‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 3)Chapitre 79 sur 311 · Dümmler, Op. c, p · texte numérisé non relu

Dümmler, Op. c, p

2. Le poète a déjà parlé auparavant de tels miracles (I, 461 sq.) : il en reparlera aussi dans la suite (tl, v. 349 sq.). Pour ne point irriter le Saint contre eux, les Normands laissaient célébrer le Saint-Sacrifice dans l'abbaye. V. II, V, 105 sq. et cf. ibid. v. 348.

hâte et les citoyens saluèrent avec joie ces boucliers qu'ils voyaient reluire au soleil sur le Mons Martis ; mais l'ennemi les ayant aperçus, lui aussi, s'efforça de barrer le chemin au brave comte, qui les mit en déroute (v. 195). Mais les troupes auxiliaires qu'il avait amenées durent rebrousser chemin. Il en fut de même de celles que le comte Henri amena de nouveau et à la tête desquels il fut tué. Enhardis par ce succès, les Danois essayèrent encore un assaut général (v. 227 sq.). C'était dit le poète, à l'heure de midi, au moment où tout le monde se trouvait à table, et l'ennemi servit, au dessert, en guise de pommes, des balles de plomb. Les reliques de sainte Geneviève, qu'on apporta, aidèrent à vaincre en un endroit où un petit homme courageux s'entendità viser adroitement avec la catapulte. Mais le combat se prolongeant, les citoyens fatigués furent réduits bientôt à la dernière extrémité, et l'on entendit retentir un cri de détresse générale. Heureusement^ à leur prière, saint Germain apparaît en personne, — il s'agit de ses reliques (1), — avec une troupe de secours pour repousser les ennemis, lesquels se concentrent maintenant en masse auprès de l'une des deux tours pour la conquérir. Hs mettent le feu à ses portes. Au mileu de la fumée étouffante, notre auteur est le seul qui résiste : il brandit la croix au-dessus des flammes qui s'éteignent (v. 309 sq.)^ et la victoire des assiégés est décidée.

Mais voilà que l'empereur Charles arrive enfin lui-même à la tête d'une armée (v. 330). Le poète parle ensuite de la paix honteuse que ce prince fait avec l'ennemi (novembre 886), à qui il livre comme proie la Bourgogne pour l'hiver. Continuant son récit, année par année, Abbon parle encore de différentes rencontres qui eurent lieu pendant les années suivantes, entre les Parisiens conduits par le comte Odon, elles Danois revenus de la Bourgogne ; de l'élévation d'Odon au trône de la France (888), après la mort de l'empereur (v, 444); de la réunion qu'il fait de trois peuples dans son armée pour marcher contre

1. Voici le passage (v. 280 sq.) : « Omnibus en Germanus adest | Corpore subsidioque simul, nil vota moratus. « On doit évidemment le comprendre dans le même sens que le vers 309 sq. : <c Meritis Germani antistilis almi I Quem revehunt ad Basilicam Stephani quoque testis. »

les Danois, à savoir les fiers Francig-eni, les Aquitains roués et à la parole mordante, et les Bourguignons enclins à prendre la fuite (1); enfin, et plus brièvement (v. 532 sq.) des luttes d^Odon avec de grands vassaux de la couronne en Aquitaine (892), comme aussi avec les partisans de Charles le Simple (893-895), (v. 567-583). Cependant^ même après les avoir vaincus, Odon ne devait point trouver le repos ; les Normands, en effet, envahissent de nouveau le pays et le pillent (896). Cette fois, le poète accuse son héros (2), qui refuse d'intervenir contre eux ; mais il accuse encore davantage la France (Francia) elle-même (v. 596 sq.). « Pourquoi laisserais-tu sous le boisseau ton ancienne vaillance, qui te permit de triompher de royaumes bien plus grands que toi et de les soumettre ? Il en faut chercher la cause dans un triple péché : l'orgueil, la luxure et l'éclat de la toilette. » Le poète s'étend ensuite sur les deux derniers vices, en parlant soit de commerce illicite entre consanguins, ou avec des religieuses, soit même de vices contre nature^ et en rappelant les agrafes d'or la pourpre de Tyr/ les ceintures garnies de pierres précieuses et les chaussures dorées. C'est par cette apostrophe qu'il termine, vu que la matière lui manque, quoique Odon, le noble Odon, soit encore au nombre des vivants.

Ce poème a une réelle importance comme source historique contemporaine, mais il a par-dessus tout, un grand intérêt pour l'histoire de la civilisation, en raison même de la description détaillée du siège de Paris, dont nous avons donné l'analyse. Il nous apprend à connaître les divers moyens d'attaque et de défense des villes usités alors et encore longtemps après cette époque, les machines de guerre, les projectiles (et notamment les flèches empoisonnées) (3) ; nous y voyons de plus la nature des Normands et leur manière d'agir ; et le poète nous

Francigeni approperant alla cum fronte superbi, Calliditate venis acieque, Aquitania, linguae, Consilioque fugae Burgun — adiere — diones.

2. Cela, joint au blâme de l'abbé belliqueux Ebolus {ibid., v. 437) qu'il célèbre ailleurs comme un héros et comme l'égal d'Odon, montre une remarquable impartialité chez Abbon.

3. Chez les Normands, ce sont toxica tela (!. I, v. 57 et ailleurs).

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montre tout cela dans un tableau animé, dans un récit relevé ça et là par un humour tout populaire (1) ; le récit ne manquerait môme pas de charme esthétique, si l'expresssion n'avait à souffrir d'un double défaut rarement réuni à ce deg-ré, une incorrection de langage incroyable et qui va au-delà de l'arbitraire (2), et la recherche de la fausse érudition qui aboutit soitàTobscurité, soit à l'absence de goût. C'est dans le choix des expressions que ce défaut est le plus saillant. Ainsi, l'on rencontre des mots qui, à cause du mètre, remplacent d'autres mots dont ils ne sont pas même synonymes, comme, par exemple, loquieiorare{\i, v. 462); (3) ensuite, l'auteur choisit souvent, dans le seul but de faire parade d'érudition, les expressions les plus inusitées ; il a une prédilection marquée pour les termes g-recs, et diii polis pour urbs^ matites pour discù pulus^ falae pour txirres^ basileus^ kosmus, elios, caiimata, etc. Ajoutez parfois à cela, peut-être à cause du mètre, les plus étranges néologismes, comme quiiim pour quorum[h). Aussi,, le poème serait-il encore bien plus incompréhensible , si le poète, pour montrer sa science, n'avait pris soin de le faire suivre de gloses (o). C'est pour la même raison qu'il orne son style d'images empruntées à la mythologie : ici, « règne le farouche Mavors »; là, « Phébus monte sur son quadrige »; plus loin, « Lemmius remporte la victoire sur Neptune », ou encore

1. Outre les passages rendus ci-dessus, cf. encore : I, v. 110, et II, V. 17.

2. Comme on Je voit même dans la construction. Ainsi, la préposition est séparée de son régime, par exemple (I, v. 191) : A tellus opulenta gazis nudata.

3. Cela a lieu même sans ce motif et relève de la pure fantaisie, ainsi que le montrent ces exemples : « Siccam » pour « terram »; « spatium », pour « requiem » (II, v. 253 et 458). La signification de ces mots, dans ces passages, ne peut être déterminée que d'après les gloses qui les accompagnent.

4. De même que l'intercalation fréquente de que au milieu du mot : Ocque-ddens (I, v. 360) ; comme aussi Burgim-adiere-diones (II, v. 472).

5. Elles étaient très nécessaires, vu qu'il ne se fait pas scrupule de ne nommer que dans la glose les personnes dont il parle. C'est ainsi qu'on lit (II, V. 315) la glose : seil. Karolus. Il est bien évident par là que les gloses sont de la main de l'auteur : il l'avoue du reste lui-même, au moins pour ie troisième livre, dans la préface elle-même. On trouve aussi çà et là dans ces gloses des mots de la langue latine populaire : c'est ainsi qu'il explique mergitibus par garbis (II, v. 87) et cateiam par dardum {ibid., v. 27).

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(( l'un est attaché par saint Germain (!) au char de poix des Euménides)), — le sort l'atteint par l'entremise du saint! C'est ainsi que ce poème offre le plus étonnant mélange de grossièretés scientifiques et de marques éparses d'une culture élevée et savante, telle que la France l'avait reçue des Irlandais qui avaient porté en Gaule l'étude de la langue grecque. Pour expliquer la grossièreté scientifique, il faut bien, il est vrai, ne pas oublier que c'est là le travail d'un débutant.

Ce poème historique est d'ailleurs dépourvu d'art dans la composition ; il a le caractère des annales. Toutefois, dans la partie principale, qui était bien l'ouvrage primitif, on trouve^ jusqu'au couronnement dOdon, beaucoup plus d'unité que dans l'ouvrage du poète saxon^ vu que tout le récit se concentre ici sur un point, le sort de Paris. Ce qu'il y a encore de particulier, c'est la réunion du récit des miracles de saint Germain avec l'histoire profane, qui se rattache aux vies des saints en vers.

Le livre troisième ou appendice, écrit aussi en hexamètres (115 V.), n'est destiné qu'aux clercs et aux savants (1) ; il contient un certain nombre de sentences et de règles pour la vie pratique, lesquelles, sans liaison et sans ordre, sont écrites dans un vrai jargon savant où l'on trouve les expressions les plus inusitées et les plus étranges, empruntées fréquemment à la langue grecque : l'auteur devait donc souvent gloser sur chaque mot (2). Le livre ne semble composé que pour présen-

1. Ainsi que le disent ]a préface et le litre du livre. Le voici : « Ingreditur tertius, clericorum scilicet decus tyrunculorumque effectus. » {Glose, utilitas).

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