‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 3)Chapitre 53 sur 311 · DIALOGUES ENTRE SALOMON ET SATURNE · texte numérisé non relu

DIALOGUES ENTRE SALOMON ET SATURNE

étoile, ni pierre ou animal, et à qui chaque année il faut pour nourriture trois fois treize mille des animaux qui vivent sur la terre, dans Fair et dans l'eau? » A quoi Salomon répond : « L'âg-e est plus fort que tout sur la terre, il enchaîne qui il veut ; il précipite l'arhre et brise ses branches ; il dévore Foiseau sauvage, terrasse le loup, survit aux pierres, attaque l'acier et pulvérise le fer par la rouille ; c'est là aussi ce qu'il fait de nous. » En voici un autre où la réponse est moins directe : « Pourquoi, demande Saturne (v. 346), les pleurs et les ris sont-ils compagnons? » Et Salomon réplique que « celui qui veut toujours se lamenter est odieux à Dieu ».

Il s'engage vers la fin, telle qu'elle nous est parvenue, une discussion en règle (v. 424 sq.) sur la question suivante : a Si le sort [wyrd) et la prudence (warniing) entrent en lutte, qui des deux est le plus fort ? » Or, les sages des Philistins avaient dit autrefois à Saturne, lorsqu'ils disputaient ensemble, que nul homme ne saurait approfondir cette question. Mais Salomon réplique : « Quelque mauvais et dangereux que soit le sort, le sage peut cependant en adoucir les coups par la prudence, le secours d'un ami et l'assistance divine. — Pourquoi donc alors, demande Saturne, le sort, source de tous les crimes, principe de toutes nos souffrances, etc., nous tourmente-t-il ainsi? » Là-dessus, Salomon se met à raconter la chute de Lucifer et de ses compagnons et dit : « Les voilà, ceux qui nous attaquent, d'où il résulte que le sage ressent une plus vive douleur. » — L'auteur semble donc croire que le sort, tel qu'il le comprend, est leur ouvrage. Saturne demande encore si un homme désire la mort, et Salomon, dans une réponse dont le début nous a été conservé incomplètement, réplique que tout homme est entouré de deux esprits : Fun, un ange que le Seigneur envoie à chacun, est plus brillant que For ; l'autre, plus noir que Fahime ; Fun nous enseigne le bien, l'autre le mal jusqu'à ce qu'il ait réussi à nous séduire. Alors Fange se retire en versant des larmes et en disant : Je ne pourrais pas éloigner de son cœur la pierre dure qui Foccupe. — Ici se termine le deuxième poème.

11 est bien permis de douter que les deux poèmes aient été composés par un seul et même auteur; je regarde, par contre,

iOi LITTÉRATUBE ALLEMANDE [96-97.]

comme certain que l'un a été écrit en vue de l'autre, et tous deux d'après la même source, tant sont nombreux les points de contact qu'ils offrent entre eux. Le commerce de Salomon avec les démons, tel qu'il est décrit dans les ouvrages apocrvphes de l'Ancien Testament et surtout dans l'ouvrage grec Le Testament de Salomon, d'après des légendes orientales très répandues (1), a donné l'impulsion pour la composition de l'original grec, et ce dernier, ainsi que je le suppose, traduit en latin, a servi de modèle à l'auteur de l'un et de l'autre poème anglo-saxon (2).

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