CHAPITRE DIXIÈME
HÉLIAND. MULPILLI.
Autant qu il nous est permis d'en juger, ce n'est que vers la fin du vm° siècle que commence à se manifester, dans le domaine de la langue allemande, une véritable activité littéraire ; elle prend naissance en même temps que cette impulsion scientifique et littéraire que nous voyons se produire sous Fintluence bienfaisante de Charlemagne. Cette activité a son point de départ dans le clergé, le premier représentant de la culture scientifique, et se met au service de l'église et de Técole qui travaille pour elle. Elle ne consiste d'abord que dans des traductions d'ouvrages chrétiens-latins. Si nous laissons de côté les versions interlinéaires qui n'ont, comme telles, aucun caractère littéraire, ainsi que les traductions de morceaux liturgiques très courts (1), nous trouvons une traduction de l'évangile de saint Mathieu, qui témoigne singulièrement de la souplesse de la langue allemande, ainsi qu'une traduction d'homélies. Ces travaux prirent naissance à la suite d'une ordonnance de l'empereur qui prescrivait de prêcher assidûment au peuple la parole de Dieu (2). Mais, à la même époque, on osait déjà faire passer en allemand un écrit polémico-apologétique plein de discussions dogmatiques, je veux dire, les deux livres de saint Isidore Contra Judaeos (3). Les fragments qui nous restent de cette traduction (4) montrent déjà à un haut degré combien la langue allemande est propre pour les expressions spéculatives, ainsi que l'art surprenant
1. Par exemple Vœux du bapU'me, Pater noster, Credo, etc. Ces morceaux sont rattachés à une courte explication ; on les trouve déjà, traduits en allemand, réunis en un catéchisme complet, tel que celui de Weissenburg-, dans iMüllenhoff et Scherer. Op. cit., p. 159 sq.
2. Voir notamment, là-dessus, Raumer, Die Einwirkung des Christenthums auf die althochdeutsche Sprache. Stuttgart, 1845.