, en Italie — et Abbon de Fleury. C'était peut-être aussi son amour de la science, sans parler d'autres motifs bien louables, qui lui fit entreprendre ce pèlerinage à Jérusalem, ou la mort vint le surprendre pendant la traversée d'Egypte (992).

1. Opera, dans la V air olo g le latine deMigne, t. CXXXVll, p. 597 sq. - Histoire littéraire de la France, t. VI, p. 471 sq.

512 LITTÉRATUKE LATINE [475-476.]

Adson a composé un grand nombre de Vies de saints (1); mais ce ne sont, pour la plupart, que des révisions d'anciennes vies, dont les héros sont des saints d'une époque antérieure à la sienne. Adson, comme ses contemporains, faisait consister le principal mérite de son travail dans l'exposition au point de vue du style; mais comme ces anciennes Vies qu'il remaniait n'existent plus, ses ouvrages ne manquent pas de valeur, même au point de vue du fond.

A la prière d'Odon, abbé de Moutier-la-Celle, il écrivit la vie de Frodobert, fondateur et premier abbé de ce monastère. Elevé dans l'école épiscopale de Troyes et dans le monastère de Luxeuil, Frodobert, qui se distinguait par ses études de la Bible, comme aussi par sa piété, reçut du roi Clovis, fils de Dagobert^ vers le milieu du vii^ siècle, un terrain boisé, appelé, de mémoire d'homme, « Insula Germanica », et situé dans un faubourg de Troges; après l'avoir desséché et après en avoir purifié le sol, il y bâtit une petite Cella avec un oratoire où, en compagnie de quelques frères, il se livra à la vie contemplative (c. xi sq.). C'est là un des nombreux exemples de la grande part que les monastères prirent au défrichement du pays. — Après avoir encore parlé des miracles nombreux et variés, ainsi que de la mort du saint, Adson termine son ouvrage par une relation détaillée de sa translation dans une autre église, en Tannée 872, deux siècles environ après sa mort.

Cette vie est écrite dans un slyle simple et bon pour cette époque. La vie de Mansuetus, par contre, Vita Mansiœti (2), a une plus large envergure et a été composée à grand frais de rhétorique; Gerhard, évêque de Tout (963-994), avait prié Adson de l'écrire. C'est ce que nous dit le prologue dans

1. Dans une seule, la « Vie de Mansuetus », Adson se nomme lui-même comme l'auteur: pour les autres, à l'exception de la « Vie de Waldebert », sa paternité nous est confirmée par )e moine anonyme du monastère de Moutier-en-Der, qui ajouta, au milieu du onzième siècle, un deuxième livre à la (c Vie de Bercaire », écrite par Adson : c'est dans le chapitre onzième, où il parle en général des ouvrages et de la vie d'Adson, qu'il nous apprend ces détails. Y. Mabillon, Acta SS. Benedicti saec. III, l. c, p. 814. Ce chapitre {édité également dans les Monura. German. histor., Scriptores, t. IV, p. 448) est aussi une source importante pour la biographie d'Adson.

2, Fragments dans les Monum. Germ. histor., Script., t. IV, p. 509 sq.

[476-477.] ADSON : vita «asoli 513

lequel l'auteur se nomme abbé et se qualifie de ce titre. Au prologue se rattache un poème dithyrambique, en l'honneur du saint, lequel est écrit en majeure partie en distiques léonins, ainsi qu'un acrostiche de son nom en hexamètres aussi léonins. Ces poèmes se distinguent par l'habitude de l'auteur à manier la langue et à construire le vers. La Vie elle-même se divise en deux livres dont le premier a pour sujet la vie du saint, et, le deuxième, les miracles qu'il fit après sa mort, et particulièrement à l'époque où vivait l'auteur. Malheureusement, cette biographie du premier évêque de Tout (1), est complètement apocryphe, bien que Fauteur s'appuie sur des faits et gestes de cet évêque (c. xi et xiv). Combien faut-il mettre de ces fictions sur le compte de ces gestes, qui reposaient sans doute^ elles aussi, sur d'antiques traditions? combien en faut-il attribuer à Tauteur? — C'est ce qu'on ne saurait déterminer (2).

Déjà chrétien dans sa patrie, Mansuetus va trouver Pierre à Rome^ et celui-ci l'envoie en Gaule en qualité de missionnaire. Il prêche à Toul et y convertit le roi païen avec son peuple. Le fils de ce monarque s'était noyé dans la Moselle : Mansuetus le rappela à la vie, trois jours après sa mort. Le jeune homme fait une description terrible de Tenfer, dans lequel il a séjourné si longtemps (c. ix) et effraie par là ses compatriotes. Nous n'apprenons ni le nom de ce roi, ni celui de son peuple. La fondation des antiques églises de la ville est attribuée à Mansuetus (c. xi), et saint Ammon est donné comme son successeur. Quant au deuxième livre, je me contenterai de faire remarquer que le corps du saint fut porté en procession dans la ville (c. xx) (3), soit à l'occasion d'une sécheresse, soit encore à l'occasion d'une épidémie, (une peste de bubons).

La Yie de Basol, Vita Basoli, composée par Adson, n'est, qu'une élaboration détaillée et stylistique d'une courte biogra-

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