V. p. 170 sq. ; j'y renvoie pour le contenu de la Vie
2. DansMfibillon Acta SS. ord. s. Bened. l. c, T. VII, p. 764 sq. (Prolegg.) — Histoire littér., T. VI, p. 498 sq. — Pour la vnleur de l'ouvrare comme source historique, voir Schultze dans : Forschungen z. deutschen Geschichte, vol. XXIV, p. 153, et Sackur. iV. Arch., vol. XII. p. 505.
3. Ce texte est publié dans les Acta SS., Mali, T. II. p. 668 sq.
[483-484.] VIE DE MAJOLus 524
La vie de Majolus est elle-même divisée en trois livres, dont le premier va jusqu'à son élection à la dignité d'abbé de Cluny. Majolus descendait d'une très riche et très illustre famille d'Avignon. Orphelin do 1res bonne heure, le jeune homme ayant vu les terres de sa famille ravagées par une invasion des Sarrazins, se rendit chez un de ses proches parents, à Mâcon. L'évêque y ayant fait sa connaissance le décida à embrasser la vie ecclésiastique et le fit chanoine de son église. Après cela, Majolus pour terminer ses études, se rendit à Lyon, où l'abbé de l'Ile-Barbe, Antoine, « homme très versé dans la philosophie » brillait alors comme professeur (1). D'après notre auteur, Lyon se distinguait à cette époque, comme siège des arts libéraux, entre toutes les autres villes de cette contrée, où non seulement les études, mais même la moralité laissaient beaucoup à désirer (2). De retour à Mâcon, Majolus obtint la dignité d'archidiacre. Sa libéralité envers les pauvres, de même que son zèle à faire valoir ses connaissances scientifiques en instruisant les jeunes clercs, qui affluaient auprès de lui de différentes contrées, augmentèrent sa réputation, en sorte que, à la vacance de l'archevêché de Besançon, il fut appelé sur ce siège d'une voix unanime, par le clergé et par le peuple. Mais Majolus refusa cette haute dignité. Il aima mieux entrer(vers942)au monastère de Cluny, dont Heimard était alors abbé, et où il remplit les fonctions de bibliothécaire et « d'apocrisiarius », lesquelles répondaient mieux à son goût et à sa culture scientifiques. Toutefois, il ne voulut plus entendre parler de la poésie profane de l'antiquité; les « poètes divins » devaient lui suffire (c. xiv). Dans ce premier livre , Syrus nous parle encore d'un voyage de son héros à Rome.
1. Voir Le Laboureur, Les Mazures de Hde-Barbe, T. I, p. 516, de la belle édition Vitte et Perrussel, Lyon, 1887. (Note des traducteurs.)
2. « Offensa namque sapientia, quae propter se ipsam tantum appetenda est, quorundam iucri? turpibus, raultorum indisciplinata vita, omnium postremo tepide se appetentium inhonesta desidia, praeceptorum inopia inlercedente priorumque studiis collapsis, hujus nostrae exitiaüter perosa regionis, Lugduni sibi aliquamdiu familiäre consistorium collocavit. » c. v. G est la une phrase intéressante à plus d'un point de vue pour l'histoire delà civil sation !
522 LITTÉRATURE LATINE [484-48o.]
Le livre deuxième commence à son élévation à la dignité d'abbé. Elle eut lieu encore du vivant d'Heimard. qui, ayant perdu la vue, le demanda lui-même. L'auteur s'étend ensuite (c. ni sq). sur le genre de vie et l'activité de Majolus : il était si zélé pour Tétude que, dans ses voyages, il lisait même à cheval; etil ne dédaig-nait point « les philosophes (1) ni les livres de la sagesse profane )),bien qu'il ne s'appropriât que ce qui lui était utile à lui-même comme clerc; il avait une grande connaissance de la Bible, du droit canon, ainsi que des institutions relatives à la vie monastique. C'était en même temps un orateur excellent, et son éloquence g-agnait beaucoup de personnes à la vie ecclésiastique. Il rétablit la discipline dans les monastères de sa dépendance. Dans les visites qu'il faisait aux cours, et ces visites n'étaient point rares, il sut toujours conserver sous tous les rapports sa dignité ecclésiastique. Cependant il ne dépassa pas la mesure dans l'ascétisme, ni dans les vêtements, ni dans la manière de se nourrir (c. vu) : il dédaigna d'afficher son abstinence, comme le faisaient tant d'autres. Il aimait à se retirer pour quelques jours, du commerce des hommes, afin d'être plus près de Dieu. Tous les traits de son caractère, tels que Syrus nous les décrit, trahissent dans le héros un homme supérieur par la culture de l'esprit : l'antiquité classique avait apparemment aussi une bonne part dans cette éducation. Elle se manifestait également, ainsi que le montre notre auteur, dans ses argumentations. Syrus parle après cela des miracles opérés par le Saint, et il cite, en première ligne, ses conversions, et le rappela la vie de personnes mortes en esprit. Nous passons ici les autres sous silence (2). — Le dernier chapitre de ce livre traite des relations étroites qui régnaient, entre Majolus et Othon le Grand ainsi qu'entre lui et Adélaïde, épouse de ce monarque. Othon favorisa beaucoup la réforme des monastères; etl'impé-
1. Sont-ce les païens? — Ce n'est que par occasion que Syrus nous apprend que Majolus lisait l'ouvrage de. saint Denys TAréopagite intitulé Hierarchias. (L. III, c. xvii.)
2. Faisons remarquer seulement qu'ici, comme nous l'avons déjà vu pour Gerald (v. p. 200), l'eau daus laquelle il s'était lavé jouait un certain rôle, bien que ce fût à l'insu du Saiut (c. xiii).
1485-486.] vrK de matous ,^;23
ratrice qui avait une granrle vénération pour l'abbé, lui confia le rétablissement et la direction d'un de ses monastères, près de Pavie.
Le troisième livre débute par le récit d'une aventure périlleuse qui arriva à Tabbé pendant son voyage d'Italie, alors que, après un long- séjour dans ce pays, il revenait à Cluny (973). Il avait déjàfrancbi les sommets des Alpes et se trouvait dans Tétroite vallée des Orsièros avec beaucoup de peuple pour l'accompag-ner à cause de sa sainteté, lorsque, tout à coup, il fut attaqué par les Sarrazins, qui étaient encore à Fraxinetum, et fait prisonnier avec la foule qui l'escortait. Il fut même blessé à la main d'un coup de flèche en voulant protéger un de ses domestiques. Une forte rançon envoyée de Cluny fut seule capable de les faire mettre en liberté, lui et sa suite. Cet accident, arrivé à un homme si distingué que Majolus, eut du moins un bon résultat : les Sarrazins, vaincus dans une bataille par le comte Guillaume d'xlrles et le markg-rave Arduin de Turin (1), furent enfin chassés de Fraxinetum. L'auteur se complaît, pour ainsi dire, dans la pompeuse description qu'il nous fait de cette bataille.
Majolus était également en grande faveur auprès d'OthonlI; le jeune empereur et sa mère lui offrirent en même temps la tiare pontificale (97S)^ mais il la refusa (c. vni); plus tard, il servit d'intermédiaire pour amener une réconciliation entre l'empereur et sa mère (980), et il arriva à son but en faisant appel à la conscience du fils (c. ix). C'est lui aussi qui l'avertit de ne pas aller à Rome, où il trouverait son tombeau (2). — Vient ensuite une long-'ue série de miracles du Saint, jusqu'à ce qu'enfin, arrivé au chapitre dix-neuvième, l'auteur nous raconte sa mort, à un âge avancé (994), pendant un voyag-e qu'il faisait pour se rendre au monastère de Saint-Denis, qu'on l'avait prié de réformer.
Avec sa biographie, l'auteur a manifestement voulu faire un chef-d'œuvre, afin d'honorer ainsi son héros. C/est pour cela que le style en est fréquement recherché et fleuri; çà et