‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 3)Chapitre 77 sur 311 · Voir, sur Aimoin, Vol. II, p. 352 sq · texte numérisé non relu

Voir, sur Aimoin, Vol. II, p. 352 sq

3. «Numquara enim otio reficiendi ob scolarum pluralitatem, cujus commoditati ubique locorum vacaverim. »

ne Fa ajouté que par égard pour le nombre trois, car il ne se rattache pas au contenu des deux autres. Ce qu'il dit encon» ici de ce livre sera traité un peu plus loin.

Le contenu principal de l'ouvrage proprement dit, c'est-àdire des deux premiers livres, se borne au récit du siège de Paris (1) : c'est comme témoin oculaire (2), comme combattant même qu'Abbon nous le raconte. Le premier livre (660 V.) va du commencement du siège jusqu'à la première tentative de délivrance entreprise par le Saxon Henri, au printemps de 886 ; le livre deuxième débute par ce récit.

A cette date, la ville proprement dite était encore restreinte à l'île, et deux ponts reliaient celle-ci aux deux rives : à la rive nord, le pont appelé plus tard « Pont au Change », et à la rive sud le « Petit-Pont ». Ces deux ponts étaient défendus par des tours : ils formaient donc en première ligne le point de mire de l'attaque. Elle eut lieu d'abord du côté nord, par conséquent contre la première et la plus importante des tours qu'on appela plus tard « Grand-Châtelet ».

Après un éloge enthousiaste de Lutèce, reine des villes, le poète dépeint d'abord sous de vives couleurs l'arrivée des Danois (3) ; avec sept cents navires à voile et un nombre incalculable de barques, ils couvrent sur une longueur de plusieurs milles la Seine dont on n'aperçoit plus rien. Le lendemain de son arrivée, Sigfrid, roi de la mer (4), exige du chef de la ville, de Févêque Gozlin, un libre passage. Celui-ci le lui refuse en s'appuyant sur l'ordre de Charles ; mais il finit par demander au roi si, à sa place, il ferait ce qu'il exige de lui. « Que ma tête, répond-il, tombe et devienne la pâture des chiens, si je le faisais ! » Il se retire en proférant des menaces. Le lendemain.

1. Cf., par rapport à ce siège, Dümmler, Gesch. d. ostfränk. Reichs, Vol. II, p. 260 sq. On trouve également là une bonne étude des autres sources.

2. Il se donne pour tel dans le poème (1. I, v. 25 et v. 595). Voir du reste l'analyse du contenu.

3. C'est ainsi que Abbo appelle généralement les Normands; ce dernier nom ne se trouve chez lui que par exception. (Cf. 1. I, v. 263 et v. 445.)

4. Abbon le qualifie ainsi avec beaucoup de précision en disant : « Solo rex verbo, sociis tarnen imperitabat » (1. I, v. 38), et en ajoutant au mot verho la glose : « Nam carebat regno. »

Tattaque commence contre la tour du nord (v. 60) ; mais elle reste infructueuse pour cette journée. Pendant la nuit, les assiégés renforcent ce rempart en ajoutant à la tour un deuxième étage en bois. Au jour suivant, l'attaque se renouvelle avec plus de violence encore; le poète en fait un tableau détaillé auquel il donne les couleurs les plus vives et les plus saisissantes (v. 84 sq.). Une grêle de traits fait trembler la tour, tandis que les trompettes appellent à la hâte les citoyens à la défense. Entre tous, se distingue le comte Odon, « qui n'a jamais été vaincu dans un combat », et l'abbé Ebolus. L'ennemi cherche à miner la tour ; mais les assiégés les tiennent à l'écart en versant, du haut des créneaux, de l'huile bouillante, de la cire et de la poix. Les Danois brûlés se précipitent dans le fleuve : « Puissent les flots^ disent les Français avec dérision, vous redonner d'autres crinières et mieux peignées I » (v. lOo sq.) Mais, pour braves qu'ils soient, que peuvent quelques centaines d'hommes contre quarante mille envahisseurs?... Ceux-ci reviennent toujours à l'attaque avec de nouvelles troupes, et ils réussissent enfin à ouvrir une brèche au travers de laquelle les adversaires se voient face à face. L'ennemi n'ose y pénétrer, tant il redoute les Français qui combattent au premier rang. Il met donc le feu aux portes. Mais, au moment oii les assiégés sont réduits au désespoir, des renforts arrivent de la ville, et une pluie bienfaisante éteint les flammes. L'attaque est encore repoussée.

Les Danois cependant n'abandonnent point la partie. Ils élèvent un camp retranché sur la rive nord, autour de l'église de Saint-Germain-d'Auxerre, non loin de la tour ; de là, ils parcourent à pied et à cheval tout le voisinage, pillant, brûlant, assassinant, sans égard ni pour le sexe, ni pour l'âge. Entre temps, ils préparent un nouvel assaut. Peine inutile : ils sont entravés par les assiégés, qui détruisent trois béliers énormes [monstray v. 20o sq.) et déciment leurs ingénieurs. Ils ne se rebutent point et préparent mille tortues , chacune pour quatre ou six hommes et fabriquent des flèches nuit et jour.

A la fin de janvier, a lieu la nouvelle attaque (v. 224 sq.) : le poète la dépeint d'une manière très réaliste dans quelques

épisodes (1). Les Danois étaient divisés en trois armées : l'une, la plus grande, s'approche de la tour par voie de terre, semblable à un essaim d'abeilles, l'arc pesant sur les épaules et le carquois rempli de flèches tremblantes ; les deux autres, groupées dans les vaisseaux, se dirigent contre le pont. Toutefois, malgré leur bravoure, ces trois armées font encore, les trois premiers jours, des efforts inutiles. C'est en vain qu'elles cherchent à combler le fossé profond de la tour, soit avec de la terre et du bois qu'ils prenaient où ils les trouvaient, soit avec des animaux qu'ils égorgeaient et même avec les corps des prisonniers qu'ils tuaient pour cela (v. 301 sq.). Le troisième jour, l'ennemi s'avance avec ses béliers (v. 3o3 sq.). mais les mangonneaux des assiégés leur causent les plus grandes pertes. Enfin, il a recours à un autre moyen pour atteindre son but. Il lie ensemble trois vaisseaux des plus élevés, les charge de branchages auxquels il met le feu, et il les remorque avec des cordes le long du rivage, pour les pousser contre le pont et contre la tour. Le désespoir s'empare alors des assiégés : ils invoquent la protection de saint Germain, tandis que les Danois se répandent en des cris d'une joie bruyante. Mais les vaisseaux viennent échouer contre les énormes piliers du pont : la ville est sauvée, et les Danois abandonnent l'attaque.

Cependant, une semaine plus tard, la ville eut à supporter encore une rude épreuve (v. 504 sq.). Une crue de la Seine rompit le pont de bois qui était au sud, et les Danois se mirent à attaquer la tour qui le protégeait et qui était maintenant isolée delà ville (2). Douze hommes seuls, dont A.bbon éternise le nom, la défendirent vaillamment. Mais l'ennemi y ayant mis

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