‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 4)Chapitre 204 sur 382 · y dit au roi, v · texte numérisé non relu

y dit au roi, v

Temporetam longo non decet ira pium.

+ V. Dahn, Dée Koenige der Germanen, |, p. 258,

mentir le peuple qui lui décerne le nom de pieux, Rex pius. La clémence, voilà la vraie gloire des princes, car elle leur appartient en propre. Aussi Dieu récompense-t-il sa bonté, ainsi qu'on a pu le voir pendant son règne (1). Le poète met encore en avant l'exemple du « glorieux et puissant » prédécesseur du roi, de Genséric, lequel pardonna au savant Vincemalos, en disant : Ce n'est pas à l'homme que je pardonne; mais sa langue mérite un tel pardon.

Le poème sur la satisfaction n'avait pas eu de succès; mais Dracontins ne perdit pas espoir; il compta sur la grâce de Dieu dont il avait proposé l'exemple à l’imitation du roi. C'est pour 80 fortifier dans cette espérance, peut-être aussi pour montrer au roi l'exemple de Dieu, qu’il entreprit, dans un plus grand ouvrage (2), dans un poème en hexamètres composé de trois livres, de chanter la grâce (Pietas) de Dieu. C’est ainsi que cet ouvrage est en complète harmonie avec les sentiments de l’auteur : cetie harmonie en explique la conception toute entière, comme aussi l'exécution, et lui donne une chaleur toute spéciale qui fait le fond de tout le charme et de l'originalité de cette poésie. Le livre premier (sept cent cinquante-quatre vers), célèbre surtout la grâce divine, qui se manifeste dans la créa-

1. Le poète fait ici allusion à une défaite des Maures en l'absence du roi, de sorte qu'il n’a pas eu de sang à répandre, Ensuite, et au moyen des vers suivants : « Quod pereunt hostes, regis fortuna vocatur — Quod pereunt populi, temporis ordo regit, etc., » il intercale un long épisode, incompréhensible en cet endroit et relatif au dicton : « Chaque chose en son temps » (v. 219-264). C’est une paraphrase triviale de ces paroles, rattachées au livre de la Sagesse, de Salomon,

2. Je le regarde comme postérieur à l'Elégie. La comparaison des nombreux passages qui sont identiques dans les deux poèmes, ne permet pas, je le reconnais, de porter un jugement certain sur cette question, Voici les raisons de mon opinion : 4° On doit croire que le poète composa la Satisfaction le plus tôt qu'il lui fut possible ; 2° l’ouvrage plus considérable ne fait que motiver en détail le sujet principal de l’Elégie, c'est la miséricorde divine; 3 le poète s'y avance à menacer, en disant que Dieu opprime les oppresseurs. Dracontius avait une nature poétique et, dans les deux poèmes, c'est son cœur qui parle : il me paraît donc plus digne de lui de croire que, dans le grand ouvrage, il a développé des pensées de l'ouvrage de moindre volume, plutôt que d'admettre que celui-ci offre seulement des réminiscences de celui-là. Plusieurs particularités dans la comparaison des deux ouvrages me confirment dans mon opinion. Je renonce à les exposer ici, d'autant plus qu'elles ne sauraient faire naître qu’une conviction toute personnelle,

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tion du monde. Le début semble être détermin

ports personnels du poète. La nature, y est-il dit, obéit aux ordres de Dieu. Le châtiment vient aussi de lui, mais Dieu ne punit jamais, sans avoir menacé auparavant : le poète fait ici mention des prodiges. Celui-là seul est atteint par la colère divine, qui s'endurcit dans le péché. Dieu veut conserver le genre humain à qui il a donné le monde qu’il créa en six jours (v. 145). Là-dessus, il commence le récit de la création ; c'est la partie de l'ouvrage qui a été éditée à part, sous le titre d'« Hexamérou. » Le poète célèbre, avec un grand lyrisme, la première œuvre de Dieu, la lumière. Il est beau de l'entendre dire : « Quanta spes mundi praemissa est principe luce ! » (v. 432). En traitant du troisième jour de la création, Dracontius fait une description détaillée du paradis, qui contient des traits pleins de charme et de poésie (1): le mouvement, la richesse de couleurs et la, variété, telles sont surtout les qualités qui distinguent tout ce poème de la création. Le portrait que le poète fait des oiseaux mérite une mention spéciale ; il débute par ce vers si pittoresque : Erilit inde volans gens plumea laeta per auras (v. 240) (2). Dicu vient de créer l'homme, et le pole nous révèle comment Adam, en promenant ses regards sur le monde, sentit s'éveiller en lui le besoin de n'être pas seul, de pouvoir communiquer ses sentiments. Cette poésie nous offre encore maints autres traits originaux et d'une grande beauté, comme par exemple, la surprise pleine de bonheur de nos premiers parents, en rs reparaître le soleil qu’ils n'espéraient plus revoir (v. 417 sq. )(3)- Le poète nous fait ensuite le tableau de la vie d'Adam et d'Êve dans le paradis, et le tableau de la

4. Sunt ibi sed placidi flatus, quos mollior aura Edidit exsurgens nitidis de fontibus horti. Arboribus movet illa comas, de flamine molli Frondibus impulsis immobilis umbra vagatur ; Fluctuat omne nemus et nutant pendula poma. V. 192 sq © 2. Voici encore un trait plein de naturel et de beauté : « (Ales) Frondibus insidens vento cum fronde movetur. »

3. 11 en est de même de la remarque qu'il fait après la création d'Êve : Somnus erat partus, conceptus semine nullo, Materiem sopita quies produxit amoris, Affectusque novos blandi genuere sopores. (V. 390 sq.)

chute. La folie de nos premiers parents, de croire qu'ils pouvaient se dérober à l’œil de Dieu, fournit au poète l'occasion de glisser un épisode (v. 500 sq.) dans lequel, après avoir constaté que Dieu sait tout, il montre que, dans quelques cas, les hommes eux-mêmes prévoient l'avenir ; bien plus, que les animaux et les êtres sans vie peuvent même le faire connaître. | |

La mort, poursuit-il, entrée dans le monde à la suite du péché et comme son châtiment, est devenue en même temps, gràce à la mansuétude divine, une bénédiction, car elle met fin aux maux de ce monde. Poena mort crudelis erat, sed vivere pejus, s’écrie l’infortuné poëte (v. 548). Ce n'est pas tout; Dieu qui, malgré le péché, laisse à l’homme l’empire sur la terre et permet à celle-ci de fleurir et de porter des fruits, Dieu qui donne à l’homme la faculté de perpétuer lui-mème sa race, veut même le racheter et lui donner l’immortalité au lieu de la peine de mort. Le poète expose donc ensuite (v. 625 sq.) diverses preuves en faveur de l’immortalité, telles qu'on les trouve déjà dans les plus anciens apologistes, celles surtout que nous offre la nature; il développe notamment celle du Phénix (v. 653 sq.) (1). Dracontius termine le livre en célébrant la gloire de Dieu, sa toute-puissance et sa misécorde : il abat les puissants, opprime les oppresseurs, et, vengeur méricordieux (ptus ultor), il relève celui qu'on a renversé. Il le conjure de jeter sur lui un regard de compassion et de le relever un peu, lui qu'on a abattu, de l’assister, car il a le repentir dans l'âme, afin qu'il puisse, dans ce poème, chanter ses louanges.

Le deuxième livre (un peu plus de huit cents vers) (2), chante la grâce divine qui se manifeste, après la création, dans la conservation du monde (3), et surtout par la mission du Christ. Le poète s'étend sur cette dernière (v. 96 sq.) qui

1. Il y fait mention {v. 640) de la légende du cerf qui renouvelle sa ramure en mangeant des serpents. Quant au Phénix, cf. aussi la Médée de Dracontius, v. 10% sq.

2. Daus l'éd. de Glaeser, 813, dans celle d’'Arévalo, 808. Dans ce livre et le suivant, je cite d'après Glaeser.

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