CHAPITRE DEUXIÈME
POÉSIE LYRIQUE : SÉQUENCES. NOTKER BALBULUS. ÉCOLE POÉTIQUE DE SAINT-GALL.
Pendant cette période, la poésie profane s'exerça principalement dans le domaine de l'épopée, tandis que la poésie religieuse se tourna vers le domaine lyrique. Elle s'y ouvrit même une voie complètement nouvelle et créa un genre poétique original; tel est alors le domaine, l'originalité et ]a. productivité de cette période en général, et telle est aussi son importance historique. Or, de même qu'on remarque un souftle populaire dans ce développement spécial de la poésie lyrique de l'Église; ainsi, Ton voit qu'elle a déjà alors exercé elle-même de l'influence sur la poésie du peuple, la poésie nationale. C'est sous l'influence d'un haut intérêt esthétique et ecclésiastique qu'elle a pris naissance. Ce genre nouveau de poésie lyrique religieuse, ce sont les Séquences; elles arrivent
ricum est licentiosum et lasciviosum genus dicendi in laudibus regum, » etc.; cette glose est tirée de saint Isidore {Etijmol,Yl, c vni). D'autres pass^ages le prouvent également; tels sont ceux que cite Pannenborg (0^3. c, p. 1769); mais il a tort d'en conclure que toutes les gloses sont étrangères au poète. — Dümmler (p. 8) pense que les gloses qui contiennent des explications historiques doivent avoir été écrites, sinon par l'auteur lui-même, du moms par un contemporain et même par un ami. i. V. Dümmler, p. 9.
à leur complet développement et à lem^ épanouissement le plus beau dans un monastère de l'Allemagne, à Saint-Gall : là, depuis le milieu du siècle et sous la direction des abbés Grimald et Hartmut^ deux élèves érudits de Raban, le sentiment de l'art relevait le mérite des études scieutifiques. Ce fut le moine Notker Balbulus qui s'essaya le premier dans ce genre de poésie et qui lui donna une forme déterminée (1).
NoTKER le bègue (2) naquit vers 840 : il descendait d'une noble famille de Thurgovie. Admis, dès son enfance, dans le monastère, il y eut pour maîtres, d'abord Iso, puis Marcellus, qui lui enseigna les belles-lettres et notamment la musique. Également versé dans la théologie et dans les sciences profanes, cet Ecossais s'appelait, de son vrai nom, Moengal. Il avait fait le voyage de Rome avec son oncle l'évèque Marcus — auquel il doit le nom qu'on lui donna à Saint-Gall — et, à son retour, il alla avec lui à Saint-Gall. Il était rare en effet, pour les compatriotes de Saint Gallus, de passer devant ce monastère sans s'y arrêter. Il devint maître de l'internat.
Or, dans sa jeunesse, comme il nous l'apprend lui-même (3), Notker avait longtemps réfléchi pour trouver le moyen de graver plus facilement en sa mémoire les longues mélodies qui étaient ajoutées à V Alléluia du graduel des jours de fêtes, et qu'on appelait « séquences » c'est-à-dire suites musicales (4). Ces mélodies étaient chantées sur la dernière syllabe seulement de VAlleluia^ ou bien en même temps sur les deux
1. Schubiger, Die Sängerschule St. Gallens vom achten bis zwölften Jahrhundert. Einsiedeln 1858. — St. Gallische Geschichtsquellen, neuherausgeg. von Meyer von Knonau III. Ekkeharti IV. Casus S. Galli. St. Gallen, 1877 {Mittheil, zur vaterländ. Gesch. herausgeg, v. histor. Verein in St. Gallen. XV et XVI). — St. Gallische Denkmale aus der karoling. Zeit, herausgeg. von Dümmler. Zürich, 1859 {Mittheil, der antiquar. Gesellsch. in Zürich, Vol. XII).
2. Meyer von Knonau, Lebensbild des heil. Notker von St. Gallen. Zürich, 1877. {Mittheil, der antiquar. Ges. in Ziirich, Vol. XIX). — Dümmler, N. archiv. Vol IV, p. 546 sq. — Wilmanns, Welche Sequenzen hat Notker verfasst? dans : Zeitschrift f. deutsch. Alterth. N. F. III, p. 267 sq.
3. Dans la dédicace de ses Séquences à Liutward (Dümmler, Denkmale, p. 224).