‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 3)Chapitre 44 sur 311 · V., là-dessus, ma dissertation · texte numérisé non relu

V., là-dessus, ma dissertation

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giaqiies écrits clans le même mètre et le môme style, et où abondent aussi les descriptions détaillées. L'impression qu'ils font est celle des monologries épiques, car le poète met dans la bouche d'un personnage-lype de son peuple, tel que le vagabond , le navigateur, les senliments douloureux qu'il éprouve et les réflexions mélancoliques qu'il fait. C'est ainsi que ces poèmes se trouvent tout aussi pénétrés de l'esprit national que remplis de l'individualité du poète, car ce dernier exprime ici, avec ses propres senliments, les sentiments généraux de son peuple. Ces élégies présentent, par conséquent, un véritable intérêt pour l'histoire de la civilisation : elles nous permettent de pénétrer profondément dans la vie intime de ce peuple germanique et de connaître les relations qui ont exercé sur cette vie une influence capitale. Elles offrent de plus des passages isolés dont l'exécution est fort belle, quoique, à tout prendre, on soit en droit d'y désirer souvent une allure plus ferme et un développement plus clair.

L'un de ces poèmes a reçu pour titre Le voyageur [ii^ y.) (1). Un compagnon délaissé qui a perdu son « ami d'or » — traduisez : son maître, qui lui donnait de bons conseils et qui le soutenait — et à qui la mort a enlevé ses proches parents (sans doute dans la bataille), déplore sa misère en pays étranger : il s'y est rendu en traversan t la mer pour chercher, mais en vain, un nouveau a dispensateur de trésors. » Il se plaint pour lui seul, car ce n'est pas l'usage d'une âme bien née de faire parade de ses peines en face d'autrui, et notamment devant un étranger. — Tout son bonheur s'est évanoui. Quand le sommeil s'emparait de lui sur la mer, un songe présentait aussitôt à ses yeux l'image de son maître; il l'embrassait; il mettait sa tête sur ses genoux, comme autrefois, lorsque ses dons venaient réjouir son âme; mais l'infortuné! il se réveillait alors et ne voyait plus devant lui que les vagues grisâtres, dans l'écume desquelles se baignent les oiseaux de mer; il ne voyait plus que la neige mêlée de grêle tomber autour de lui. A ce moment, il sentait s'aviver les blessures de son cœur et

1. Thorpe, Cod. Exo?i., p. 286 sq. — Wülker, BibL, vol. I, p. 284 sq. — Wülker, Gnindriss, p. 204 sq.

son violent désir de revoir son maître. Si, à cette pensée, venait s'ajouter encore celle de la disparition subite de ses chers parents, alors le sentiment de la caducité de toutes les choses terrestres, auquel le poète donne des expressions saisissantes, s'emparait entièrement de lui. Le poète la décrit, eneffet, notamment sous l'image (v. 7osq.)d'une forteresse (1) déserte, dont il ne reste plus debout que les hautes murailles, fouettées par l'orage dans les nuits d'hiver. Où s'en est allé le coursier? Où s'est dirigé le héros ? Qu'est devenu le dispensateur des bijoux? Où est le lieu des festins et la joie des invités? Ah I coupe radieuse I Ah ! jouteur armé de la cuirasse ! Ah ! magnificence de mon maître I Où est passé ce temps, et combien il s'est vite changé en nuit, comme s'il n'avait jamais existé ? C'est ce qu'apprend seule la sagesse de l'âge (v. 64 sq.). Heureux qui peut chercher sa consolation auprès du Père céleste.

Cette élégie offre une certaine parenté avec une autre qu'on qu'on a intitulée : Le Navigateur (124 v.) (2). Ici également le motif principal de la plainte est Téloignement de la patrie, l'absence des parents, la vie en pays étranger et le sentiment, de la solitude, renforcé encore par les ennuis d'une traversée maritime en plein hiver; ici encore la caducité de tous les biens terrestres fait le sujet de l'élégie. Toutefois, les deux poèmes diffèrent sous plus d'un rapport : ce n'est point par nécessité, mais de son propre mouvement, que le navigateur a quitté cette patrie où il retourne; de plus, cette élégie a un caractère plus chrétien que la précédente. Une courte analyse nous semble ici d'autant plus nécessaire qu'on a parfois méconnu le lien intrinsèque de cette narration pleine de contrastes, et qu'on l'a prise pour un dialogue (3).

1. Nous trouvons un sujet tout pareil et traité de la même manière dans un poème [La Ruine) qui ne nous a été conservé que pai- fragments , et qui se rapporte à la ville de Bath. V., là-dessus, Wiilker dans : Anglia II, p. 376 sq. Le fragment s'y trouve nouvellement édité, et, plus tard, dans : Wiilker, BibL, v. I, p. 296 sq.

2. Thorpe, Cofl. Exon. , p. 306 sq. — Wülker , Bibliothek., vol. I, p. 290 sq. — Wiilker, Grundriss, p. 207 sq.

3. 11 a fallu, certes, pour arriver à cette conclusion, entasser hypothèses sur hypothèses. V. Rieger, dans : Zeitschr. f. deutsche Philologie^ l, p. 330 sq. et 334 sq.; et Kluge, dans : Kölhings Eng. Studien, yo\, VI, p. 3:'^2 sq.

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