V. Vihnar, Op. c, p
4. C'est ainsi que le poète rapporte, en la faisant précéder des paroles suivantes, l'action de la fille d'Hérode jouant devant jes convives : « Al so thero liudio iandwise gidrog, j thero thiodo thau. » V. 2762 sq. Cf. aussi v. 2731. Vilmar cite encore (p. 37) d'autres passages semblables.
cependant cette inimitié soit en contradiction avec cette germanisation, puisque le Christ et ses disciples sont sortis de ce peuple; mais pour le poète, qui leur donne une allure de Germains, ce ne sont plus des Juifs; voilà pourquoi il introduit le Christ parlant de la « pâque des Juifs » là où « ils servent leur Dieu » (v. 4io9j. C'est bien aussi pour ce motif qu'il a omis la circoncision du Sauveur et celle de saint Jean-Baptiste : c'est d'autant plus surprenant pour ce dernier qu'il parle ici de l'imposition de son nom (1) bien plus en détail qu'il ne l'est fait dans la Bible.
Mais l'auteur a encore donné à son ouvrage un caractère poétique en ce qu'il saisit volontiers l'occasion d'y encadrer des peintures et des descriptions détaillées de faits qui produisent un bel effet esthétique. Là également, comme on doit le prévoir, modèles et couleurs sont empruntés à l'entourage national et assurément aussi à la poésie épique nationale ellemême. Passons en revue quelques-unes de ces descriptions et de ces peintures. Le poète (v. 152 sq. fait un portrait fidèle des vieux parents de saint Jean et rend admirablement bien leur démarche courbée sous le poids de l'âge, la figure affaiblie, l'allure nonchalante, les chairs amaigries, la peau hideuse, le corps fané. C'est ainsi qu'il peint avec un sentiment tout allemand (v. 378 sq.) comment Marie « soigne ellemême » et veille l'enfant nouveau-né, « le petit homme ». Les bergers sont des « palefreniers » [ehuscalcos] qui gardent leurs coursiers dans les champs 2). Mais, comme trait poétique dans cet ouvrage, il faut citer le passage où le poète raconte qu'une traînée de lumière déchira d'abord les nuages noirs avant que l'ange n'apparût ou que les bergers ne le vissent (3). Où le poète trouve une ample matière à étaler les couleurs de sa palette, c'est d'abord dans les festins, celui de Chanaan (v. 1995 sq.)et surtout celui d'Hérode (v. 2731 sq.); puis, dans
2. Une preuve des soins qui, déjà à celte époque, étaient donnés, en Saxe, à l'élevage des chevaux.
3. Tandis que, dans la Bible {Luc, c. ii, v. 9), l'ange se trouve tout à coup près des bergers et qu'il est environné ensuite par la clarté divine. rlar'Uas Dei.
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les voyages sur mer (v. 2233 sq. et 2902 sq.), dont le premier (Matth., viii, 23) lui offre l'occasion de faire une description courte, mais saisissante d'un orag^e en mer. Ces descriptions sont, sans doute, faites dans le style de la poésie épique nationale et profane ; mais cela a lieu tout particulièrement pour un passage de la Bible où un des disciples du Christ se trouve obligé de tirer Fépée. Pierre, le « porte-glaive », ainsi qu'il est appelé par rapport aux autres disciples qui sont sans armes, blesse Malchus; mais, dans notre poème, c'est pour défendre son « Seigneur » qu'il tire l'épée. Plein de colère, au point de ne pouvoir parler, il se met hardiment devant son maître, dégaine et s'avance contre le premier des ennemis, qu^il frappe « de toute la force de son bras ». Le poète décrit ensuite longuement la blessure (1) qui augmente l'effroi des ennemis en fuite.
Le style et la versification ^Héliand se rattachent à la poésie anglo-saxonne avec laquelle il a tant de liens de parenté (2), avec cette différence toutefois que les comparaisons et les « kenningars » y sont moins fréquents, et que le brillant du coloris, ainsi que le remplissage aux bigarrures variées, en sont bannis : c'est une aquarelle en face d'une peinture à l'huile ; mais, d'autre part, les répétitions qui, nous l'avons vu, sont spéciales à ce style et qui se trouvent en abondance dans Héliand, sont d'autant plus fatigantes et semblent d'autant moins à leur place que les kenningars y font défaut; elles ne sont là souvent que comme ressource de versification. Si, d'un côté, nous nous sentons attirés par la simplicité et l'allure calme et mesurée de la narration ; de l'autre, nous sommes pris de lassitude dans ces sinuosités méandriques. Peut-être ce défaut provient-il de ce que le poète, tout en conservant sa liberté d'action, se serait trop rattaché à un modèle.