‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 3)Chapitre 45 sur 311 · LE NAVIGATEUR · texte numérisé non relu

LE NAVIGATEUR

Du commencement à la fin, ce n'est qu'un monologue. Le navigateur déplore la vie qu'il a menée sur mer : aiïamé, transi de froid pendant les nuits d'hiver, « bardé de glaçons », combien de fois a-t-il dû diriger son gouvernail à travers les écueils de la mer glaciale ! Au grondement de la mer en fureur se mêle parfois le chant des oiseaux aquatiques. Au lieu de se réjouir des éclats de rire des gens, il ne prend plaisir qu'à Taboiement du chien de mer; au lieu de l'hydromel, le chant des mouettes. L'homme qui passe gaiement sa vie sur le continent n'a pas la moindre idée d'une vie si pleine de fatigues. Yoilà pourquoi (v. 33) le cœur du marin se serre quand il faut de nouveau tenter les hasards de la mer, car nul homme n'est si hardi en ce monde qu'il ne s'inquiète d'une longue traversée. Et pourtant, le marin a toujours envie de s'embarquer à nouveau pour visiter des pays lointain et étrangers. Ses idées ne se portent pas vers le jeu de la harpe, le plaisir des femmes, la distribution des bagues; mais le bruit des vagues l'attire et ses aspirations ne sont que pour la mer. Quand le printemps arrive, joyeux, que les arbres fleurissent et que les prairies se couvrent de verdure, le coucou a beau annoncer les soucis de sa voix sinistre (1) — et celui qui est heureux ne sait pas ce que plusieurs ont à souffrir dans une longue traversée — la pensée du marin se porte alors vers la patrie de la baleine, court jusqu'au bout du monde et l'entraîne irrésistiblement sur le chemin de Tocéan qui est le chemin de la mort. Ne préfère-t-il pas les joies du ciel (si la mort vient le surprendre de meilleure heure sur mer) à cette vie terne et périssable qu'on mène sur le continent et que menace aussi l'âge, la maladie ou le glaive haineux? Une seule chose est à considérer, c'est que l'homme agisse honnêtement et obtienne la félicité éternelle. Le bonheur de la terre est périssable. Les bons vieux temps ne sont plus (v. 80 sq.); la noblesse de la terre a vieilli; c'est une fleur fanée. Voilà finalement le lot de chacun. A quoi servent aux morts les biens de la terre? Il faut craindre Dieu, vivre hum-

1. Swylce geâc raonad geomran reorde | singed siimeres weard, sorge beödet | bitter in breôslhord, v. 53 sq.

hlement pour mériter la grâce du ciel. Ne pensons donc toujours qu'à la vie éternelle !

On peut encore ranger dans cette catégorie un autre poème de cinquanle-trois lignes longues (1) : La Plainte de la femme, auquel on devrait donner le titre de Complainte de r exilée {2). L'épouse fidèle a été calomniée auprès de son mari par les proches parents de ce dernier; abandonnée par lui, bannie dans une forêt déserte, elle exhale sa plainte sur sa vie solitaire et pleine d'aspirations, enpensantaux serments brisés et aux amis lointains. Ce qui donne de la grâce à ce petit poème, c'est la description harmonieuse de la nature (v. 27 sq.) Mais il n'est pas possible de le comprendre dans son entier, vu que le poète suppose manifestement la connaissance d'une légende que nous ignorons et dont cette femme désolée est l'héroïne (3).

Une paraphrase du psaume l, conservée dans un manuscrit de. la première moitié du ix° siècle et qui doit remonter bien au delà(4), offre des liens de parenté avec ces poèmes élégiaques. Dans une introduction de trente lignes longues, le poète anglo-saxon chaule David, le plus célèbre des harpistes. Il expose le motif de ce psaume, qui implore la clémence de Dieu envers le pécheur,, et dans lequel on voit la colère de Dieu à cause des crimes commis par David envers Urie et Belhsahée. La paraphrase elle-même est suivie d'une conclusion (v. 146-157 < que termine une courte prière.

Outre ces quelques poèmes, la poésie lyrique des Anglo- Saxons n'est représentée, durant cette période, que par des

1. Thorpe, Cod. Exon., p. 441 sq. — Wulkers, Bibl.,v. I. p. 302, sq. — Wülkers, Gnindriss, p. 224 sq.

2. C'est ainsi que Thorpe Ta déjà intitulé : The Exile's Complaint, sans voir toutefois une femme dans cet exilé. — On trouve une sorte de pendant à cela dans la prière d'un homme vivant en exil qui se trouve dans Thorpe, Op. c, p. 452 sq. et, dans Grein, Bill., Vol. II, p. 283 sq. Cf. également Walker, Grundms, p. 376 sq.

3. Je ne vois pas pour c -la, dans le poème, un fragment d'un plus grand ouvrage, comme Test Taulre petite pièce du Codex d'Exeter (p. 472 sq.) que Grein [Bibi, vol. I, p. 246) a intitulé « Message de l'époux », et qui n'a ici pour nous aucun intérêt.

4. Anglosaxonka, quoc primus edidit Dietrich. iMarburg, 1854 (Ind. lection. per sem. hibern.). — Grein, Biblioth., Vol. II, p. 276 sq.

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hymnes religieuses^ dont Cädmoa nous a déjà donné un exemple. Une de ces anciennes hymnes (Ij se trouve dans le manuscrit ci-dessus mentionné quarante-trois ligues long-ues). Elle s'adresse à Dieu père et fils ; le poète y exhorte la communauté h chanter ses louanges; puis, en terminant, il prie le Seigneur de pardonner les péchés des hommes (2;. L'expression en est simple et digne.

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