‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 3)Chapitre 49 sur 311 · Wülker, ß/6/., Vol. II, p. 92 sq · texte numérisé non relu

Wülker, ß/6/., Vol. II, p. 92 sq

[89-90.] DISCOURS DE l'ame au cadavre 97

encore beaucoup de temps jusqu'à ce que l'esprit reçoive de Dieu lui-même le châtiment ou la glorification, selon que ce (( vase terrestre » aura auparavant mal ou bien agi dans le monde. En attendant, plaintive et anxieuse, Tâmc doit, pendant trois cents ans, visiter toujours, la septième nuit, le corps qui Ta portée autrefois, à moins que le Tout-Puissant n'amène plus tôt la fin du monde. Alors l'âme, pleine d'angoisses, l'appelle d'une voix froide et parle courroucée à la poussière : u Pourquoi m'as-tu tourmentée toi, pourriture de la terre, entièrement disparue ? Tu n'as pas considéré quel serait le sort de ton âme, quand elle serait séparée de toi, alors que tu suivais tous les appâts du plaisir! Et maintenant te voilà devenu la nourriture des vers! » Et pourtant, le Créateur lui-même, par le ministère d'un ange, a envoyé du ciel l'âme à ce corps qu'il a racheté de son sang : et, par contre, le corps Fa rendue prisonnière de l'enfer (1).

Lorsqu'elle habitait en lui, ses désirs criminels l'ont tellement agitée, qu'elle attendait avec impatience l'heure de la séparation, et voilà que maintenant la fin n'est pas bonne! Pendant qu'il nageait dans les plaisirs, elle était affamée du corps de Dieu. Elle a à souffrir les tourments de l'enfer à cause de ses convoitises. Et maintenant pour tout être vivant, père, mère, proche parent, le corps n'est pas plus aimé que le noir corbeau (v. 54) depuis qu'elle s'est séparée de lui. Ni For, ni la fortune ne sauraient le tirer de sa position; et à la place de ses plaisirs d'autrefois, l'âme a le devoir de le visiter pendant la nuit et de se répandre en invectives jusqu'au chant du coq, heure à laquelle les saints personnages chantent les louanges de Dieu (2); alors elle doit retourner aussitôt dans la patrie qu'il lui a fait octroyer (v. 70), tandis que les vers affamés le dévorent lui-même. Il eût mieux valu pour lui devenir un animal, même le pire des vers de terre, que d'avoir à répondre pour elle et pour lui au jugement dernier (v. 88), alors qu'il aura à rendre compte même pour le plus petit de ses membres. « Mais que ferons-nous tous deux quand Dieu nous aura

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