Cf. Vol. I, p. 247 sq
donné une nouvelle vie? Jouirons-nous ensemble d'une misère pareille à celle que lu nous as méritée ici? »
C'est en ces termes que Tâme termine (v. 103) son discours de récriminations. Tandis qu'elle retourne ensuite au fond de l'enfer, le corps en poussière reste là où il était : il n'est pas en état de lui donner une réponse quelconque ou de lui procurer une consolation. Le poète peint encore, en terminant, et d'une manière qui choque à force d'être fidèle, les progrès rapides de la corruption, l'agitation des vers qui, ayant déjà détruit la langue, rendent impossible toute réponse de la part du corps. Mais celui qui marche à leur tête et fraie le chemin aux autres, celui qui attaque le corps dès qu'il est refroidi, c'est Giler(l), le plus affamé de tous les vers; ses mandibules sont plus pénétrantes qu'une alêne. « Que celui qui a des oreilles pour entendre profite de cette leçon. »
Ainsi finit ce poème (2), qui est le premier dans son genre et important dans sa conception, quoiqu'on en trouve des exemples (3) dans certaines épisodes de la littérature homélitique latine. Il se fait remarquer aussi par la vigueur et le mouvement de la narration. Au point de vue théologique comme sous le rapport de Thistoire de la civilisation, il offre plusieurs traits remarquables qui caractérisent les Anglo- Saxons de cette époque : par exemple, le créatianisme (v. 271), et le séjour de l'àme dans l'enfer, au lieu d'un lieu intermédiaire (4), avant le jugement dernier.
Il nous reste à mentionner encore ici un ouvrage bien
1. C'est bien le goinfre par excellence, ainsi appelé de l'adjectif g^i/Ve, car il n'est pas possible de penser à la géante nordique Gîfr.
2. Celui qui suit, et qui se trouve seulement dans le codex de Verceil, n'est qu'une continuation postérieure, composée comme pendant; il ne nous a été conservé que par fragments. L'àme pieuse y prend la parole pour faire l'éloge du corps qui a pratiqué la vie ascétique. La composition en est bien raoirjs importante que celle du premier. Cette continuation se trouve dans Thorpe et dans Wiilker, Op. cit.
3. Thorpe {Cod. Exon., p. 525) prétend qu'il existe une homélie anglosaxonne manuscrite qui est l'original du premier poème et que cette homélie se base sans doute elle-même sur une homélie latine : mais cette homélie est complètement inconnue.
4. V., là- dessus, Zarncke . Herkktc der K. mchs. Ges. d. Wiss., Vol. XVIII, p. 193 sq.