‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 4)Chapitre 205 sur 382 · CE. en particulier, v · texte numérisé non relu

CE. en particulier, v

414 DRACONTIUS 1372-38. ;

forme le thème principal du livre. Le récit est souvent décousu, et manque de süreté pour la marche des idées. Dans un récit de peu d'étendue, le poète parle d’abord des miracles de Jésus-Christ (v. 115 sq.), ensuite de ceux que Dieu accomplit lui-mème dans la nature : celle-ci, dans ses éléments et ses phénomènes, par ses créatures et par le serpent lui-même, célèbre ses louanges. L'idée de serpent amène le poète à parler de la mort que l’homme mérita par le péché et du péché lui-même. L'homme est pire que les animaux qui donnent la mort: ils ne nuisent qu'à ceux qui les attaquent. Et l'homme sévit contre sa propre race : guerres sur terre et sur l'océan, fratricides et infanticides ; lamère, pire que lamarâtre, tue l'enfant, même avant de lui donner le jour; que dis-je ? on ne laisse même pas les morts reposer en paix; il faut qu'on les évoque. Cette longue digression (v. 234-335) est d'un grand intérêt en ce qu'elle est pour nous comme un miroir où viennent se réfléter les physionomies de l’époque du poète. — L'homme méritait bien pis que la mort, dit ensuite Dracontius. A l'opposé de lanature qui obéit à Dieu, l'homme, c'est le mal; c'est l'inventeur audacieux du crime, l’ennemi de tout le monde et de lui-même (1); depuis notre naissance, « nous sommes une race scélérate (scelerata propago nascimur) que ne peut dompter ni la miséricorde, ni la colère de Dieu. » Ici le poète parle du déluge, dont il fait une bien belle description, et de la ruine de Sodome. Sans le péché, le monde serait un paradis dont le poète esquisse ici le tableau. La chute des anges n'excuse pas l’homme. Mais, malgré tout, la miséricorde divine envoya Jésus-Christ. La trahison dont il fut victime, sa mort, sa descente aux enfers (cette dernière forme un tableau complet) (2), sa résurrection et le jugement à venir, auquel il présidera lui-même, passent successivement

1. Est homo grande malum, legis transgressor et audax Criminis inventor, scelerumque repertor et auctor… .. Inimicus et hostis Omnibus atque suus.. V. 357 sq.

2. V. 531 sq. Le lableau où le poëte peint l'effet de la lumière qui accompagne le Christ cst plein de poésie. Pour le style et l'expression, l’auteur s'efforce de rivaliser avec l’antiquité.

F ER L: b "

sous nos yeux; le poète parle ensuite de la mort de Judas : pour grand que füt son crime, il en aurait obtenu le pardon, s’il avait seulement espéré (v. 562). Telle est en effet la miséricorde de Dieu, qu'il exauce même une prière intérieure. Le Christ lave nos fautes dans son sang : mais il nous faut avoir la foi. L'exemple d'Abraham surtout nous montre la puissance de la foi ; et, à cette occasion, le poète parle de la naissance d'Isaac (v. 620). Le deuxième livre se termine par un éloge général de Dieu, notamment de sa miséricorde (v. 687 sq.), dans lequel se trouvent différentes répétitions empruntées principalement à la fin du premier livre. Il est à remarquer que l'on voitsurtout reparaître la pensée que Dieu relève l’opprimé, abaisse l’orgueilleux; et le poète parle encore, en terminant ce livre, de la délivrance des Juifs de l'esclavage sur la terre d'Égypte et de l’engloutissement de Pharaon.

Le livre troisième (environ sept cents vers) (1) débute encore en célébrant d'une manière générale la gloire de Dieu, surtout sa bonté, telle qu’elle se manifeste dans la prospérité des récoltes. Il fait ressortir le contraste de l’égoïsme des hommes qui pratiquent l'usure, avec les dons de Dieu; et pourtant ce n’est pasleur personne qu'ilsaiment, ces pauvres fous !par leur avarice; ce sont leurshéritiers, car ils’ perdent pour eux-mêmes non seulement les biens terrestres, mais encore les biens du ciel. Ici le poète parle de la parabole du mauvais riche et de Lazare (v. 54 sq.). Pour l'homme, l'amour de Dieu doit être le premier de tous les biens. Il doit pouvoir tout lui sacrifier; Abraham en est encore un exemple éclatant : Dieu n'avait exigé de lui le sacrifice d’Isaac, que pour que le monde fût témoin de cet exemple (v. 434 sq.). D'autres encore ont montré « comment l'espérance inébranlable en l'avenir leur fit glorieusement sacrifier la vie présente » (v. 169 et s.). Le poète parle ici des trois jeunes gens dans la fournaise et de Daniel dans la fosse aux lions (2). Les miracles de saint Pierre nous montrent également la puissance de la foi. Mais afin que

Page 1