DIALOGUES ENTRE SALOMON ET SATURNE
à l'ennemi, lui qui est la reine des lettres (1), le secouer avec sa chevelure, et briser ses membres sur la pierre, de sorte qu'il prenne la fuite et se retire dans sa forteresse, couvert de ténèbres. C'est ainsi (v. 146 sq.) que la parole de Dieu peut toujours aider tout homme à bannir les sombres lég-ions des méchants, qui corrompent les êtres et les animaux.
Vient ensuite le fragment en prose. Saturne demande, en débutant, sous combien de formes le diable et le Pate?- combattront Fun contre l'autre. Sous trente, répond Salomon, c'està-dire sous quinze chacun. Par exemple : le démon sous la forme d'un enfant et le Pate?' sous celle du Saint-Esprit ; le premier sous la forme des ténèbres, le deuxième sous celle de la lumière; l'un comme un animal féroce, l'autre comme le léviathan ou baleine ; celui-là sous la forme d^une mégère, et celui-ci sous la forme d'une cuirasse céleste^ etc. Enfin le Pate?' apparaît à son tour, sous l'image du Seigneur. — C'est ensuite une série de demandes et de réponses des plus curieuses : elles ont trait évidemment à la dernière forme du Pate?' et ne peuvent s'expliquer que de cette façon. En voici quelques-unes : « Quelle sorte de tête a le Pale?'? — Il a une tête d'or et une chevelure d'argent : sous une seule boucle de ses cheveux on peut s'abriter, alors même que toutes les eaux du ciel et de la (erre tomberaient à la fois; ses yeux sont douze mille fois plus brillants que la terre entière, quand même elle serait recouverte des lis les plus resplendissants et que chaque feuille aurait douze soleils et chaque fleur douze lunes, et que chaque lune serait douze mille fois plus brillante qu'elle ne l'était avant le meurtre d'Abel. » L'auteur décrit ensuite en détail le cœur, les bras, les rûains, la voix, l'armure du Paie?'; la description de cette dernière ne porte, il est vrai^ que sur la bannière, vu qu'il y a ici une lacune et qu'un feuillet du manuscrit unique contenant cette partie en prose a été arraché. Suivent encore des vers, au nombre de neuf seulement, car ici encore le commencement fait défaut (2). Il est dit ici à
1. Le nom de reine des lettres, donné à l'R, indique la source grecque, vu que P joue un rôle très important dans le monogramme du Christ.
2. Il se trouvait dans le feuillet arraché ; de la première ligne longue il n'y a que le premier hémistiche qui soit conservé.
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la fin que le sage fils de David vainquit (en sagesse) le prince des Chaldéens, mais que ce dernier néanmoins s'estima heureux de cette défaite ; jamais auparavant son cœur [ferhd) n'avait été si joyeux.
Le deuxième poème débute par quelques vers d'introduction, dans lesquels le poète prend la parole (1). Il a appris qu'autrefois des hommes sages, des princes de la terre disputèrent ensemble sur leur sagesse. Le plus célèbre d'entre eux était Salomon, bien que Saturne étudiât beaucoup de livres et qu'il eût parcourn toutes les contrées de l'Orient, dont quelques-unes sont ici mentionnées. Le dialogue commence ensuite, après une lacune, par le fragment d'un discours de Salomon qui demande quel est le pays où jamais homme n'a mis le pied. Là-dessus, Saturne raconte comment l'ami de « Nebrond » (Nemrod) y tua vingt-cinq dragons, et comment ce genre de poison [aetorcyn)^ par ses émanations mortelles, en ferme l'entrée, si bien que nul animal ne saurait y séjourner. A partir de là, c'est Saturne seul qui pose les questions, et ces questions, y compris même en partie les réponses, sont parfois de véritables énigmes (2). Cela rappelle les exercices intellectuels spéciaux à l'école anglo-saxonne (3), et doit avoir grandement contribué à faire traiter ce sujet et élaborer le modèle qu^on avait sous les yeux. Yoici un exemple d'une de ces questions énigmatiques, dont la réponse, par contre, n'a rien de caché : " Quelle est, demande Saturne (v. 281 sq.), la merveille qui parcourt le monde, qui marche avec une mine sévère, qui fait couler les larmes, à qui rien ne résiste, ni
1. Le premier vers montre déjà qu'ici commence un nouveau poème : « Hwael ! ic flitan gefrœgn on fyrndagum » ; voilà pourquoi il n'est pas juste, comme on le fait, de parler d'une deuxième partie. Le contenu de l'introduction rappelle le début du premier poème. Ce qu'il y a d'étonnant, c'est que, parmi les ,pays visités par Saturne après xMeda maddum-selas, se trouve Marculfes eard (v. 189) mis en opposition, comme si le pays de Marculf était la Médie.
2. La réponse elle-même reçoit aussi la forme de demande, p. ex,, V. 378 sq. : <( Pourquoi, demande Saturne, le soleil ne doit-il pas tout éclairer, et pourquoi maintes choses restent-elles dans l'ombre? » A quoi Salomon repond : « Pourquoi les trésors de la terre n'ont-ils pas été également partagés ? »