‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 4)Chapitre 159 sur 382 · CARMINA NATALITIA DE S. FELICE · texte numérisé non relu

CARMINA NATALITIA DE S. FELICE

en ce que le poète y explique les motifs du culte des saints et des reliques en général : c'est pour purifier etguérir le monde qui était encore enlacé dans les liens du paganisme, que Dieu a répandu en tous lieux les saints en qualité de médecins (1) avec les apôtres à leur tête. Pour prolonger leur action au delà de la brièveté de la vie humaine, il a accordé à leurs restes mortels une puissance curative (v. 283 sq.); ces restes peuvent, par leur translation, répandre également la grâce dans des pays que les saints n’ont pas foulés de leurs pieds. C'est Constantin qui, le premier, introduisit cette coutume destranslations, en fondant sa nouvelle capitale (v. 321 sq,). Il raconte ensuite le vol d’une lampe en croix, très précieuse, qui disparut de l’église de Saint-Félix et qui fut recouvrée d’une manière miraculeuse. Le douzième poème (quatre cent quarante hexamètres) traite aussi de deux miracles du saint ; le treizième par contre, offre encore un intérêt spécial. La forme le rend déjà remarquable. Il n’est pas, en effet, comme les autres, écrit seulement en hexamètres, mais le mètre varie (2). Dans les huit cent cinq vers qu'il comprend, les soixante-dix premiers sont des hexamètres ; viennent ensuite cent quarante-huit trimètres iambiques, suivis eux-mêmes de trente-six distiques et enfin de cinq cent quinze vers hexamètres. Pour ce qui est du contenu, le poète parle d’abord du rétablissement de la paix en Italie, après la défaite de Rhadagaise, arrivée l’année précédente (405) par l'intercession des saints et, conséquemment. par celle de saint Félix. Passant ensuite aux grâces spéciales qu'il doit à saint Félix lui-même, transition qui a pour but d'amener son panégyrique, le poète rappelle d’abord la présence d'hôtes pieux de la famille de Mélanie, fait leur éloge et raconte toutes les faveurs que, depuis sa jeunesse, il a ob-

4. Paulin y nomme les principaux saints et les pays où ils ont exercé leur action : St Ambroise, dans le Latium; St Vincent, en Espagne; St Martin, en Gaule; St Delphin, en Aquitaine, v. 153 sq.

2. C’est ainsi que le poète motive cette variation, v. 56 sq. :

Et contra solitum vario modulamine morum,

Sicut et ipse (Felix) mihi varias parit omnibus annis Materias, mutabo modos, serieque sub una,

Non una sub lege dati pede carminis 1bo,

328 SAIXT PAULIN (294.

tenues de son saint protecteur (v. 294 sq.). C'est là que nous trouvons les plus intéressants documents pour l’histoire de la vie de saint Paulin. En terminant, 1l nous raconte l'ouverture du tombeau du saint. — Enfin celui de ses poèmes dont il ne nous reste que des fragments (trente-cinq hexamètres) a trop peu d'importance pour occuper plus longtemps notre attention. |

Dans ce genre spécial de poésie panégyrique, alors si en vogue dans la littérature profane, il faut ranger encore un des plus anciens poèmes chrétiens de saint Paulin; il fut, selon toute apparence, composé à l'époque où le saint embrassa d’abord la vie ascétique (1). Son héros est saint Jean-Baptiste, le premier ermite de la Nouvelle-Alliance ; c'est comme tel qu'il est célébré parle poète, lequel consacre également à l’ascétisme quelques vers pleins d'enthousiasme. Ce poèmecomprend trois cent trente hexamètres. C’est également à cette époque que nous devons rapporter les trois Paraphrases des Psaumes que nous possédons de saint Paulin : l’une, en cinquante-untrimètres iambiques, commente le psaume I‘; l’autre, en trentedeux hexamètres, le psaumell*, et la troisième enfin le psaume CXXXVIIdanssoixante-onzehexamètres. Ces poèmessontlout aussiremarquables au point de vue historique et littéraire qu’au point de vue esthétique. Nous y voyons apparaître un genre spécial de poésie chrétienne qui a été cultivé dans toutes ses variétés non seulement au moyen âge, mais même dans les temps modernes et jusque dans les littératures les plus diverses de notre époque, et qui‘a produit quelques ouvrages remarquables. L'enthousiasme véritable qui remplit et anime ces chants de l'Orient, devait s'emparer facilement des poètes paraphrastes ou auteurs de paraphrases. C’est ainsi que ces trois poèmes de Paulin, les deux derniers surtout, doivent être rangés parmi les meilleures de ses productions; malgré toute l'élégance, vraie souvent, de l'expression, on ne peut s'empêcher d'y admirer la fidélité avec laquelle ils rendent l'original dans la traduction latine.

Nous ne possédons que peu de chose de la lyrique de saint

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