V. Wright, Op. c, p. 435 sq., rem
2. Notre auteur nous fait de ces chanoines un tableau effrayant : « Canonici nefandi s scelerummoribus implicati, elatione et insolentia atque luxuria praeventi, adeo ut nonnullieorum dedignarentur missas suoordinecele brare répudiantes uxores, quae illicite duxerant, et alias accipientes, gulae et ebrietati iugiter dediti. » C. xvi.
3. Dans les deux chapitres précédents, il nous raconte deux songes merveilleux dont l'un est attribué à Dunstan et l'autre à Aethelwold ; tous deux ont trait à l'activité extraordinaire d'AetheUvold pendant son episcopat.
540 LITTÉRATURE LATTNE [501 -o02.]
Taaleur nous parle de la translation qui eut lieu douze ans plus tard (1) : le corps du saint fut transféré dans le chœur de cette même église, et, à cette occasion^ l'auteur se fait connaître lui-même (2). Dans le manuscrit de cette biographie, on trouve encore deux hymnes en l'honneur du saint : Tune est un abécédaire en distiques épanaleptiques, l'autre une hymne au mètre saphique.
Vers la même époque, c'est-à-dire au commencement du xi'' siècle, nous trouvons encore la plus ancienne Vie de saint Dî(?îstan{3)^ ami d'Aelhelwold : elle fut composée par un de ses contemporains qui, dans un prologue que le manque de simplicité rend presque inintelligible, la dédia à Aelfric, archevêque de Cantorbéry (996-1006). Il y dit que son récit se base sur ce qu'il a vu et sur ce qu'il a entendu de la bouche de Dunstan lui-même (4), ou bien encore de la bouche de ses élèves, que ce prélat instruisit et éleva depuis leur jeunesse jusqu'à l'âge mûr.
Après un prélude sur la christianisation de l'Angleterre, Fauteur passe au gouvernement glorieux d'Aethelstan, sous lequel naquit Dunstan (925), dans la Saxe de l'ouest : son père s'appelait Heorstan et sa mère Cynedryth. Il reçut les premiers éléments de renseignement dans le monastère de Glastonbury, où se trouvait une église très ancienne, au sujet de laquelle circulaient un giand nombre de légendes. Destiné à l'état ecclésiastique, il y étudia avec ardeur des ouvrages de théologie, notamment ceux des Irlandais ; le monastère était, en effet^ fréquemment visité par des pèlerins irlandais, vu que
1. De là résulte la date à laquelle remonte la composition de cette vie; il faut pourtant la reculer un peu, à cause de la phrase qui dit que les reliques d'Aethelwold sont, dans ce nouvel asile, « in magna veneratione usque in praesentem diem. »
2. La translation eut lieu, par Tordre du saint lui-même, qui apparut à un aveugle, auquel il ordonna de visiter son tombeau ; là, il lui donne l'indication suivante : « Cum festinus Wintonian perveneris et Veteris Coenobii ecclesiam intraveris, accersiri fac ad te monachum quendam Wulfstanum cognomento canLorem. )> (C. xlti.)
3. Dans Migne, Patrolog. lat., t. CXXXIX, p. 1423 sq. — Schoell, article dans la. Realenc^jdopédie protestante, vol. III, p. 754 sq. (Ce qui est entre parenthèse est puisé à d'autres sources.)
4. C'est ce que confirme la Vie elle-même, cf. § 29 init. et § 37.
[502-503.] VITA DiNSTAM ;i V |
Palrice le jeune, le neveu de leur apùlre, y eliiil enseveli. Dunslan se distingua tellement par son talent et son application, que l'iûlluencede son oncle, Tarchevêque de Canlorhérv, s'ajoulant à cette première recommandation, il fut appelé à la cour royale. Toutefois, il n'y resta pas trop long-temps ; la jalousie de ses jeunes compagnons, élevés au pcdais comme lui {Palatinij, le força à se retirer. Ils laccusaient, entre autres chDses, d'avoir appris les poèmes pleins de vanité des ancêtres païens et de faire son édification de contes frivoles de magie (1 ). Cette accusation n'était peut être pas sans fondement. A celte époque, il s'était épris d'une jeune personne qu'il voulait épouser : voilà pourquoi il refusait d'embrasser la vie religieuse, ainsi que le lui conseillait son parent Elfegus^ évèque de Winchester. Il fallut une maladie dangereuse pour l'y déterminer (§ 7). Il revint donc à Glastonbury, où il s'adonna à la vie ascétique ; mais il s'occupa aussi, en dehors de ses études théologiques, d'écrire, de jouer de la harpe et de peindre, arts dans lesquels il acquit une grande habileté (P). Là, il entretenait de pieuses relations avec une veuve alliée à la famille royale et retirée à Glastonbury. A sa mort, elle le fit héritier de toute sa fortune, laquelle était considérable, et Dunstan en disposa dans Tinteret de l'Eglise.
Lorsque, après la mort d'Aelhelstan (941), Eadmund eut pris les rênes du gouvernement, Dunstan fut appelé à la cour pour y être le conseiller du roi : cette faveur lui vint de « sa vie vertueuse et de son éloquente érudition » (§ 13). Mais, cette fois encore, il trouva à la cour des ennemis qui le noircirent aux yeux du roi, en sorte qu'il tomba dans la plus grande disgrâce. Toutefois, à l'occasion d'un grave danger qui menaçait ses jours, le roi réfléchit et reconnut le tort qu'on avait fait à Dunstan. Comme dédommagement, il lui donna le monastère de Glastonbury, où il l'introduisit luimême avec le titre d'abbé. C'est là que Dunstan put déployer, pour la première fois, une grande activité en y introduisant
1. <( Avitae gentilitatis vanissima didicisse carmina, et historiarum frivolas colère incanlanlionum naenias » (§ 6.)
2. § 12. Ce passajje est ici digne de remarque : « Surapsit ex nioro citharam, quam lingua paterna harpam vocaraus. »
— c'était le premier exemple pour TAng-leterre — la règle sévère de saint Benoît. Comme, à cette époque, on ne regardait pas les anciens monastères comme de vrais couvents, on le désigna sous le nom de « premier abbé du peuple anglais. » Il se dévoua, par le fait, avec un zèle extraordinaire, aux devoirs de sa vocation. Il fit entourer le monastère de murailles et le fortifia, pour protéger ainsi son troupeau contre le monde extérieur ; il instruisit ses moines qui affluaient de toutes parts, et ce fut de ce monastère que sortirent les évêques et abbés célèbres de T Angleterre. Quant à lui, il eut à vaincre plus d'une attaque de sa vive imagination. L'auteur, qui nous a déjà relaté des visions et des rêves de Dunstan, nous raconte ici (§ 16) qu'il se croyait poursuivi par le démon, qui lui apparut sous la forme de divers animaux, d'un cbien, d'un renard, d'un ours. A ce sujet, une foule de légendes eurent cours parmi le peuple (1). Dunstan fut particulièrement favorisé par Eadred, successeur d'Eadmund : ce monarque confia à son monastère la garde du trésor royal et des archives ; il voulait même élever Dunstan à la dignité épiscopale, mais le célèbre abbé refusa le petit évêché de Kirton.
Après la mort prématurée d'Eadred et avec la prise de possession du gouvernement par Eadwig (955) eut lieu un revirement subit dans la vie de Dunstan : sa chute ne se fit pas attendre ; mais elle fut suivie d'un relèvement encore plus grand. Pendant le festin du couronnement, le roi se relira auprès de son épouse : ce procédé blessa les grands du royaume ; les ecclésiastiques avaient aussi d'autant plus lieu de s'en trouver froissés,, que son mariage n'était point légitime d'après le droit canon. Odon, archevêque de Cantorbéry, exigea le retour du roi, et Dunstan, chargé de le lui annoncer^ eut le courage d'accomplir son message avec une énergie exempte de tout ménagement. Par là, il s'attira la haine
1. Le biographe qui vint après lui, à la fin du xic siècle, Os.oern, nous raconte déjà celles qui manquent dans notre biographie, et, entre autres, celle-ci : <.<■ Dustan menait encore une vie ascétique à Giastonbury et était un jour occupé à forger, lorsque le démon lui apparut, sous la forme d'un homme, et Dunstan le saisit par le nez avec des tenailles rougies ;iu feu (§ 14). »
L'^04.] VITA DUNST AM .'Ü.-J
d'Eadwig, et encore plus celle de la reine. Nolie aiUeiir nous dépeint, avec des couleurs dramatiques, cette scène si pleine de conséquences pour son héros : Dunstan entra dans Tappartement des femmes où le roi, ayant posé le diadème sur le parquet, était occupé à passer son temps avec son épouse et sa tille ; l'abbé saisit la couronne, la mit sur la tête du monarque et le força à quitter l'appartement. Le biographe exhale toute sa colère contre cette nouvelle Jésabel (§ 21 sq.). Son récit, toutefois, semble n'en être que naoins impartial en cet endroit. L'autorité de la couronne était si grande, chez les Anglo- Saxons, que Dunstan trouva des adversaires, même parmi ses élèves (1).
Il se vit donc forcé de quitter son monastère et même sa patrie. La Flandre lui offrit un asile. Cependant, Eadwig se rendit si odieux, notamment par son avarice, qu'il cherchait à satisfaire en s'emparant des nouveaux monastères des Bénédictins, que, deux ans après, tout le pays au nord de la Tamise se détacha de son autorité et élut pour roi Eadgar, son frère. Celui-ci rappela Dunstan. Dans un synode, tenu à Bradford, l'abbé fut nommé évêque, afin d'être toujours à même de soutenir le jeune roi de ses bons conseils. Il reçut le diocèse de Worcesler, et, peu de temps après, celui de Londres (§ 25); mais, après la mort d'Eadwig- et à la vacance de l'archevêché de Cantorbéry (2), ce siège, le premier de l'Angleterre, fut donné à Dunstan (959). Il se rendit ensuite lui-même à Rome pour y recevoir le pallium (§ 27).
L'auteur nous donne fort peu de renseignements sur l'activité de Dunstan, pendant les trente années qu'il resta en possession de la haute puissance ecclésiastique ; il se contente de nous raconter, d'une manière toute générale, ses occupations journalières (§37), telles que les exigeaient en général ses
1. (( Non enim erat hujus furentis feminae vesania adeo altendencla, sed dîscipulorum, quos ipse teneros nectareo dogmaLe imbuetidos nutriebat, clancula machinalio magis sLupenda : narn eL ipsi consplrationis iuiquae sub occulta fraude assenLalores fuere, qui, si possent, iniqua ejus dispendia delesLari debuiasenl. » (§ 22.)
2, Le successeur d"0 Ion était mort, pendant un voyage qu'il faisait pour se rendre à Rome ; Byrhtelm, qui fut choisi pour lui succéder, ne fut pas agréé par le roi, à cause de la faiblesse de son caractère. (,^ 26),
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fonction d'archevêque (1). Par contre, il nous relate tout au long plusieurs visions du saint, dont Tune nous témoigne bien du grand sentiment de sa dignité (§ 29). La biographie s'arrête tout à coup, dans la relation que Tauleur nous fait de sa fin. Dunstan mourut en 988, en célébrant le saint sacrifice de la messe.
Dans la dernière partie de cette vie, on voit bien que l'auteur n'avait point le talent qu'il fallait pour comprendre la vraie signification de son célèbre contemporain : c'est plutôt le visionnaire (2) et le saint que le prince de l'Église, que le biographe admira dans son héros. Et malgré cela, son livre nous offre, en grande quanlilé, des nouvelles importantes et dignes de foi. De plus, il est écrit avec une intention évidente d'arriver ä une diction arlistique ; malheureusement l'auteur la trouve dans un style fleuri (3), et, en deux endroits même, il quitte la prose pour recourir au vers hexamètre (4).
Cette biographie a été, sans motif suffisant, attribuée d'abord par Mabillon (o) et ensuite par d'autres, à un moine lettré de Ramsey, Bridferth (6) qui se fait connaître, comme un excellent mathématicien pour cette époque, par ses gloses latines des ouvrages de Bède : De natura rerinn et De temporum ratione(J). D'après ces gloses, il résulte qu'il a aussi séjourné en France et en Lorraine et que certainement il y a
1. Le seul trait vraiment personnel est le suivant : «... Aut etiam mendosos libros, dum primam Orientis dieilucem contueri potuit, erasa scriplorum falsitale corrigeret. »
2. Cf. la dernière observation de Y Avant-Propos, en tête du I^«" volume {Note des Traducteurs.)
3. Il dit, par exemple, en nous racontant la fuite de Dunstan (§ 23) : « Ipse aulem aequoreas vias ponli caerulei rapido cursu transiliens. » Cependant il n'y a jamais, dans la biographie, autant de manque de simplicité que dans la préface.