‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 4)Chapitre 201 sur 382 · OT · texte numérisé non relu

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402 SÉDULIUS [361-2.]

mine par une paraphrase des deux derniers versets de l'Évangile de saint Jean.

Le but seul que se proposait le poète par ce travail sur des sujets bibliques donne à son poème une allure plus libre que ne l'offre l’Historia evangelca ; aussi, il ne se borne pas, comme nous l’avons vu, aux récits des seuls miracles, mais — abstrac- Uon faite naturellement du premier livre, — il raconte, dans le deuxième et surtout dans le dernier, et çà et là dans les deux autres, différents traits de la vie du Sauveur : telles sont, dans le quatrième livre (v. 222 sq.), les rencontres de Jésus- Christ avec la Samaritaine et avec la femme aduitère. Sédulius

a suppose, chez le lecteur, ce que ne fait pas Juvencus, à savoir, à une connaissance au moins générale de l’histoire évangélique : À c’est ainsi que, la plupart du temps, il ne relie qu’imparfaite- A ment, d’une manière extérieure, ou même pas du tout, les faits 2 | qu’il emprunte au récit biblique, en sorte que, souvent, ils

semblent être une simple énumération ; ajoutons à cela qu'il les reproduit d'une manière plus libre, plus subjective, en se contentant d'indiquer le fait pour exprimer plutôt les sentiments qu'il lui inspire et les méditations qu'il y rattache. Par d là, il donne à son ouvrage un caractère bien autrement original et même souvent une allure toute dramatique dans secs meilleures parties : en traduisant la Bible, il n'avait pas du tout l'intention de rendre la fidélité de l'expression. Il va sans dire que cette originalité n'empêche pas de voir que Sédulius avait été à l’école de Virgile; il ne se fait pas scrupule de lui emprunter un vers tout entier de l’Enéide. Quant au pittoresque et au brillant de ses descriptions (IE, v. 90 sq., ou bien IV, v. 175 sq.), ct à l’art de peindre et de décrire à l'aide de la versification (v. III, v. 52 sq.) il se révèle comme un élève habile du poète latin. Mais, çà et là, par contre, on trouve chez lui de vrais jeux de rhétorique (1). Dans quelques parties, j'ai été frappé par l’apparition fréquente de la rime léonine, notamment dans le deuxième livre, à partir du vers 82.

1. Par ex., IL, v. 84 s. .. legemque legendo Negligis et regi regum tua regna minaris.

De lels passages sont cep°ndant rares. Cf. aussi II, v. 7 s.

DS D H t

Comparé à Juvencus, notre poète a encore un autre trait particulier qui se rattache à celui dont nous venons de parler : c'est l’explication mystique dont il accompagne souvent le texte biblique. C’est ainsi, par exemple, que le nombre quatre, appliqué aux évangélistes, correspond aux quatre saisons; le nombre des douze disciples représente les douze heures du jour et les douze mois (I, v. 360 sq.) ; les trois heures pendant lesquelles, à la mort du Christ, le soleil obscurcit sa lumière, sont un symbole des trois jours qu’il resta dans le tombeau (V, v. 241 sq) (1). Sédulius donne aussi une signification mystique au récit qu'il fait de l’aveugle envoyé par le Sauveur à la piscine de Siloë (IV, v, 263 sq.) (2), au voile du Temple qui se déchire (V, v.213ets.), à la pêche de saint Picrre, racontée au chapitre XXI de saint Jean ( v. 401 sq.) etc. (3).

Sédulius.traduisit plus tard en prose ce poème et il appela sun nouveau travail Opus paschale, afin de le distinguer du Carmen. Ce fut sur les instances de Macédonius que l'auteur : (il le dit dans la dédicace), avait entrepris ce nouvel écrit, et ce fut encore à Macédonius qu’il le dédia. Afin de mettre son ouvrage à l'abri des attaques de ses calomniateurs, lesquels pour” raicnt bien lui reprocher d'être infidèle à la tradition et d'avoir admis dans la prose des traits qui n'étaient pas dans le poème, Sédulius le place sous le patronage et l'autorité de Macédonius. Îl n'a pas changé les faits, dit-il; il les a simplement présentés sous une forme plus complète. Le deuxième ou-

[362-3.] OPUS PASCHALE. ELEGIA

1. (Lux) Non absens mansura diu, sed mystica signans Per spatium secreta suum ; quippe ut tribus horis Coeca tenebrosi latuerunt sidera coeli, Sie Dominus clausi triduo tulit antra sepulcri. 2. … Cognoscite cuncli, Mystica quid doceant animos miracula nostros, etc. 3. Faisons encore remarquer le passage suivant, relatif à Ja forme de Î& croix (V, v. 188 sq.) :

Neve quis ignoret, speciem crucis esse colendam, Quae Dominum portavit ovans, ratione potenti Quattuor inde plagas quadrati colligit orbis. Splendidus auctoris de vertice fulget Eous, Occiduo sacrae lambuntur sidere plantae, Arcton dextra tenet, medium laeva erigit axem.'

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