‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 4)Chapitre 202 sur 382 · SÉDULIUS · texte numérisé non relu

SÉDULIUS

vrage forme une sorte de complément du premier. C’est, en effet, par ces additions seulement que les deux ouvrages se distinguent l’un de l’autre : le Carmen, par exemple, se contente d'indiquer parfois des passages de la Bible, surtout ceux de l’Ancien Testament, tandis que l’Opus les reproduit intégralement, en sorte que le dernier peut çà et là servir d’explication au premier. Le deuxième ouvrage de Sédulius emploie, ailleurs aussi, dans les passages principaux, les termes mêmes de la Bible, et par là 1l revêt un caractère ccclésiastique. La prose, qui devrait, semble-t-il, ètre poétique, est écrite en un style maniéré et pompeux, qui contraste singulièrement avec celui du poème : celui-ci se distingue en général par une diction facile, simple, qui lui valut l'estime non pas seulement des poètes de l’époque suivante, d'un Venantius Fortunatus, d'un

Aldhelme et d'un Bède, mais celle aussi des poètes de l’épo-

que de Charlemagne, et même, plus tard, celle des Humanistes.

Nous avons encore deux poèmes de Sédulius : l’un est une élégie (Elegia) de cinquante-cinq distiques qui nous offrent tous les raffinements de l’épanalepse; on doit mème dire que c'est par amour pour ce jeu d'esprit que le poème a élé composé.

Il a pour sujet les louanges du Christ et contient, en grande partie du moins, des faits de l’Ancien Testament que le poète met dans une relation typique avec des faits de la nouvelle Alliance; ce travail convenait précisément à l'Epanalepse (1). C'est ce qui a fait donner à cet ouvrage le titre de Collatio veteris et nov Testament. Il va sans dire que la justesse et la clarté d'expression sont sacrifiées fréquemment à ce jeu de la versification. Sans valeur quelconque, et surtout sans valeur poétique, ce poème est pourtant intéressant pour les connaissances typologiques. Celui qui suit a plus de valeur poétique ; il est intéressant même au point de vue de l’histoire littéraire.

C'est une hymne-abécédaire en l’honneur du Christ, et dans

4. Voici, comme exemple, un des meilleurs distiques, v. 7 ets. : Sola fuit mulier, patuit qua janua leto :

Et qua vila redit, sola fuit mulier.

1æ forme de l'hymne ambroisienne. La première lettre des strophes correspond à l’ordre alphabétique, comme dans le psaume de saint Augustin (v. plus haut p. 271). L’alphabet y étant au complet, l'hymne comprend donc yingt-trois strophes de quatre lignes, dans lesquelles le poète chante brièvement les actions principales de la vie du Sauveur. L'expression en est simple sans être commune, et maint passage respire les sentiments intimes du poète. Aussi l’Église s'est-elle déjà de bonne heure approprié certaines parties de cette hymne pour s’en servir dans ses offices : par exemple, les sept premières strophes (de À à G) comme chant de Noël, et les strophes huit, neuf, onze et treize (H, I, L, N) comme chant de l’'Epiphanie (1).

Cette hymne est encore plus remarquable au point de vue du vers qu'au point de vue du style et de la matière -qu’elle traite. Comparée à celles de saint Ambroise, comme à celles de Prudence, elle nous montre, en certains traits, une différence très significative. Dans l’une comme dans les autres, il est vrai, la quantité des syllabes est rigoureusement observée ; c’est à peine si une seule fois on y voit une brève rehaussée par l'Arsis; le spondée lui-même, si l’on en excepte un nom propre, ne se montre pas au deuxième pied; une fois, par contre (v. 47), nous voyons poindre l'hiatus. Mais ce qu'il y a de plus important, c’est que la luite entre l'accent grammatical et l’accent du vers est bien moins fréquente ici que dans saint Ambroise ; elle est même régulièrement absente dans l'intérieur du vers, aux deuxième et troisième pieds; deux strophes entières même (B et L) n'offrent nulle trace de cette lutte. Et, ce qu'il ne faut pas perdre de vue, cela a lieu dans un poète qui, ainsi que le montre le Carmen paschale, a été à la meilleure école et s’est fait connaître comme artiste dans le sens classique. C’est encore un fait bien digne de remarque de voir la rime apparaître si fréquemment dans cette hymne qu'on doit la considérer comme un moyen artificiel intimement lié avec cette particularité populaire dont nous venons de parler, et qui

1. V. Daniel, Thes. hymnolog., I, p. 143 sq. On observa également le même procédé à l’égard de Prudence : V. plus haut, p. 256. On trouve l'hymne de Sédulius dans Du Méril, Poésies popul, lat. antér. au douzième siècle, p. 142 sq.

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se manifeste dans la persistance de l'accent grammatical (1), On ne peut pas plus dire que la rime soit ici accidentelle et un simple fait du hasard, qu’elle n'est le résultat d'un travail fait dans l'esprit de l'antique poésie artificielle : elle apparaît plutôt ici comme un élément musical, qui contribue à la beauté du rythme et qui, tout en renforçant l'élévation de la syllabe finale du vers, en porte et marque le mètre. Elle offre donc une compensation à la lutte de moins en moins fréquento entre l'accent du vers et celui du mot. Par là, nous voyons déjà indiquée la marche que prendra dans la suite le développement métrique : ce genre de poésie, qui a son point de départ dans la poésie artistique et quantitative de l'antiquité, se développera sous l'influence de l'accent qui, dens la langue du peupie, triomphe complètement de la quantité, et sous celle de la composition musicale, qui s'émancipe du mètre de plus en plus. C’est également une chose digne de remarque que d'observer comment, dans cette hymne, 56 montrent déjà, sans que l'intention du poète y soit pour rien, les genres de rime les plus variés : on y voit régner, d’une manière absolue, les genres les plus simples et les plus populaires, c'est-à-dire la rime accouplée à une autre rime ou bien la strophe monorime. A côté de la rime pleine, se trouve également la rime de la simple voyelle (assonance); cette dernière était alors fréquemment, dans la prononciation du peuple, une rime pleine, vu que plusieurs consonnes finales étaient devenues muettes (2). |

Mais ce qui donne, sous tous ces rapports, une très grande valeur à cette hymne, c’est que le nom de son auteur du moins Jui assure une date certaine : d'après ce qui précède, 1l faudrait en reporter la composition au commencement de la deuxième moitié ou bien dans le deuxième tiers du ve siècle.

1. Ce phénomène est d'autant plus facile à expliquer dans uu poète qui, nous l'avons vu plus haut, p. 402, avait déjà un altrait tout particulier pour la rime.

"2. Ce procédé semble avoir été plus favorable à la strophe monorime : telles sont les strophes À, C,K, L, P,R, Y, Z. (A et Y ne sont que monorimes, parce que m final était alors sûrement muet), La strophe H nous offre aussi des rimes trissyllabes,

Parmi les hymnes qu'on attribue à saint Ambroise, abstraction faite par conséquent des quatre qui sont certainement authentique$, plusieurs sont sans conteste également de ce siècle, par exemple : Splendor paternae gloriae (1), ou bien [luzit orbs jam dies, que Daniel attribue à saint Ambroise (2). Dans ces hymnes apparaît, moins fréquemment que dans celles de saint Ambroise, la lutte entre l’accent du vers et l'accent du mot; la rime y est plus fréquente; tandis que, par contre, l'hymne Z{uminans altissimus se rattache, à ce double point de vue, aux quatre hymnes authentiques de saint Ambroise ; elle s'y rattache également par la composition et l'expression, sans être cependant une simple copie (3), de sorte que plusieurs traits plaident en faveur de la paternité de saint Ambroise (4) et qu’elle est, en tout cas, antérieure aux deux dont nous avons parlé ainsi qu'à celle de Sédulius. Il est à peine besoin de dire que, dans toutes ces hymnes, la quantité a été observée, car la remarque importante de saint Augustin, que nous avons donnée plus haut (p. 271- 2), montre que le caractère rigoureusement métrique, c'est-àdire conforme à la quantité, était regardé comme une chose si naturelle, qu'il n’admettait point d'exception ; par Ià se trouve complètement confirmée, notre manière de voir au sujet de la forme des vers dans ces hymnes antiques et, en

4. Daniel, Thes. hymnol., I, p. 24 et s.; Mone, Lut. Hymnen, I, p. 373. Aurelianus, évèque d’Arles, en fait mention dans sa Regula ; or, sa mort étant arrivée en 555, il s'ensuit que l'hymne a une date antérieure, V. Daniel, L. c., p. 15.

2. Mone, Op. c., p. 77: Daniel, p. 41 sq. Il pense que le passage du commentaire des Psaumes de Cassiodore (Ps. 74, v. 8) se rapporte à cetle hymne : on ävait jusque-là rapporté ce passage à l'hymne Znluminans altissimus. Il a raison, en effet, de croire que ce passage convient mieux à l'hymne en question ; mais il n’a pas vu la vraie raison de cette convenance, je veux dire le: Pallor ruborem parturit; toutefois, le témoignage de Cassiodore ne saurait être ici suffisant.

3. Comme, par ex., Somno refectis artubus, ou bien Consors paterni luminis. Daniel, 1. c., I, p. 26 ets.

4. Le témoignage même de Cassiodore (v. ci-dessus, rem. 2) confirmerait cette opinion, si le passage cité se rapportait à cette hymne : ce serait assurément le cas si, au v. 14, on pouvait lire ruborem au lieu de saporem ; mais ce changement de mots n'offre pas de difficulté, V, l'hymne dans Mone, I, p. 75 et dans Daniel, I, p.19 ets.

DRACONTIUS sujet de la forme des hymnes

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