‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 4)Chapitre 186 sur 382 · LES VII LIVRES DES HISTOIRES · texte numérisé non relu

LES VII LIVRES DES HISTOIRES

ancien apologiste, Minucius Félix (1), avait déjà exprimée,

fait d’abord de l’histoire universelle un organisme marqué au cachet de l'unité, qu'elle ne pouvait pas avoir chez les païens, vu que chaque nation païenne croyait devoir à ses divinités

nationales sa force et sa puissance; c'était précisément sur ce.

point de vue que s’appuyaient les païens pour faire leurs reproches contre le christianisme ; et c'est aussi celui qu’Orose

entreprend de réfuter dans son ouvrage. L'idée dominante de

son livre a donc des rapports immédiats avec sa tendance apologétique. Mais Dieu a toujours, d'après Orose et ses prédécesseurs, dans les époques principales del’histoire, subordonné au plus puissant des états toute la force des autres empires (2). À proprement parler il n’y a que deux empires qui

aient dominé le monde, d’après la pensée d'Orose qui concorde

avec celle de saint Augustin (3), l’un plus tôt et l’autre plus tard ; l’un en Orient, l’autre en Occident ; celui-ci, héritier de celui-là ; Babylone et Rome.

Une correspondance mystérieuse dans le nombre d'années se montre dans l’histoire des deux empires et laisse paraître.

Jeur dépendance respective comme un ouvrage réglé par Dieu, où ni l’homme ni le destin n'a rien à voir. C'est ainsi que, dans l'année même où Procas commença à régner; l'empire de Ninus passa aux Mèdes; mais toutes les histoires de l’anti-

quité commencent avec Ninus, comme toutes celles de Rome.

1. Octav., c. 25, $ 12, « Et tamen ante eos (Romanos) Deo dispensante diu regna tenuerunt Assyrii, Medi, Persae, Graeci etiam et Aegyptii. »

2. « Quodsi potestates a Deo sunt, quanto magis regne a quibus reliquae potestates progrediuntur ? si autem regna diversa, quanto aequius regnum

aliquod maximum, cui reliquorum regnorum potestas universa subjicitur ? » 1. IE, c. 1.

8. Civit. Dei,l. XVII, e. 2: « Sed inter plurima regna terrarum... duo regna cernimus longe ceteris provenisse clariora, Assvyriorum primum, deinde Romanorum ; ut temporibus, ita locis inter se ordinata atque distincta. Nam quomodo illud prius, hoc posterius : eo modo illud in Oriente, hoc in Occidente surrexit: denique in illius fine, hujus initium confestim fuit. Regna cetera celerosque reges velut adpendices istorum dixerim. » Quoique ce passage de saint Augustin soit postérieur aux premiers chapitres du livre deuxième d' Orose, la dépendance de ce dernier fait supposer que, même ici, il ne fait que suivre l'inspiration de saint Augustin, tout en la développant et la confirmant lui-même d'une manière indépendante.

s'ouvrent avec Procas. Ainsi, entre la première année de Ninus et la nouvelle fondation (instaurari) de Babylone par Sémiramis, s'écoule un espace de soixante-quatre ans; or, cet espace est justement le même entre le début du règne de Procas et la fondation de Rome. C'est ainsi encore qu'il s’écoule onze cent soixante-quatre ans entre la nouvelle fondation de Babylone et la conquête de cette même Babylone parles Mèdes, comme aussi de la fondation de Rome à la prise de cette ville par Alaric. A la même époque, dit ensuite Orose, Cyrus soumit Babylone, et Rome secoua le joug de la royauté; l’une tombe, l’autre s'élève; en mourant, Babylone laissa son héritage, et Rome entrant dans un âge de virilité (pubescens) se reconnut son héritière ; l'empire (émperium) de l'Orient périt, celui de l'Occident vit le jour. Mais Rome, en qualité de mineure, ne prit pas immédiatement possession de l'héritage; de là un interrègne, pendant lequel deux empires exercent successivement, pour un court espace de temps, une puis sance universelle en qualité de tuteurs de Rome ({utor curatorque); la force des circonstances le veut ainsi et non le droità l'héritage : ce sont la Macédoine et Carthage. Il y a donc, dece chef, quatre monarchies correspondant aux quatre contrées du monde (1). C’est ainsi que Orose soude l'idée de saint Augustin admettant deux monarchies universelles, à une autre idée qui en admet quatre; cette idée qui a sa base dans l'explication du songe de Nabuchodonosor par le prophète Daniel (cap. 2.), trouvait surtout un point d'appui dans le commentaire de ce passage par saint Jérôme (2). Mais ce dernier, au lieu de Carthage, nomme les Mèdes et les Perses.

Cette opinion, au sujet des quatre monarchies universelles

4. V. pour tous les développements de ce qui précède, Oros.: Lib. II, c. 4-3 et ef. VII, e. 2.

2. Saint Jérôme ne trouva pas le premier, ou ne fut pas le seul à trouver cette explication, ainsi que le pense Buedinger (Sybels Hist. Zeitschr. Vol. 7, p- 413), et, ce qui le prouve, c'est que nous la trouvons également dans Sulpice Sévère, Chron., 1. Il, e. 3. Saint Augustin lui-même, qui en parle dans la Cité de Dieu (1. XX, c. 23), est loin de dire que cette explication soit l'ouvrage de saint Jérôme : « Quatuor illa regna exposuerunt quidam, ete. » Il ne fait point ici allusion à Orose, vu que son explicalion est toute différente.

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