RECUEILS DE SENTENCES
recueils de sentences ; quatre sont parvenus jusqu'à nous (I). Dans ces sentences, l'auteur parlant des choses les plus connues en fait le .plus vulgaire énoncé, tout comme clans nos abécédaires et dans nos chansons d'enfants (2). Ces sentences, si on peut leur donner ce nom, sont alignées les unes à la suite des autres, sans égard au contenu, par le moyen de l'allilération^ vu que très généralement (surtout dans les deux premiers recueils) ces sentences isolées finissent au milieu d'une ligne longue avec le premier hémistiche, et qu'une autre commence avec le deuxième hémistiche (3). C'est ainsi que ces recueils forment, chacun pour soi, bien que ce ne soit que pour le côlé extrinsèque, un tout offrant quelque suite. Quoique la plupart de ces sentences soient triviales, ainsi que je l'ai dit, on en rencontre néanmoins dans ces recueils (4), qui renferment des pensées morales^ religieuses même, d'une haute importance, et souvent très t^^piques pour le caractère national et les mœurs du peuple ; on y trouve également de jolis petits passages (5), car ces sentences prennent parfois l'ampleur de récits détaillés.
1. L'un d'eux se trouve dans le mss. de Gothon, trois dans le codex fl'Exeter. Je les indique dans cet ordre. Tous les quatre sont également dans Wülker : Rihl.^ Vol. I, p. 338. Les trois derniers sont aussi dans ïhorpse : Cod. Eyou., p. 335 sq,
2. Tel est, par exemple, un abécédaire à images que j'ai sous les yeux el où on lit : u L'aigle croasse, le singe ricane, l'ours grommelé, l'abeille bourdonne. » Il est dit dans une chanson d'enfant : « Quand il pleut, le sol est mouillé; quand il neige, le sol devient blanc ».
3. Voici un exemple de ces sentences^ emprunté au premier recueil
Ellen sceal on eorle;'Ecg sceal wid helme bilde gebîdan. Hafuc sceal on glofe wilde gewunian ; W^ulf sceal on bearowe earmânhaga; Eofor sceal on boite tôdmœgenes trum. Til sceal on êdle dômes wyrcean. Darod sceal on banda, gâr golde fàh.
4. C'est le deuxième recueil qui en offre davantage^ comme c'est là aussi que la suite des sentences, quoique isolées, présente souvent d'autres points de contact que la forme.
5. On rencontre l'un et l'autre, notamment dans le deuxième recueil. Pour ce qui est des paysages, voir (v. 51 sq.) la description de l'orage sur mer. Pour les sentences, voir, par exemple, v. 37 : « Eâdig bid se pe in bis êdle gepîhd, earm se bim bis frynd gesvvîcad, » ou bien v, 67 : « Sceomiande man sceal in sceade hweorfan, scir in leöhte gerîsed. »
Pour moi, ce qui me semble le plus probable, c'est que celte poésie gnomique, à en juger d'après son origine (i), n'était qu'un jeu de société, tout comme la poésie énigmatique des Anglo-Saxons : c'est ce que montre également le début du deuxième recueil (2). Le jeu commençait évidemment par un tel début. L'un énonçait une sentence, et un autre était obligé d'y répondre en allitérant par une autre sentence. Cà et là se plaçait aussi parfois un proverbe, ainsi qu'on le voit dans ces recueils (3). Il va de soi que ces recueils sont, à plus d'un point de vue, intéressants pour l'bistoire de la civilisation.
Une forme toute particulière à la poésie didactique se révèle dans le « Discours de l'âme au cadavre »; c'est la première et la plus simple apparition de cette « lutte entre le « corps et l'àme w qui aura plus tard, au moyen-âge, une si grande vogue dans la litérature latine comme dans différentes littératures nationales (4). Tandis que, dans ces derniers ouvrages, le corps répond à l'âme, la forme primitive se contente d'un monologue de l'âme, et, dans le principe même, ce monologue est une accusation du corps. Le plus ancien poème de ce genre que nous connaissions traitant ce sujet nous a été conservé par le codex d'Exeter et en même temps par celui de Verceil ; il remonte à coup sur à cette période, et comprend cent vingt-neuf lignes longues (o).
Dans l'introduction, le poète exhorte tout homme à songer au sort de son âme alors que la mort la sépare d'avec le corps à qui elle a été auparavant si étroitement unie. Il s'écoulera
1. C'est ce que montrent principalement les sentences triviales, que l'allitéralion seule relie les unes aux autres.
2. Les trois premiers vers doivent être pris en manière de plaisanterie ; Dis-moi tes secrets, je ne te cacherai point les miens. A quoi le quatrième vers répond : « Gleâwe men sceolon gieddum wrixian ! » (les hommes sages doivent dire tour à tour des sentences !) Et là dessus commencent les sentences.
3. Comme dans le troisième recueil, v. 121, et ibidem, v. 122 :
(jùd bid genge and wid God lenge.
Hyge sceal gehealden, hond gevvealden.
Dans les deux, avec allitération des rimes.
4. V. Kleinen, Ucher den Streit zici^rhcn Leib und Seele. Diss., Halle,