‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 4)Chapitre 143 sur 382 · CONTRE SYMMAQUE · texte numérisé non relu

CONTRE SYMMAQUE

dernier met en avant pour réclamer la tolérance religieuse. L'esprit humain est bien faible, il est vrai, pour l’élever à la connaissance de Dieu, mais la foi montre facilement le chemin qu'il faut suivre pour arriver à la connaissance du Tout-Puissant, du créateur et du juge, car l'esprit de l'homme est immortel. Ilsest à remarquer que Prudence, dans cette réfutation du sceplicisme, procède seulement du point de vue monothéiste et sans faire mention du Christ, tout comme procédait autrefois Minucius Félix, dont les détails rappellent çà et là le souvenir. Ce qui recommande en première ligne la religion

chrétienne, c'est la promesse de l’immortalité. Au vers 272,

Prudence passe à la réfutation de l'argument fondé sur la sainteté des anciennes coutumes et, comme saint Ambroise, 1l montre que c’est folie de vouloir conserver tout ce que nous ont transmis nos ancêtres, uniquement parce qu'ils nous l'ont transmis. Comme l'individu, l'humanité marche de progrès en progrès dans son développement (v. 317 sq.); mais Rome païenne n'est pas même restée fidèle à elle-mème par rapport à son culte! Et si l’on ne veut interroger que l'antiquité, les premiers hommes n’ont adoré qu'un seul et unique Dieu. Làdessus, Prudence raille (v. 370 sq.) l'appel que fait Symmaque au génie de la ville, génie qui veut qu'on reste fidèle aux coutumes des ancêtres. Mais quelle espèce d'être est donc ce génie ? A supposer qu'il existe, il s’est montré si peu infaillible dans le domaine de la politique, en passant d'une forme à l’autre de gouvernement, qu’il peut bien aussi changer la religion. Le poète attaque ensuite, en général, le fatalisme des paiens.

Mais, du moins, Rome doit bien ses triomphes aux dieux (v. 488)! Le poète repousse cette ancienne prétention qu'avaient déjà refutée les premiers apologistes, Minucius Félix et Tertullien, et il le fait en se servant de leurs arguments (4). Rome n’a-t-elle pas emprunté ses dieux aux peuples vaincus ?

4. V. 551 sq. « Non fero, Romanum nomen sudataque bella Et titulos tanto quaesitos sanguine carpi.

Detrahit invictis legionibus et sua Romae Praemia diminuit, qui quidquid fortiter actum est Adscribit Veneri, palmam victoribus aufert. »

Elle aurait donc vaincu aussi ces dieux eux-mêmes! C'est une honte pour le nom romain et pour les légions invincibles de vouloir attribuer à Vénus ce qui n'est dû qu'à leur bravoure. La domination universelle de Rome est plutôt l'ouvrage de Dieu, qui a voulu préparer les voies au christianisme (v. 583 sq.), par le rétablissement de la paix générale ef de la concorde. Rome devenue chrétienne n’a pas pour cela perdu son antique vaillance : le poète, à l'imitation de Sÿmmaque, le fait dire à la ville éternelle elle-même (1) et 1l lui fait célébrer les victoires récentes que Stilichon, avec l’étendard du Christ, a remportées sur les Goths, en 403 (v. 696 sq.). Contrairement à l'affirmation de Symmaque, Prudence montre ensuite qu'il n'y a qu'un seul chemin qui conduise à Dieu, c’est celui qui passe par Jésus-Christ. Enfin, il aborde (v. 910 sq.) le dernier grief de la Relation, le retrait de la subvention en grains qu’on accordait aux Vestales ; il conteste longuement que ce retrait ait eu pour conséquences une mauvaise récolte et la famine. Celui qui est tempérant n'a pas besoin de beaucoup. Le vrai cultivateur n’a pas soin seulement de son champ, mais aussi de son âme. Celui-là a toujours une riche moisson. La plus belle dot des jeunes vierges est également la pudeur. Mais faut-il rechercher où en sont les Vestales sous ce rapport (v. 1064)? Et cette considération l'amène enfin aux jeux des gladiateurs dans le cirque, jeux auxquels ces prétendues vierges ne rougissent pas de prendre part sur des sièges réservés; le poète conjure l'empereur Honorius {2) de faire cesser ce « genre de crime, » ce trisle « sacrum: » la piété de son père lui a réservé cette gloire.

Parmi les poèmes polémico-didactiques de Prudence, le plus faible au point de vue esthétique, mais le plus important au point de vue littéraire et historique, est la Psychomacha. La disposition elle-même en est tout à fait originale. Nous avons là, dans la littérature médiévale, le premier exemple d'une poésie purement allégorique ; elle montra la première

1. Comme Claudien la fait intervenir également dans Bell, Gildon., v. 28, ainsi que De VI cons. Honorii, v. 360.

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