‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 3)Chapitre 86 sur 311 · Parce qu'elles suivaient le chant du Graduel · texte numérisé non relu

Parce qu'elles suivaient le chant du Graduel

[145-146] NOTKER j^;.^;

syllabes précédentes (1), et ces syllabes seules formaient le texte. Le nombre des mélodies devenant plus grand, il élail plus difficile de les retenir. Toutefois, ce chant des séquences était surtout spécialement cultivé à Saint-Gall ; d'après une ancienne tradition du monastère (2), un des deux chantres romains, qui furent les premiers compositeurs de séquences, et que le pape Adrien envoya à Charlemagne pour réformer le chant ecclésiastique dans TEmpire franc, était resté à Saint- Gall. C'est lui qui composa les mélodies Romana et Amoena, Romanus; son compagnon Pierre, le compositeur des deux Metenses^ était allé seul à Metz, leur lieu de destination. De là, dit la tradition, il y aurait eu, entre les deux maîtres, une rivalité incessante qui, dans les deux endroits, fît faire de grands progrès à l'art de chanter.

Revenons à Notker. Tandis qu'il était encore occupé, ainsi qu'il nous l'apprend lui-même, de la question de graver les mélodies des séquences dans sa mémoire, unpretre du monastère de Gimedia (aujourd'hui Jumièges) qui venait d'être ravagé par les Normands (3), arriva à Saint-Gall. Il portait avec lui un antiphonaire dans lequel cette question semblait résolue : on avait mis des vers sur la mélodie des séquences ; mais ces vers laissaient beaucoup à désirer. Suivant cet exemple, Notker entreprit donc de composer des textes meilleurs et fît d'abord un essai avec deux mélodies. Mais cet essai n'était pas encore parfait, comme le lui montra son maître, qui lui apprit qu'à chaque modulation du son devait correspondre une syllabe. A force d'exercice, Notker atteignit ce but avec la séquence Psallat ecclesia mater illibata, que son maître Marcellusfit étudier aussitôt avec ravissement par un chœur d'enfants. — Notker ne se borna pas toutefois à composer des textes pour les mélodies traditionnelles des séquences, mais

1. Ce dernier point résulte de la dédicace mentionnée ci-dessus, où l'on trouve ce passage : « Ea quidem, quae in ia veniebant, ad liquidum correxi, quae vero in le vel in lu, quasi impossibilia vel attemptare neglexi. »

2. EkkehartlV., {Casus S. Galli) la rapporte au chap. xlvii. Cf., du reste, Vol. II, p. 10.

3. C'est le voyage de Tannée 862 et non, comme on l'a d'abord admis, celui de 841, vu que le^ premier seul correspond aux autres dates de la vie de Notker.

il fit lui-même des mélodies : il était en effet aussi musicien que poète (1). Quant aux textes de séquences qu'on lui a attribués, il y en a quarante et un de lui. selon toute probabilité, ainsi que Ta démontré \Yilmanns dans une étude pleine de saçracité '2).

Le texte suivant ici complètement la musique, il est nécessaire avant tout, pour comprendre la forme de cette poésie, de connaître ce genre de composition des mélodies des séquences (3). Or. elles se composent toujours d'une série de phrases musicales différentes, lesquelles, si Ton en excepte la première et la dernière, c'est-à-dire le début et la conclusion, sont en règle générale toutes répétées une fois. Le début cependant peut consister aussi en deux phrases dont la mélodie est diverse ou bien la même. Toutes les phrases ont la même cadence finale ou bien une cadence semblable qui les relie entre elles. L'exécution était semblable à celle des psaumes, et ces chants devaient leur origine à la psalmodie. Parla, s'explique déjà également la répétition des phrases : le parallélisme des versets des psaumes devait en arriver là. Ajoutez à cela l'exécution habituelle des séquences par un double chœur.

A ce genre de composition musicale correspond la forme du texte des séquences. Il se compose d'une série de lignes (appelées versus^ et plus généralement cersiculi) de dimensions différentes, mais disposées toutefois de manière que. si Ton excepte la première et la dernière, deux lignes qui se suivent ont en règle générale (4) le même nombre de syllabes : de cette sorte la deuxième et la troisième, la quatrième et la cinquième, etc. se correspondent, et leurs terminaisons ont le le plus souvent le même rythme, même d'après l'accent

' 1. C'est ce que prouve également une lettre de Notker à un moine, dans laquelle il parle de la valeur des lettres de l'alphabet comme signes musicaux. V.. là-dessus, Diimmler, Denkmale, p. 223.

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