LE POÈTE SAXO
(m, V. 431 sq.) (1). Dans le livre quatrième, et notamment à partir de l'année 802, le poète ne suit plus, autant qu'il l'a fait, les annales d'Eginhard ; mais, à côté d'extraits de ces annales, il en met d'autres à profit qui ne sont pas parvenues jusqu'à nous (2). Mais il ne doit pas avoir eu ici une manière différente de traiter son sujet (3). C'est ainsi que ce livre se termine, lui aussi, par une description détaillée du congé douloureux des Grands qui avaient été mandés à la diète d'Aix-la-Chapelle, où eut lieu le couronnement de Louis ; ils prévoient la mort de l'empereur malade, et ils ressentent la grandeur de cette perle qui approche ; on pressent déjà la décadence de l'empire sous le règne de son successeur. C'est en vain que, devant lui, ils cherchent à cacher leur douleur sous un sourire plein de joie. Cette description qui renferme, dans l'expression intime du sentiment, un caractère bien germanique, est une des meilleures de l'ouvrage par la finesse de l'exécution dans les détails : elle nous fait admirablement connaître le talent dn poète.
Le livre cinquième, dont le changement de mètre indique déjà un changement de caractère, se rattache immédiatement à la fin du livre précédent quant au contenu. Ici le poète veut déplorer la mort du grand empereur, et c'est pour cela qu'il a choisi le mètre élégiaque (4) ; mais il veut aussi dispenser des consolations en chantant les mérites qui ont ouvert à Charles la porte du ciel. Bien que le poète ne se sente pas de taille à traiter un si grand sujet, l'amour ardent qu'il doit à Charles ne lui permet pourtant pas de se taire : cet empereur a en effet apporté à son peuple (aux Saxons) la lumière de TÉvangile. C'est donc à lui que le poète lui-même est redevable de son
1. V. aussi I, V. 93 sq., v. 161 sq., et v. 189 sq. Voici le premier passage :
Sic saepe videtur
Tugior oceani fervor pélagique Drocella
Quam mentes hominum, quas turbida commovet ira.
2. V., là-dessus, Simson, Op. c, ainsi que : Jahrbücher des fränkischen Reichs unter Karl. d. Gr., fortges. von Simson, Vol. II, p. 590 sq.
3. Ainsi que nous le voyons dans la description de la mauvaise récolte du vin (v. 254 sq.).