LE POINTE SAXO
celle-ci, et nous avons à étudier trois poèmes, offrant chaciin des caractères particuliers qui les disting-uent et représentant en même temps les trois pays principaux qui composaient l'empire carolingien : l'Allemagne, la France et l'Italie. L'ouvrage du poète allemand est le plus ancien : ce sont les Annales de gestis Caroli magni du poète Saxo (1), ainsi qu'on a nommé le poète anonyme, qui était indubitablement un Saxon, comme cela résulte de l'ouvrage lui-même (2). L'auteur appartenait, à n'en point douter, au haut clergé; il était peut-être le bienvenu à la cour d'Arnolphe. Le poème, écrit entre 888 et 891 (3), se compose de cinq livres, dont les quatre premiers sont écrits en vers hexamètres, et le cinquième en distiques. Les quatre premiers ont tout à fait le caractère de la chronique en vers : basés sur des annales, ils racontent l'histoire de Charlemagne, année par année (4), à partir de 771 , oii la fm de Karloman le rendit seul maître de Tempire jusqu'à sa mort ; le livre cinquième, qui forme un appendice, offre par contre, comme nous le verrons, un autre caractère. La division de la chronique en vers, en quatre livres, correspond à la nature annalistique de l'ouvrage ; chacun d'eux comprend
Jahrbücher des Deutschen Reichs unter König Heinrich I. Neue Bearbeitung. Berlin, 1863.
1. Dans : Monum. German. hi.'^t., Scriptores, T. I, p. 225 sq. — * Monumenta Carolina, éd. Jaffé. Berlin, 1867 (Bibl. rerum German., T. IV). — Simsen, Der Poeta Saœo und der Friede zu Salz, dans : Forschungen zur deutschen Gesch., Vol. I, p. 301 sq.
2. V., plus loin, l'analyse du cinquième livre. Ce qui est bien caractéristique pour Fecclésiastique saxon, c'est de voir comment il motive la défaite des Saxons par les Francs (1. I, v. 35 sq.) :
Christicolae vero jam longo tempore Franci, Catholicam tenuere fidem, multisque per orbem Jam dommahciniur populis, quibus undique fulti, Praecipue virtute Dei, quem rite colebant, Hanc unam poterant nimirum vincere gentem.
Ici se montre, il est vrai, l'orgueil national du Saxon, qui est bien justifié.
3. Il fut composé, au commencement du règne d'Arnolphe et avant qu'il eût encore vaincu les Normands sur la Dyle. V., plus loin, p. 136 rem. 1. Cf. également Simson, Op. c, p. 324.