Le paradigme pourrait être
g INTRODUCTION [7-8.]
douzaine. De même, la première et la troisième arsis peuvent être précédées d une élévation [Auftact) d'un nombre divers de syllabes. C'est ainsi que les arsis se suivent tantôt de près, tantôt de loin. Observer un juste milieu dans les dimensions et dans le placement de la thésis, c'était, chez le poète, affaire d'éducation esthétique et de sentiment de la beauté. De plus, ce qui relève encore la variété de la forme du vers, c'est que la pause exigée par le sens peut coïncider tout aussi bien avec l'une qu'avec l'autre pause du vers, et qu'elle peut avoir lieu également bien à la fin du vers ou à la fin du premier hémistiche. L'individualité du poète avait, de ce chef, un vaste champ ouvert devant elle pour la forme du vers.
On voit donc que ce vers antico-germanique allitérant est d'une toute autre nature que le vers latin (soit métrique, soit rythmique), et que le vers rimé des langues modernes, lequel se rattache au vers rythmique. Mais il ne diffère pas moins du vers celtique, qui joint Fallitération à la rime ; ce dernier est, en effet, de sa nature, un vers rimé. Or, dans le vers rimé, le mouvement rythmique est ascendant vers la fin, tandis qu'il est descendant dans le vers germanique allitérant : de même que, dans celui-ci, c'est la rime initiale qui partage les lignes ; ainsi, dans celui-là, c'est la rime finale qui joue ce rôle. Il y a donc là une diversité de principe, et cette diversité s'affirme encore en ce sens que les mots allitéranls ne portent pas seulement l'accent du vers, mais encore l'accent rhétorique, ce qui n'est pas nécessaire pour les vers rimes. La rimeallitérante germanique est donc plutôt quelque chose d'immatériel et d'idéal, en opposition à la rime celtico-romaine, qui est quelque chose de sensuel et de réaliste. Profondément intérieure, l'essence du germanisme se manifeste donc également bien dans cette construction nationale du vers.
On trouve, il est vrai, parfois rallitération dans la poésie latino-romaine ; mais elle n'est là que comme un ornement extérieur. 11 en est de même de la poésie celtique, quoique l'allitération y apparaisse d'une manière très générale et même avec profusion : mais elle n'y sert pas à la formation du vers ; elle n'y est pas nécessaire et elle ne s'y montre presque jamais sans la rime. En un mot, elle n'y est point organisée :
on l'y retrouve un peu partout et elle ne contribue pas au démembrement du vers.
Les particularités du style épique de cette antique poésie germanique à allitération, telles que Heinzel lésa fait ressortir le premier (1), sont en partie intimement liées avec la construction du vers : elles en font d'autant mieux ressortir le caractère national. Une de ces particularités consiste en ce que Ton emploie un nom au lieu d'un pronom pour remplacer un substantif précédent qui ne doit pas être répété, comme par exemple dans cette phrase : « le navire était sur les vagues, le vaisseau sous la montagne » (2). Cela s'explique par Tallitéralion. On la fait porter sur un nom plutôt que sur un pronom, parce que, par elle, le mot lui-même se trouve mis en évidence ; mais répéter la même expression sans aucun autre motif, et le faire d'une manière aussi ostensible, ce serait pécher non seulement contre la rhétorique, mais encore, si cela avait lieu dans la ligne suivante, contre le vers lui-même, vu que, dans ce cas, la même allitération devrait également se répéter (3). Mais en exprimant une idée par deux termes différents, elle se trouve, par le fait même, relevée d'une façon plus énergique, et elle en reçoit le plus souvent un coloris bien plus riche : ainsi, par exemple, dans le cas où l'on exprimerait d'abord et simplement la mer par 5œ, et ensuite par hrim, terme qui sert à désigner spécialement la mer lorsqu'elle forme des vagues et qu'elle déferle. C'est ainsi que ce qui ne semble être qu'un etïet de la forme devient un ornement poétique et artistique.
Ce qui est encore particulier à ce style, c'est l'usage fréquent de l'apposition et sa séparation, même par des phrases entières, du mot auquel elle se rapporte. Or, comme dans cette apposition il n'y a souvent que des synonymes (4), on aime à répé-