‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 3)Chapitre 6 sur 311 · INTRODUCTION AU LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

INTRODUCTION AU LIVRE SIXIÈME

ter la même pensée, par une simple variation de l'expression, dans une phrase qui suit immédiatement (1). Ces particularités ont un procédé de retard que le style épique affectionne.

En cela, il faut remarquer encore que l'allitération populaire du proverbe est friande, elle aussi, de la réduplication de l'expression d'une idée ou d'une pensée (2).

A ces particularités de style, qui visent la réduplication de l'expression, il faut en ajouter une autre, qui a avec elle bien des liens de parenté et qui est commune à la langue des Anglo-Saxons et à la langue du nord, a savoir, l'usage de ce qu'on appelle Kenningar (signe caractéristique), ainsi qu''on désigne ces mots dans la dernière de ces langues. Ce sont des termes qui rendent l'idée d'une manière pittoresque ; par exemple, lorsque pour « mer », on dit « le chemin de la baleine », ou bien « la roule du cygne » — ici le cygne est lui-même une image du navire — ou encore, le « bain du chien dfcmef »; lorsque, pour « roi », on dit « le dispensateur de Irésor », et, pour « harpe », u bois de plaisir ». Ce sont là, en un mot, des métaphores devenues de simples synonymes : en les emplovant, on ne pense que vaguement à la figure : elles élargissent le champ de la synonymie du style poétique, déjà si riche, chez les Anglo-Saxons ; elles facilitent l'allitéralion et lui donnent une variété plus grande, ce qui était surtout important quand les mêmes pensées se représentaient fréquemment. La poésie énigmatique, si richement développée des Anglo-Saxons, nous montre déjà combien ils aiment la langue des images.

Il va sans dire que ces particularités du style poétique étroitement liées à l'allitération devaient facilement amener comme conséquence une certaine diffusion, une certaine prolixité dans la narration ; et, en effet, c'est bien là, trop souvent, le point faible de cette poésie (3).

1. Par exemple, Grist, v. 668 : u Sun mag fingrum vel | hlûde fore hälefliim hearpan stirgan, \ gleobedm grêtcm )^ : toucher la harpe, saluer le bois (Je plaisir.

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