‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 3)Chapitre 288 sur 311 · Il était Écossais d'origine, et s'apelail Mansui · texte numérisé non relu

Il était Écossais d'origine, et s'apelail Mansui

2. D'après l'Histoire littéraire [l. c, p. 483), il y aurait ici une confusion avec un autre évêque du même nom et du cinquième siècle.

3. La peste diminua et l'on vit tomber en même temps une pluie qu on implorait depuis très longtemps.

0l4 LITTÉRATURE LATINE [477-478.]

phie ancienne et anonyme, composée à la fin du ix^ siècle et qui se basait elle-même sur la tradition orale (\). Le saint était le fondateur du monastère de Reims, qui portait son nom. Adson avait été invité à écrire ce livre par l'abbé du monastère, (lequel, à cette époque, s'appelait également Adson), de même que par le célèbre Gerbert.

Baso', d'une naissance illustre, était des environs de Limoges. Sa piété l'engagea, dès sa jeunesse, à renoncer au monde. Dans ce but, il se rendit au tombeau de saint Rémi, et pendant ce voyage un ange lui servit de guide (c. x). Accueilli avec honneur, à Reims, pa«^ l'évêque Aegidius (569- 390), qui avait reçu autrefois riiospitalilé chez ses parents, Basol entra dans le monastère de Yerzy, où il fut initié aux études de la théologie (c. xv). Mais, plus tard, aspirant à une plus haute perfection, il choisit la vie érémitique et se bâtit lui-même, près de là, au sommet d'une montagne boisée, une cellule et un oratoire. Il y vécut pendant quarante ans, prêchant la parole de Dieu au peuple qui accourait en foule. Il mourut vers 620, après avoir appelé auprès de lui un neveu pour lui succéder,

A cette vie se rattache étroitement un petit livre intitulé : Libelliis de trandatione et miraculis sancti Basoli, qui appartient à Adson seul. Cette Translation eut lieu sous Hincmar et se fit à Téglise, consacrée en même temps à Saint-Basol et à Saint-Martin. Parmi les miracles, empruntés en partie à la Chronique de Flodoard, quelques-uns ont trait à l'invasion des Hongrois, en 919 (c. vu sq.).

Ainsi que le prétend l'auteur anonyme de Moutier-en-Der, le dernier ouvrage d'Adson fut la Vie du fondateur du monastère de Hautviller, dans le diocèse de Reims, et du monastère de Moutier-cn-Der, par conséquent la Yie de Berchaire, vita Bercharii, le premier prédécesseur d'Adson. Cette Yie n'est, elle aussi , qu'une élaboration d'une Yie plus ancienne et reposant sur une base historique peu sûre. Le saint descendait d'une noble famille d'Aquitaine. Nivard , archevêque de Reims, fit la connaissance de ce jeune homme, plein de talent,

1. V. cette Vie dans Mabillon, Acia SS. s. Bened. saec. Il, l. c, p. 60 sq.

[^78.] DE MIRACULIS SANCTI WALDEHKUTl ."j 1 ";

dans un voyage en Aquitaine, et il détermina ses parents a le consacrer au service de l'Église. Berchaire se rendit à lleinis et y entendit les leçons de saint Rémacle (c. v). Ensuite il entra au monastère de Luxeuil. Mais, après quelque temps, il revint auprès de Nivard et fonda, de concert avec lui, le monastère de Ilautviller, et, plus tard, vers G9(), à lui seul, un monastère de femmes et un monastère d'hommes, dans la forêt de Der , où il les peupla d'abord avec des prisonniers qu'il racheta (1). Dans le but de se procurer des reliques pour ces monastères, il fit le voyage de Jérusalem, et, à plusieurs reprises, celui de Rome (c. xvu). Il mourut en 684, assassiné par un de ses moines, dont il était le parrain : il fut vénéré comme martyr.

On attribue encore à Adson, mais avec peu de probabilité (2), le livre De muaculis sancti Waldeberti, que l'auteur, ainsi qu'il nous l'apprend dans le prologue, avait dédié aux religieux de Luxeuil, pour les remercier de l'éducation qu'ils lui avaient donnée L'auteur y déclare expressément vouloir se restreindre aux faits et gestes de Waldebert, et aussi d'Eustasius, qui ont eu lieu dans son siècle, et pour cela il renvoie aux Actes officiels ; toutefois il passe à la Vie du premier qu'il expose brièvement^, tandis qu'il n'y est point du tout question des miracles du dernier, arrivés du temps de l'auteur.

L'auteur débute par l'expulsion de Colomban, auquel Eustasius succéda comme abbé et qui eut lui-même Wildebert pour successeur. Ce dernier était un riche et noble chevalier {miles) ; sur le conseil d'Eustasius, il était entré au monas-

1. « Nam viam publicara, vulgo CantiUam dictam, expetens, pretio a praelereuntibus suscepit captivas puellas octo, quas in sancla religione edocens, Deo dicatas ibi raanere constituit. » (c. xiv.) Pour ce qui est du monastère d'hommes, voir c. xvii.

2. Contre la paternité d'Adson, on peut objecter d'abord que l'auteur, dans le prologue qu'il envoie au destinataire du livre, s'attribue un deuxième nom (qui est Hermiricus], lequel ne se retrouve nulle part et qui devait assurément le distinguer d'un autre Adson : à cela, il faut ajouter que l'auteur anonyme (v. ci-dessus, p. 475, rem. 1), ne eile point cet ouvrage. — Pour la paternité d'Adson, l'on met en avant, outre les relations qu'il avait avec ce monastère, que ce nom u d'Hermiricus » n'est qu'un prénom qu'on lui avait donné dans sa jeunesse (peut-être une expression de tendresse), ({u il a voulu rappeler ici. Cf. Histoire iittcrairc (/. c. p. 473.)

tère, auquel il donna ses importantes possessions. L'auteur parle ensuite des infortunes du monastère dans les temps modernes, c'est-à-dire depuis le milieu du ix*" siècle (c. xi), des incursions des Normands, de la décadence des mœurs et du pillage du monastère par de puissants laïques. Pour rentrer dans les biens qu'on leur avait enlevés, les religieux eurent recours à un singulier moyen : ils portèrent en procession les reliques du saint sur leurs terres, afin de lui en faire ainsi reprendre possession à lui-même. Les faits merveilleux, qui eurent lieu à cette occasion, forment le principal sujet de ce livre.

Adson a composé encore un écrit en prose d'un autre genre qui agrandit sa réputation, et qui, même deux siècles plus tard, exerça quelque influence sur la littérature nationale des Français (1) : c'est son Libellus de Antecïmsto (2). Il l'écrivit à la prière de la reine Gerberge, épouse de Louis d'Outremer, et, par conséquent, encore avant sa promotion à la dignité d'abbé (3). Cette princesse désirait être renseignée par lui « sur l'impiété de l'Antéchrist ainsi que sur sa puissance et son origine. »

Adson explique d'abord le nom : Antéchrist, qui veut dire (( contraste complet avec le Christ ». Autant celui-ci était humble, autant celui-là est pétri d'orgueil; de même que le Christ élèvera les humbles^ ainsi l'Antéchrist les abaissera; il élèvera les impies, et prêchera les vices qui sont le contraire des vertus; il anéantira l'Evangile et fera revivre le culte des démons. — Il a déjà eu, dans le temps passé, beaucoup de partisans, tels que Néron, Antiochus (4) et Domitien, et il en a encore, parmi les laïques comme parmi lesclercs. Quant à son

1. Du moins indireclement. V., plus loin, p. 480, rem. 1 et Turnoiement Antéchrist de Huon de Mery; cf., avec cela, la Dissertation de Grebel sur cet ouvrage. Leipzig 1883, p. 44.

2 Édité dans la Patrologie latine de Migne (t. 101, p. 1289 sq.), parmi les ouvrages attribués à Alcuin, d'après l'édition de ces mêmes ouvrages par Du Ghesne, bien que Migne lui-même n'attribue point ses écrits à Alcuin.

3. Encore avant 954, année où mourut Gerberg; c'est, d'après cela, un des premiers écrits d' Adson.

4. Il s'agit ici, apparemment, d'Antiochus Epiphane, contre lequel est dirigée la vision de Daniel. Quant aux rapports de Néron avec l'Antéchrist,

[^8Ö.] LIBKLLTJS DE ANTRCTIRISTO >) 1 7

orig-ine, il naîtra parmi l(3s Juifs, dans la tribu de Dan; comme les autres hommes, il aura père et mère, et ne devra point le jour, ainsi que plusieurs le racontent, à une vierge seule. Mais, au moment de sa conception, le démon pénétrera dans le sein de la mère (1). De même que le Christ naquit à Bethléem, l'Antéchrist naîtra à Babylone ; il sera élevé à Bethsaïde et Corozaïn (2), et recevra des leçons de magiciens et de sorciers. Il viendra ensuite à Jérusalem, persécutera les chrétiens, rétablira le temple, y fixera sa demeure, se fera circonscrire et dira qu'il est le fils du Dieu tout-puissant. D'abord, il convertira à son opinion les princes et les rois, et ensuite, par eux, les peuples eux-mêmes. 11 visitera les lieux sanctifiés par la présence du Christ et enverra ses messagers et ses prêtres dans le monde entier. Il fera des signes et des miracles, grands et inouïs (3) : les élus eux-mêmes seront dans le doute et se demanderont si ce n'est pas là le Christ qui doit revenir à la fin du monde. Il cherchera à convertir les fidèles par l'effroi, par ses présents et ses miracles; ceux qui ne voudront point renier Dieu, seront mis à mort au milieu de cruels tourments. Ce temps d'épreuve durera trois ans et demi.

Après avoir décrit le temps de l'Antéchrist, Adson traite la question de savoir à quelle époque il viendra. Il renvoie au passage bien connu de la deuxième épîlre de saint Paul aux Thessaloniciens (4), qu'il explique comme suit. La révolution {discessio) qui précédera l'arrivée de l'Antéchrist, c'est la décadence de tous les empires qui se détacheront de l'empire romain, le dernier empire universel. Certes, il est déjà détruit

voir vol. I, p. 92 sq. Mais pourquoi, parmi les empereurs qui persécutèrent les chrétiens, choisit-il Domitien?

1. Ces fables sur la>aissance de FAntechrist, semblent n'avoir pas élé sans influence sur le récit de la naissance de Merlin, telle que nous la trouvons, en ancien français, dans le Roman de Robert de Boron.

2. V. saint Math/ {c. xi, v. 21) : « Vae tibi Corozain, vae tibi Bethsaida, quia, si in Tyro et Sidone factae essent virtutes, quae factae sunt in vobis, olim in cilicio et cinere poenitentiam agissent. »

3. (( Faciet ignem de coelo terribiliter descendere, arbores subito florere et crescere, mare turbari et subito tranquillari, naturas etiam in diversis fleuris mutari etc. » Il ressuscitera aussi les morts.

4. C. II, V. 3 : « Ne quis vos seducat ullo modo, quoniam îiisi venerit dicessio primum, et revelatus fuerit homo peccati, filius perditionis. »

en majeure partie; mais « si longtemps que subsisteront les rois des Francs, la dignité de l'Empire romain ne périra pas complètement, et se maintiendra (stabit) en eux ». Le dernier et le plus grand d'entre eux, comme aussi de tous les rois, le possédera encore tout entier « ainsi que le disent nos docteurs » ; après avoir fidèlement administré l'Empire, il ira à Jérusalem et là, sur le mont des Oliviers, il déposera et la couronne et le sceptre : ce sera la fin de l'Empire des Romains et des Chrétiens. Ensuite l'Antéchrist se manifestera.

xAprès avoir continué l'explication de ce passage de la Bible (dans les versets suivants), il parle encore de ce dernier roi pour nous dire que, « d'après les livres sybillins », il vaincra les peuples de Gog et Magog qui s'élèveront dans le nord et qu'il appellera au baptême tous les païens et tous les Juifs. Son règne durera cent douze ans. Après que Dieu et le Christ aurort hérité de lapouronne déposée parlui,Elieet Enoch descendront du ciel pour fortifier les fidèles dans le combat contre l'Antéchrist. Celui-ci s'élèvera contre eux dès qu'ils auront accompli leur mission, et il les tuera; mais le Seigneur les ressuscitera, trois jours après. Puis l'Antéchrist livrera les fidèles au glaive, ou bien il fera des apostats, qui recevront sur le front le signe de son « caractère ».

L'auteur passe ensuite à la fin de l'Autechrist. Une fois son règne de trois ans et demi terminé, Jésus-Christ le citera devant son tribunal, et ce maudit, en face de l'éclat de la lumière divine, sera saisi d'une telle frayeur, qu'il en mourra (1), ou bien, ainsi que l'enseignent les savants, il sera tué au mont des Oliviers, sur son trône et à Tendroit où le Christ s'éleva dans le ciel. Mais le Seigneur ne viendra point immédiatement après pour juger le monde; non, ainsi que nous l'enseigne le livre de Daniel, il accordera encore quarante jours aux pécheurs pour faire pénitence, attendu qu'ils ont été séduits par l'Antéchrist. Combien de temps après cela ce délai durera-t-il encore ? Dieu seul peut le savoir.

Cet écrit eut une grande difiusion, ainsi qu'en font foi ses

1. u Tanta erit eminenlia advenlus splendoris Christi, ut prae fulgore divini luminis sordibas ventris per excessum ernissis totus coinquinatus sic prae timoré pereat. »

J482.] VIES ÉCRITES PAR DES RELIGIEUX DE CUNV ."j | îl

nombreuses copies, et nous avons cru (lovoii- (mi donnjT une analyse exacte, à cause de rinfluence qu'il a exercée. C.-t aperçu montre que la marche de l'exposition n'est point également sûre partout. Ce travail, en eiïet, était une compilation, soit de la Bible, soit de divers ouvrag-es, notamment de ceux de saint Augustin, d'Alcuin, de Raban, et de saint Rémi d'Auxerre (1).

D'après Fauteur anonyme de Moutier-en-Der, Adson a écrit également plusieurs ouvrages en vers, mais ils ne nous sont point parvenus. Il composa, par exemple, quelques hymnes comme d'ailleurs il expliqua celles qui portent le nom de saint Ambroise, par des gloses. Ensuite, toujours d'après le même témoin, il entreprit, à la prière de son ami Abbon, abbé de Fleury,de mettre en hexamètres le deuxième livre des Dialogues de saint Grégoire le Grand, et ses vers, dit l'auteur anonyme, surpassent ceux des Anciens (2). Qu'Adson ait eu une grande habileté dans l'art métrique, c'est ce que montrent d'ailleurs les quelques poèmes qui nous sont parvenus dans ses biographies (3).

Nous trouvons, dans deux Vies de cette période, une toute autre valeur historique que dans les hagiographies d'Adson; elles ont été écrites par des religieux de Cluny et nous donnent la biographie de leurs célèbres abbés Odon et Majolus L'un des auteurs était certainement un Italien ; quant à l'autre, la chose est moins certaine (4). Le premier, qui avait nom Johannes (o), est l'auteur de la Vie d'Odon de Chmy,

1. V. Monitum praevium (p. 1290), et Zozschwitz , Das Drama vom Ende des roemischen Kaiserthums und von der Erschcinun(/ des Antrehrist (Leipzig, 1880) qui renvoie notamment au commentaire des Épitres de saint Paul par Haimon, commentaire attribué par d'autres à Rémi (v. p. 37 et 155). Cf. aussi p. 41 et 158 sq. — Jl serait fort à désirer qu'on fît une étude approfondie sur les sources de cet écrit d'Adson ; cette étude devrait marcher de pair avec une édition critique du texte, lequel a des variantes multiples dans les divers manuscrits.

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