‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 4)Chapitre 132 sur 382 · ABÉCÉDAIRE · texte numérisé non relu

ABÉCÉDAIRE

l'importance considérable dont jouissait saint Augustin pour sa propre époque. Îl semble en quelque sorte dominer luimème toute l'Église et diriger l'esprit de ce siècle de progrès.

Enfin nous possédons encore de saint Augustin une composition poétique: elle répond peu, il est vrai, au génie de ce grand homme; mais l’authenticité en est si bien établie qu'il n’est pas permis d'en douter. Sa forme même lui donne un intérêt historique et littéraire tout particulier. Saint Augustin nous dit lui-même qu'il a choisi à dessein une forme toute populaire (1). C’est un psaume alphabétique, un Abécédaire (2), composé vers la fin de 393. Il était destiné à être chanté par le peuple dans l’église; il avait pour but de l’éclairer sur l'affaire des Donatistes et de lui faire prendre parti contre eux. La forme est à l’image du peuple. Le poème se compose de vingt strophes ; le premier vers de chacune commence par une lettre de l’alphabet, dans l’ordre naturel, de A ‘jusqu’à V, en sorte que le premier mot de la première strophe commence par À, celui de la seconde par B, etc., absolument comme cela a lieu pour les psaumes alphabétiques de la Bible. Saint Augustin a choisi cette forme pour donner un point d'appui à la mémoire (3). Ces vingt strophes sont suivies d’un chant de trente lignes.

Chaque strophe est précédée d'une ligne de refrain, appelée hkypopsalma par saint Augustin, et seule chantée par le peuple. Les strophes se composent, abstraction faite du chant de la fin, de douze lignes; telle est la règle générale : il yen a quelquesunes seulement qui ne comprennent que dix lignes. Les lignes

4. V. Retractat., X, c. 20, et principalement le passage : « Ideo autem non aliquo carminis genere id fieri volui, ne me necessitas metrica ad aliqua verba quæ vulgo minus sunt usitata, compelleret. » Il ne voulait donc pas composer un ouvrage de poésie artistique; il ne voulait pas non pus faire spécialement une hymne, car l'hymne était le seul genre de poésie "artistique introduit dans l'Église. Je montrerai plus tard l'importance de ce passage pour l'histoire des hymnes. L'on attribue encore d’autres poèmes à saint Augustin, mais ils ne sont certainement pas de lui.

2. Du Méril, Poésies populaires latines antérieures au xne siècle, Paris, 1843, v. p. 120 sq; Cf. Ferd. Wolf, Ueber die Lais, p. 184.

3. Il l'a indiqué dans ce passage des Rétractations, 1. c., « Et eorum quantum fieri posset per nos inhærere memoria ».

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ont seize syllabes d’un rythme trochaïque et se divisent en deux hémistiches; c’est évidemment un tétramètre trochaïque aca talectique, émancipé (1) des lois de la métrique sous l'influence de la composition musicale. Toutes les lignes finissent par e, rime tout à fait analogue à celle que nous avons remarquée plus haut dans Commodien ; mais la ligne qui sert de refrain a cependant de plus une rime entre le premier hémistiche et la fin du vers (2). — Ce poème contient dans ses grands traits l'histoire du donatisme et met en garde contre toute séparation de l'Église générale alors même qu'on croirait avoir justement à s’en plaindre. La forme de la narration, généralement lourde et extrèmement aride, ne reçoit un peu de vie que parce qu'elle revêt à peu près le ton d'une apostrophe directe aux donatistes. Le chant final fait intervenir et parler l'Église catholique elle-même ; comme mère, elle déplore l'apostasie de ses enfants et les rappelle à elle : là seulement la

diction s'élève, s'échauffe et saisit l’âme.

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