Ausoni dux augustissime regni. » V
(271-2.] PSYCHOMACHIA 303
aux poètes du moyen âge la voie de cette forme artistique si éminemment chrétienne. Mais commençons par donner l’analyse de ce poème. Les « combats de l'âme » du chrétien (1) y doivent être représentés dans un tableau qui nous montre les vertus chrétiennes aux prises avec les vices païens, et, par là même, en quelque sorte, le combat du christianisme contre le paganisme dans l'âme de l’homme, la lutte entre la nature divine et la nature charnelle de l’homme (2). Ce « combat de l'âme » étant en même temps un combat de la double culture intellectuelle, des idées chrétiennes et des idées pagano-antiques, ce poème dut avoir, à son apparition, un intérêt tout particulier qui lui donne également un caractère polémicoapologétique. Lui aussi est précédé d’une préface en soixantehuit trimètres iambiques, où le poète a pour but, en nous faisant l’histoire typologique d'Abraham, de nous montrer l'importance de ce qu'il va dire. Abraham (la foi) avec le secours de ses trois cent dix-huit serviteurs, c'est-à-dire avec le Christ (3), défait les rois païens (4) de Sodome et de Gomorrhe, (les vices, qui retenaient Loth, l’âme, en captivité). Mais Melchisédech (le Christ) donne en récompense à Abraham vainqueur une nourriture céleste. Et, de même que, peu de temps après, Isaac fut promis au patriarche, ainsi, l'âme aura bientôt, comme Sarah, le fruit après lequel elle soupire ardemment.
Le poème lui-même, qui compte neuf cent quinze hexamètres, commence par une invocation au Christ : « Qu'il dise de quelle armée doit s’entourer l'esprit pour pouvoir chasser le péché du fond de notre cœur (5) ! » Le poète commence à peindre ce combat. C’est la Foi (Fides), en costume champèétre, les épaules nues, les cheveux négligés, les bras libres, qui ouvre le feu. Avide de combat, elle s’avance sans armes, ne
4. C'est ce que le poète dit expressément, v. 13. 2. V. à la fin, v. 903 sq.
3 Le signe numérique grec TIH était depuis longtemps déjà considéré comme le symbole du Christ.
ë Cf. Praefatio, v. 9.
« Dissere, rex noster, quo milite pellere culpas Mens armata queat noslri de pectoris antro. » V. 5 sq.
se fiant qu’à sa force. Le « Culte des anciens dieux, » le front entouré de bandelettes (comme les prêtres païens), ose attaquer la Foi « qui le provoque. » Mais elle le terrasse aussitôt et le foule aux pieds. La légion de mille martyrs, que la Foi a réunis, pousse des cris de triomphe. Les vertus et les vices ne sont donc que des champions qui combattent au premier rang. Les unes sont chrétiennes, les autres païens, ainsi que nous le montrent, sur-le-champ, les deux combattants ou coryphées, la Foi et l’Idolâtrie ; celle-ci, au dire de Tertullien (1), renferme en elle-même tous les vices. C'est ce que nous voyons également bien dans les combattants qui vont suivre. La Pudeur (Pudicitia), jeune vierge aux armes brillantes, est aitaquée par « la plus grande des furies » la Sodomita Libido, qui, avec une torche enflammée de poix et de soufre, cherche à la frapper dans ses yeux pudiques ; mais, d’un coup de pierre, la Pudeur désarme son bras, ct la perce ensuite de son glaive (v. 40 sq.). Après que la Vierge sans tache a mis au jour l’'Homme-Dieu, la Luxure n'a plus de droits : toute chair a été ennoblie, dit, dans un long discours, la Pudeur triomphante. — En troisième lieu apparaît ici (v. 109 sq.) une vertu particulièrement chrétienne, elle aussi, la Patience, déjà célébrée par Tertullien d'une façon si charmante. La figure sévère, elle se tient debout, immobile, au milieu de la mêlée : tandis qu'elle contemple la lutte, la Colère l'assiège, d'abord avec des provocalions, ensuite avec des projectiles ; mais ces derniers viennent s’'émousser contre la triple cuirasse dont elle est ceinte. C'est en vain qu'elle essaie après cela de percer avec son glaive son casque d’airain ; il se brise. Pleine de rage et de désespoir, elle se donne elle-même la mort, en se précipitant sur un de ses javelots (2). La Patience, accompagnée de Job, se retire victorieuse. Mais voilà que, rapide comme le vent, sur un coursier sans frein que recouvre une peau de lion, accourt la Superbe (Superbia), la chevelure soignée et