Cf. Bruno, l. c , c. vu
autre soleil ». Il distribua donc toute sa fortune aux pauvres, donna congé à ses serviteurs et, après avoir changé dliabits, accompagné seulement de son frère Gaudentius et de deux clercs, il se mit en route, n'ayant pour tout bien que la charge d'un âne. Arrivés au Mont-Cassin, ils firent une halte, et l'abbé le dissuada de donner suite à son projet, en lui représentant que ce changement perpétuel d'un lieu dans un autre convenait peu à la vie contemplative. L'abbé, par des motifs égoïstes, espérait attacher l'évêque à son monastère. Mais Adalbert devina son plan: il abandonna bien son pèlerinage ; mais il se diiigea vers la demeure de l'ascète Nilus, si célèbre à cette époque, et atteignit, après deux jours, son monastère. Celui-ci le renvoya à Léon, abbé du monastère de Saint-Alexis, à Rome. Adalbert se rendit à Rome et^ après avoir fait le noviciat et obtenu Fautorisation du Souverain Pontife — dont il avait besoin en qualité d'évêque — il y fut reçu comme moine en 990 (c. xvi).
Mais, après quatre ans, pendant lesquels il eut à soutenir de terribles combats intérieurs, Adalbert dut retourner dans le monde. Son métropolitain, Willigis, archevêque de Mayence, exigea qu'il revînt dans son évêché, qui était sans pasteur : les habitants de laRohême avaient envoyé une ambassade, et un synode, tenu à Rome, décida en leur faveur (994). Adalbert fut reçu à Prague avec de grandes démonstrations de joie. Le peuple promit de s'amender. Toutefois, l'amendement ne fut pas de longue durée. Un événement amena bientôt une nouvelle rupture. Une femme adultère qu'on poursuivait chercha un refuge auprès de l'évêque, qui l'enferma dansTéglise d'un monastère de femmes. Mais Adalbert ne put parvenir à la protéger, bien qu'il s'opposât en personne à la foule ameutée : il fut honni, et la coupable, arrachée de l'autel, eut la tête tranchée. Après cela, Adalbert retourna à Rome, dans son monastère (993) [c. xx] (1).
1. Bruno nous communique, en ces termes, un essai qu'il fit pour convertir les Hongrois, pendant cette deuxième période de son administration : « Non tacendum quod juxta positis Ungariis nuncios suos misit, nunc se ipsum obtulil ; qiiibus et ab errore suo parum mutatis umbram christianitatis impressit. » (c. xvi.j
[489-490.] VIE d'adalbekï de bohème 527
Au printemps de l'annéo suivante, Olhon lll se reiidil à Rome pour y être couronné : c'est à cette époque qu'il vil le Saint de plus près. Avec l'empereur apparut aussi Willigis, qui exigea de nouveau le retour de l'évoque ; il Tobtint même du pape, avec cette restriction que, si Adalbert ne récoltait aucun fruit dans son diocèse, il serait autorisé à aller prêcher l'Évang-ile aux païens. Le Saint revint donc en Allemagne (1). Il y vécut, pendant quelque temps, dans Tintimilé de l'empereur, qu'il rencontra à Mayence ; ce prince romanesque et jeune, fut ravi de ses colloques religieux, dans lesquels le Saint voulait allumer en lui l'amour de la patrie céleste, lui montrant le néant des choses terrestres, sans négliger toutefois de lui faire voir en même temps les devoirs de sa haute position. Et effectivement le cœur les réunissait tous deux. Pour se préserver de l'orgueil, Adalbert se chargea, dans le château, des services les plus bas ; pendant la nuit, par exemple, il cirait les souliers de tout le monde.
A cette époque déjà, ainsi que nous le montre un songe qu'il eut, toutes ses pensées se dirigeaient vers la vie du missionnaire et vers le martyre qui la couronnerait (c. xxiv). C'est assurément pour se fortifier dans ce dessein qu'il entreprit, à cette époque, un voyage en France, et qu'il y visita les sanctuaires les plus célèbres : le tombeau de saint Martin, à Tours ; les reliques de saint Benoît, à Fleury ; celles de saint Denys, à Paris ; et celles de saint Maur, à Saint-Maur (2). Il ne savait que trop qu'il ne fallait pas songer à retourner en paix à son siège épiscopal ; les habitants de la Bohême n'avaient-ils pas assassiné quatre de ses frères, depuis qu'il l'avait quitté? Adalbert se rendit donc d'abord en Pologne, afin de s'informer, par des ambassadeurs du duc Boleslas, de l'accueil qu'on lui ferait dans sa patrie. La réponse pleine de colère qu'ils reçurent le délia de ses devoirs épiscopaux.
1. D'après Bruno (/. c, c. xix) il y vint avec l'empereur ; mais à cela s'oppose le récit de Canaparius, qui le fait voyager avec l'évêque Notger et ajoute (o. xxiii) : « Cumque velut duorum mensium iter agerent, venerunt Mogunliam, ubi regrcssus ab Italicis oris Imperator commoratus est. » D'après cela, l'empereur se trouvait déjfi à Miyence, à l'arrivée d'Adalberl dans cette ^'ille.