‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 3)Chapitre 66 sur 311 · H]. HYMNE DE SAINT GEORGES · texte numérisé non relu

H]. HYMNE DE SAINT GEORGES

connaissons (1), vu qu'on y retrouve presque tous les traits principaux du lied (2). Toutefois, ces rédactions latines de la légende avaient été précédées d'une rédaction grecque, ainsi que cela se comprend, vu qu'il s'agit d'un saint oriental qui passait pour être né et avoir souffert le martyre en Cappadoce ; toutefois la rédaction grecque cite l'empereur Dioclétien.Mais le culte de ce saint n'est qu'une transformation chrétienne du culte de Mithra (3), et parlant, la légende elle-même est un pur travail de l'imagination, ainsi que l'a démontré Gutsclimid d'une manière irréfutable (4).

Le poème, composé dans le dialecte alemanniqiie , a une allure simple et populaire qui rappelle les ballades de la littérature moderne. Mais le style se ressent essentiellement de la forme métrique. Comme le précédent, écrit en l'honneur de saint Pierre, ce poème offre complètement le caractère du lied. A la place de l'allitération, c'est la rime finale, en partie masculine, en partie féminine, qui relie les demi-vers de la ligne longue ; quant aux strophes, elles sont terminées par des lignes à refrain qui, apparemment, étaient destinées à être chantées par le chœur. Mais le lied de saint Georges a cela de particulier que ses strophes ne sont pas d'égale dimension et que les lignes-refrains diffèrent, et quant au nombre et quant aux mots. Les deux première strophes (I a 6 vers, 11 a5 vers) sont reliées par une seule et même ligne-refrain ; il en est de même des deux suivantes ^(chacune de 5 vers) : les strophes 6, 7, 8 qui sont les deux premières, de 7, et, la dernière, de

1. Il a été publié d'abord par Arndt, comme appendice à la dissertation de Zarncke, p. 43 sq. — Zarncke a édité en 1845, dans le même compterendu (Vol. XXVïI, p. 256 sq.), une autre rédaction latine plus courte du ix*^ siècle,

2. La rédaction latine qui formait la base du poème français édité par Luzarche (Tours, 1859), et du poème allemand de Reinbot von Dorn avait des liens de parenté très étroits avec la source de notre lied, de sorte que ces poèmes peuvent être mis à profit pour l'interprétation de notre hymne ; Zarncke a tiré de très heureuses explications de ce rapprochement.

3. Voir le dernier paragraphe de Y Avertissement des Traducteurs, en tête du premier volume.

4. Ueher die Sage vom heiligen Georg, als Beitrag zur iranischen Mythengeschichte, dans les Sitzimgsber. der K. sächs, Ges. d. ^Viss. Philol. hist. C/., Vol. XIII (1861), p. 175 sq.

8 vers, ont de nouveau un refrain spécial de trois lignes. Pour le reste de ce poème, tout ce qu'on en peut dire, vu l'état défectueux dans lequel il nous est parvenu, c'est que la strophe complète qu'il nous offre encore (de 7 vers) n'a qu'une ligne de refrain et que cette ligne est encore nouvelle.

Cet emploi de la rime finale à la place de l'allitération pour relier ensemble les demi-vers de la ligne longue, s'était introduit auparavant dans la poésie lyrique allemande, ainsi que le montre son apparition isolée dans un poème narratif, le Muspilli ; il fut favorisé par la poésie latine de TEglise, dans laquelle, nous l'avons vu, la rime avait acquis de plus en plus une influence considérable, depuis qu'elle avait renoncé à la facture quantitative du vers. Mais cette application de la rime devint alors générale dans la poésie allemande, en sorte que la rime finale y arriva à remplacer complètement l'allitération, lorsque cette application s'essaya avec succès^ dans les domaines épique et didactique. C'est ce qui arriva dans l'ouvrage du Franc Otfrid, lequel fit époque sous ce rapport.

Nous n^avons que peu de documents authentiques, sur la vie d'Otfrid (1) et ces documents nous les lui devons à lui-même; d'abord moine, il fut ensuite prêtre du monastère de Weissenbourg, lorsqu'il composa son Livre des Évangiles (2), dans la sixième décade du ix^ siècle ; il était sans doute originaire de cette localité ou des environs. Il avait été l'élève de Raban, à Fulda (3), et il appelle même l'évêque Salomon de Constance^ son maître. Ses connaissances étaient, en effet, très importantes pour cette époque, ainsi que l'a montré son ouvrage.

Le poème d'Otfrid, en strophes de deux lignes (4), est une

1. Ottfriih von Weissenhiirg Evangelienbuch, Text und Einleitung von Kelle. Regensburg, 1856.— Dasselbe herausgeg. von Piper. Paderborn, 1878; von Erdmann. Halle, 1882. — Ottfrid, Art. von Lachmann, dans : Ersch und Grubers Encyclopédie. Ablh. 3, vol. VII, 1836. (KJ. Schriften, p. 449 sq.).

3. « Liber Evangeliorum theotisce conscriptus : » c'est ainsi qu'il nomme lui-même le poème, dans la dédicace à Liutbert.

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