ANDRÉ
que l'écrit ïlpâLZiq 'Avopéou y.al MaiOa^cu z\q r/]v ttcA'.v ko/ 'AvOc(o- T.coiyiùv (1), et cet écrit — mais à mon avis, dans une traduction latine (2)^ a servi de modèle au poète anglo-saxon, qui le suit fidèlement, à quelques rares exceptions près dans le cours de sa narration. Il n'a fait que donner, autant que possible, un coloris national à son récit. Voici quel est le contenu du poème.
Un des douze guerriers du Seigneur, un des héros pleins de gloire, dont la force ne succombera jamais dans le combat, était Mathieu. (Vest à lui que Dieu avait donné pour mission d'annoncer l'évangile dans Tîle des Mermédoniens. Or, ces derniers étaient antropophages et les étrangers faisaient surtout leur nourriture favorite : on leur arrachait les yeux et on leur donnait un breuvage enchanté qui, en leur faisant perdre la raison, les rabaissait au niveau de la bête; en sorte qu'ils mangeaient du foin et de l'herbe, après quoi, on les tuait dans un laps de temps déterminé. Tel est le sort qui était également réservé à Mathieu. Lui aussi perdit la vue, mais le breuvage enchanté n'exerça sur lui aucune influence, car il appela Dieu à son secours (3). Or, voilà que, dans sa prison, il entendit la voix du Sauveur qui lui promettait de ne point l'abandonner et qui lui rendit l'usage de ses yeux (4) ; A*ndré,
1. Thilo, Acta SS. apostolorum Andreœ et Mathide (ainsi que cola se trouve par erreur dans un ms.) et commentaiîo de eorumdem origine. Fïalle, 1848 (Progr. de TUniv.) — Acta apostolorum apocrypha, éd. Tischendorf., Leipzig, 1851, p. 132 sq. — Bie apocryphen Apostelgeschichten und Apo^ tellegenden, von Lipsius, vol. 1, Brunswick, 1883, p. 543 sq.
2. C'est ce que semblent confirmer les divers écarts qu'on relève entre le poème et le texte grec, écarts que nous avons indiqués le plus souvent dans l'analyse et dont nous avons noté plus encore les additions que les omissions ; sans cela, il faudrait admettre une autre copie grecque. Toutefois, Thypothèse d'un modèle grec semble improbable a priori. C'est aussi l'opinion de Lipsius, p. 548 ; d'après lui l'existence d'une traduction latine est appuyée sur les Miracula B. Andreœ apostoli, qui sont attribués à Grégoire de Tours, et avec raison, ainsi que le montre Lipsius (p. 137). Zupitza, dans une dissertation intitulée Zur Frage nach der Quelle von Cynewulfs Andreas et publiée dans la Zeitschrift f. deutsches Alterth. N. F. vol. xviii (1886), confirme mon opinion, en comparant une homélie en ancien anglais avec l'original grec,
3. Dieu et le Christ sont ici identifiés ; Jésus-Christ apparaît ici surtout comme créate.ur.
4. Cela n'est dit expressément que dans la source (c. m) ; mais, dans notre
qui enseigne la bonne nouvelle en Achaïe, a mission de le sauver (v. 161 sq. . C'est pourquoi ce dernier entend la voix du Christ qui lui ordonne de se rendre en Merniédonie, où Mathieu doit perdre la vie dans trois jours. André objecte qu'il ne connaît pas le chemin et que le temps est bien court ; seul, un ange du cielseraiten état d'exécuter cet ordre. Jésus- Christ lui ordonne toutefois de s'embarquer à la pointe du jour et d'avoir confiance en la puissance divine. Suivi de ses serviteurs, André arrive au rivage à l'heure indiquée et y trouve une barque avec trois bateliers : c'était Jésus-Christ avec deux de ses anges. André, apprenant qu'ils viennent du pays des Mermédoniens, prie le pilote de les y conduire, lui et les siens. Mais celui-ci l'avertit d'abord de se méfier de ce pays; il exige ensuite le prix du passage et ce n'est que lorsqu'il apprend qu'ils sont des serviteurs de Jésus-Christ qu'il se déclare prêt aies transporter de grand cœur v. 347 . Or, la traversée commençait à peine et le pilote prudent avait à peine distribué des vivres aux passagers que les signes précurseurs d'une tempête se manifestent à l'horizon. Le poète, en homme qui a l'expérience de la mer fait, en peu de vers, de cette tempête une description excellente v. 369 sq. . L'angoisse s'empare des gens d'André; mais celui-ci les console; il leur rappelle la puissance que le Christ possède sur la fureur des eaux et il leur dit comment il l'a autrefois montrée à ses disciples. Les passagers s'endorment; la mer se calme.
A cet endroit, s'engage un long dialogue avec le pilote (v. 469). Celui-là vante l'art du jeune marin, car c'est ici le Christ qui apparaît comme pilote ; celui-ci lui apprend que les vagues, obéissant à la voix du Créateur, ne se sont apaisées que parce que André est un soldat du roi qui règne dans la magnilicence. Le pilote demande ensuite à André d'où cela provient que les Juifs n'aient pas reconnu le Sauveur comme Dieu, malgré les miracles qu'il a faits (v. ooo . Il lui demande encore s'il a fait aussi ces miracles, en présence des évèques et des
poème, cela résulte de la rencontre de Mathieu avec André. G. Fritzsche, Op. c, p. 463. '